CHAPITRE XXXÏX
qjiê rMftaoe à» Moreia «oBtra dtirfkfts àWorriiq. — GoalNltB saiifflaiits «litre Werrioq et Bonsl^eqiie. — Pertee oemUinbles éproaYëeB pur les liAbituits de cette commime.
L'Autriche et la Prusse, en présence de Tétat déplorable où se trouvait la France, avaient résolu de rendre à Louis XVI, par la force des armes, Tautorité qu'on lui avait arrachée. Le malheureux roi s'étant rallié à la révolution, les puissances posèrent à l'assemblée les conditions qu'elles jugeaient utiles pour l'équilibre européen. La guerre devint imminente et cent vingt mille soldats menaçaient la Champagne et la France. Le théâtre de la guerre s'approcha bientôt de notre pays, les Autrichiens se mettant en mouvement vers Toumay.
Après la malheureuse affaire du Pas-de-Baisieuz, (fin Avril 1792), les Autrichiens vinrent occuper Toufflers, Leers, Bachy, Mouchin et Gamphin, et s'avancèrent jusques près de Watrelos. Ils pillaient les fermiers, et les forçaient à transporter dans les Pays-Bas, les effets volés ; ils tuaient femmes, enfeuits, vieillards, et prenaient une initiative, dont plus tard l'Allemagne reçut les représalles. Après avoir envoyé dix mille hommes et vingt quatre canons prendre les devants et camper à Cysoing, le général Lukner vint s'établir avec son armée entre Lille et Marquette.
Le 13 germinal, troisième année républicaine, des hus* sards cantonnés à Bondues arrivent à Bousbecque. Bs se présentent chez le aieur Antoine-Phîlqipe CSatteau, maire de
cette commune. N'y trouvaiit que sa femme ils la menacent, le sabre au point et la forcent de leur donner son a]::gent. La plainte adressée au commandant du cantonnement, par le fils de cette dame et un gendarme, nous apprend que ces soldats se sont emparés du livre oii se trouvaient les assignats.
Peu de temps après, les Français occupaient Wervicq, Comines et Menin où les Autrichiens n'avaient laissé qu'une faible garnison. Voilà Bousbecque presque continuellement inondé de troupes jusqu'en 1795.
La frontière du Nord était Tobjet de Tattention générale, et le point où se portaient les efforts des partis. Les Autrichiens, douze jours après, avaient repris Menin, Ypres et Courtrai. La guerre était peu favorable aux patriotes ; le 19 Août 1792 la patrie est déclarée en danger.
Un élan invincible s'empare alors du pays et se communique à tous les rangs de Tarmée. On connaît Phéroïque défense de la ville de Lille ; le 6 Novembre, les Autrichiens, battus à Jemmappes par Dumouriez étaient chassés de la Belgique ; le 10, défaits à Pont-Rouge par le général Labourdonnaye ils étaient forcés d'abandonner Lannoy, Roubaix, Tourcoing, Comines, Bousbecque et Roncq, après deux mois d'occupation. Enfin, le mois suivant, la prise de Coblentz et celle de Trêves terminaient glorieusement la campagne de 1792.
Bientôt, TEurope, coalisée, devait envoyer contre la République trois cent mille hommes dont plus de la moitié se trouvaient concentrés au Nord, entre la Moselle et la mer. Cent soixante mille Anglais, Écossais, Hollandais, Prussiens, Autrichiens, Hongrois, se tenaient à la frontière. Au lieu de réunir leurs efforts sur un point, ils s'éparpillèrent ; ce fut le salut de la France. Dans des combats de détail, les recrues s'habituèrent au feu, et des succès partiels relevèrent Tespérance des patriotes.
Des combats sanglants eurent lieu à Linselles, à Wervicq
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et non loin de Gourtrai. Le succès pencha tantôt d^un côté, tantôt de Tautre. Les avant-postes du camp de la Madeleine inquiétaient les gardes avancées du prince d'Orange : Ce général résolut donc d'enlever Linselles et le Blaton (18 Août 1792) et d'y laisser deux bataillons.
Jourdan, qui était parvenu à la hauteur de Lille sans être signalé à Tennemi, arrive à Timproviste, et tandis que, par son ordre, Macdonald reprend le Blaton, il fond sur les deux bataillons et massacre tout ce quj ne peut prendre assez tôt la fuite.
En apprenant cette nouvelle, le duc dTorck ordonne à trois bataillons de reprendre Linselles, et il les appuyé d'une réserve de trois autres bataillons Hessois.
