‹ Histoire de BousbecqueChapitre 36 sur 51 · CHAPITRE XXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXX

La restanratioii. -> Lm Saxons à Bonsbecque. — Btat déplorable du commerce de lin de 1840 à 1848. — Incendie de 1840. — PlantatioB de l'arbre de la liberté, en 1848. — Empire. — Chierre de 1870. — Vombrenees yiotimes que none avons à déplorer.

Tandis que les armées françaises suivaient leurs marches triomphantes à Textérieur, une misère profonde régnait dans notre pays. La cherté des vivres, le manque d^argent, le vol et le brigandage avaient jeté les campagnes dans une position affreuse. Pour comble de malheur, une épizootie désastreuse vint ravager notre contrée, et occasionner à Bousbecque, d'après les chiffres officiels, une perte de 16.610 francs. (1)

Les guerres continuelles avaient épuisé la France ; nos populations, si empressées, au commencement de Tempire, à donner des volontaires aux armées, voyaient avec effroi les bras manquer à la culture. Beaucoup refusaient de satisfaire aux lois sur le recrutement, et les désertions venaient fréquentes. Les réquisitions continuelles avaient mis les finances de notre village dans un état si précaire qu'on résolut de se créer quelques ressources en établissant un octroi, qui exista 'depuis 1807 jusqu'en 1816.

Les livres de perception de cet impôt nous apprennent que la bière forte était imposée à un centime et demi le litre et la petite bière à vingt-cinq centimes l'hectolitre ; que le vin payait cinq centimes, et le genièvre dix centi-

(1) Archives de Bousbecque — série moderne.

mes le litre. On payait, pour abattre une vache, 6 francs ; pour un porc 4 frs. 50, pour un^yeau ou un mouton, 75 centimes.