Pendant la marche des ennemis, les Français s^étaient fortifiés à Linselles. En débouchant les taillis qui environnent le village, les Anglais qui s'étaient formés en bataille devant les hauteurs, s'avancent avec vivacité sur les redoutes. On les laisse approcher à demi portée de canon, puis tout à coup, douze pièces de six, chargées à mitraille, étendent sur place trois cents soldats et douze officiers. Cette attaque imprévue ne déconcerte pas le général Locke; les Anglais se jettent tète baissée et la bayonnette en avant, et ils s'emparent des batteries, en tournant les pièces contre les soldats de la république qui doivent abandonner le poste. Ce combat coûta la vie à nulle hommes, et cependant le lieu n'étant pas tenalble, fut bientôt abandonné par les alliés. (1)
Les Français, certains qu'ils ne pouvaient plus rien entreprendre sur le ducd'Yorck, résolurent d'utiliser une partie de leurs forces en les jetant sur le corps Hollandais isolé à Menin; ils calculèrent justement, qu'en se portant sur lui, les autres corps resteraient dans leurs positions défensives, à la conservation desquelles ils semblaient attacher
(1) Histoire de Lille par V. Derode tome 3 page 466.
le succès de leurs opérations. Ainsi on espérait accabler facilement le prince d'Orange, sans courir aucune chance; calcul d^autant mieux fondé que cette petite marée, loi d'être rassemblée, occupait une multitude de postes : le corps de bataille campait autour de Menin; des bataillons tenaient Roncq, Halluin et Bousbecque ; la brigade Gueusau gardait Tourcoing; le prince de Hesse-Darmstadt, avec une avantgarde, observait la route d'Ypres vers Messines, et Wambeck à la tête d^un autre corps, couvrait Comities et Wervicq.
. Une attaque combinée entre Tarmée de Houchard et le camp de Lille s'exécuta le 12 Septembre 1793 ; la division aux ordres de Hédouville, se dirigeant sur Messines et Houthem, culbuta le prince de Hesse jusque sur Wervicq. Ce prince, blessé dans le combat, ne put même se défendre dans cette ville qu'il céda aux Français. Au même instant la division campée sous Lille aux ordres du général Béni, s^vança sur Linselles, Roncq et Halluin reployant tous les postes ennemis.
Le prince d'Orange, assailli de tous cotés se serait, sans doute, décidé à la retraite sur Courtrai, si l'heureuse nouvelle de la prise de Quesnoy et de la marche du général Beaulieu sur Wevelghem, avec un corps de sept mille hommes, ne lui avaient donné l'envie de se maintenir.
A cet effet, il détacha contre Wervicq les gardes Suisses et Hollandaises et une brigade de grenadiers aux ordres du prince Frédéric. Au moyen de ce renfort, les troupes du Stathouder rentrèrent dans cette ville qu'elles défendirent avec succès. De l'autre côté, le comte de Wartensleben fut dirigé sur Halluin pour soutenir l'effort de la division Béru, de concert avec les deux bataillons qui s'y trouvaient déjà ; enfin, le prince crut devoir en même temps porter quelques bataillons sur Gheluwe, sous le prétexte assez étonnant, de conserver les communications d'Ypres, s'enlevant, par ces étranges dispositions, tout moyen de résister à un ennemi déjà supérieur.
Le 13 au matin, Wervicq est de nouveau assaillie par deux fortes colonnes de Tannée de Houchard; la droite d'Hédouville,, débouchant de Comines et longeant la Lys se jette impétueusement dans ce bourg ; le prince Frédéric se retirait en ordre, lorsque le général Kray, arrivant avec quelques escadrons autrichiens lui persuade qu^il est suivi par le corps de Beaulieu, et le décide à tenter une attaque pour reprendre Wervicq, Audace inutile 1... Le feu supérieur de Tartillerie Française, semant la mort parmi ses troupes le force à la retraite, après un choc des plus rudes : le prince Frédéric fut lui-même blessé, et la cavalerie de Kray très-maltraitée, paya cher, le funeste conseil de son chef.
Dans ces entrefaites, la division du général Béru ayant assailli les redoutes d^Halluin sur trois colonnes, était parvenue à en tourner une, à culbuter la brigade de Wartenalebeu qui occupait ce point et à pénétrer pêle-mêle avec elle dans Menin. Les troupes Hollandaises, débouchant de cette ville pour se retirer le long de la Lys, battues par l'artillerie que les Français venaient de braquer près de Basse-cour, se sauvèrent en désordre sur Moorseele ; protégées par Beaulieu elles se rallièrent ensuite près de Courtrai avec la brigade de Gueusau qui s^ était retiré du coté de Mouscron. Cet événement rendit la position du prince Frédéric très critique ; ne pouvant rejoindre Tannée sur Courtrai, il se retira sur Dadizeele, constamment harcelé par les Français. La brigade Reizenstein postée à Gheluwe, se voyant alors nttaquée sur son flanc gauche, crut devoir se rejeter sur Ypres. (1)
Depuis la première invasion de 1792, les alliés n'avaient cessé de tendre à forcer la bai'rière que leur présentaient les places fortes du Nord. Les Français, dociles à Tappel de la convention, leur avaient opposé, comme par encluûite»
(1) Histoire des guerres de la révolution par le baron de Jomini. Tome I livre V chapitre 20 page 3904
ment, huit cent mille combattants, dont deux cent quarantecinq mille au Nord. De cette masse d'hommes, cent cinquante mille étaient répartis en divers camps. Les ennemis, formant huit colonnes, avaient un effectif de trois cent mille hommes qui réussirent à se placer entre les deux ailes de Tarmée française et à les isoler ; il se préparait ainsi une immense bataille qui s^étendait de Philippeville à la mer. Les généraux Français sentirent tout le danger de cette position, et Pichegru tenta une attaque impétueuse sur toute la ligne. L'événement ne fut pas heureux, et les alliés, profitant de leur supériorité, renforcèrent Glairfayt dans la Flandre Maritine.
Cependant, le général autrichien fut battu le 29 Avril à Mouscron. Hammersteiu, qui se tenait dans Menin avec trois mille émigrés et Hanovriens, craignant d'être forcé, voulut mourir les armes à la main, plutôt que d'être fusillé. Il se précipita donc, à travers Tannée Française et se retira avec le reste des siens vers Bruges. Le 10 Mai Glairfayt, dans une attaque sur Courtrai rencontra Souham, et après tm combat meurtrier, dut se décider encore à la retraite.
Les alliés comprirent, enfin, le vice de la tactique qu'ils avaient suivie jusque-là. Tant de manœuvres inutiles fatiguaient énormément leurs troupes et leur extrême division donnait aux républicains* trop de chance de succès. Un conseil suprême fut tenu à Tournai sous la présidence de l'empereur d'Autriche et du prince de Cobourg. On y résolut la destruction de l'armée du Nord qu'on appelait les soldats de Bcbespierre.
Le projet était d'une exécution facile et d'un succès assuré, si les chets eussent porté en même temps leurs efforts sur Bondues, Mouveauxet Roubaix. Heureusement pour la France, ils subirent, à leur insu, l'influence de Thabitude et préférèrent se porter sur Tourcoing en six colonnes concentriques, de manière à pouvoir livrer bataille, avec toutes leurs forces réunies, ie 17 Mai.
A la tête de la première colonne, Clairlayt, parti de Thielt passe la Lys à Wei-vicq et se porte sur Linselles ; les généraux de Busch, Otto et le duc dTorck s^avancent du côté opposé, c'est-à-dire vers Tournay ; la deuxième colonne commandée par Busch, se dirige sur Mouscron ; la troisième, par Otto traverse Watxelos et occupe Tourcoing ; la quatrième, sous les ordres du duc d'Yorck, marche par Templeuve sur Boubaix, Croix et Mouveaux. La cinquième et la sixième colonnes aux ordres du général Kinsky et de Tarchiduc Charles, devaient, en passant par Pont-à-Tressin et Bouvines rejeter la division Bonnaud dans Lille.
L'héroïque résistance de quelques bataillons qui défendaient le passage de la Lys à Wervicq avait fait perdre vingt-quatre heures à Clairfayt qui se trouvait encore en cette ville dans la nuit du 17 au 18, et par conséquent dans l'impossibilité de rejoindre les autres colonnes pour l'action générale qui devait avoir lieu le lendemain.
Le 18 Mai 1794, 'à trois heures du matin, Souham, à la tête de quarante-cinq mille hommes, marche sur Tourcoing, culbute Tavant-garde d'Otto et s'empare de la ville, tandis que le général Bonnaud, ayant laissé quelques bataillons pour amuser les deux colonnes de l'archiduc et du général Kinsky, s'était avancé dans la nuit du 17 au 18 entre les villages de Wasquehal et d'Hem, et tombait au point du jour, avec seize mille hommes, sur la colonne anglaise commandée par le duc d'Yorck, échelonnée entre Croix, Mouveaux, Boubaix et Lannoy, et la mettait complètement en déroute, malgré une vigoureuse résistance.
Clairfayt avait traversé la Lys à Wervicq, à sept heures du matin, avec vingt-cinq bataillons et 28 escadrons. Comme il importatit de l'arrêter, afin qu'il ne puisse joindre les colonnes posées autour de Tourcoing, et aussi, afin de permettre aux équipages de l'armée française et à l'artillerie qui se trouvait à Halluin de se mettre en sûreté, en filant par la route de Menin, sur Lille, le "général Moreau fut
envoyé à sa rencontre par Roncq et Bousbecque avec la seule brigade Vandamme, composée de huit mille hommes encore harassés des mouvements pénibles de la veille. Les historiens disent, qu'en présence de troupes une fois plus nombreuses que les siennes, Moreau avait dû prendre une position en arrière de la Lys, adossée au village de Bousbecque, où ses troupes se battirent avec une rare intrépidité, et que Clairfayt, n'ayant pas entendu de canonnade de toute la matinée, ignorant le sort des colonnes du centre, et informé que Tourcoing était occupé par Tannée Française, présuma être arrivé trop tard ; qu'il partit à l'entrée de la nuit et se retira par la même route à sa position de Thielt, emmenant sept pièces de canon et trois cents prisonniers. (1) Une femme âgée, ayant parfaitement conservé le souvenir de cette journée qu'elle avait passée avec sa fEunille dans la cave du cabaret de S. Georges, nous a rapporté que jusqu'à midi le combat avait eu lieu entre Wervicq et le hameau du chemin des Vaches, s'étendant vers la Basse-Ville et les Oblaers ; mais que l'action la plus terrible, oii les Français furent presque tous massacrés s'était passée entre le chemin des Vaches et l'agglomération ; que les « Lnpériaux » fiers de leur victoire poussaient des cris enthousiastes en traversant la place de Bousbecque, conduisant un grand nombre de soldats prisonniers, dans la direction de Menin, quand un cavalier, venant de Roncq, à bride abattue, vint annoncer le succès des Français sur toutes les autres lignes.
Au délire de la victoire succédèrent des hurlements de rage, et Clairfayt, se vit obligé de retourner sur Wervicq.
(i) HÎBtoire de Tourcoing par Roussel Deffontaines page 198. — Victoires, conquêtes, désastres revers et guerres civiles des Français, de 1792 à 1815, -par une société de militaires et de gens de lettre (Panekoucke) Paris 1817, tome II pages 251 à 261. — Histoire de la révolution française par A. Thiers tome VI page 70. ^- Histoire des guarrea de la révolution par le baron de Jomini, tome 2 livre VI ehap. 30, page 29.
Passant près d'un officier français prisonnier, un soldat autrichien se jeta sur lui avec fureur et lui trancha la tête. Il est probable qu'ayant appris le succès de l'armée française ce brave officier , dont nous serions heureux de connaître le nom et le grade, n'aura pu retenir l'expression de sa joie et qu'il aura ainsi payé, par un lâche assasinat, le bonheur qu'il avait ressenti, en apprenant la victoire de l'armée Française.
Les dégâts occasionnés, par les troupes, aux moissons, aux propriétés et aux mobiliers des habitants de Bousbecque, pendant l'occupation et lors de la bataille de Tourcoing furent très importants. Nous trouvons dans nos archives de nombreuses notes remises par les habitants de Bousbecque constatant les pertes qu'ils avaient éprouvées. Ces états après avoir subi de grandes réductions furent décidément arrêtés à 68,909 livres par les commissaires désignés pour régler les indemnités, mais malgré toutes les démarches faites par la municipalité et un grand nombre d'habitants, et des sommes importantes dépensées pour y parvenir, non seulement ils ne reçurent aucune indemnité, mais ils n'obtinrent même pas le dégrèvement des impositions de cette année, malgré la loi du 26 pluviôse qui accordait décharge des contributions à tous ceux qui justifieraient avoir été victimes de la guerre. Les nombreuses exécutions que le collecteur a dû faire pour en opérer le recouvrement indiquent la triste position d'une grande partie des contribuables de cette commune.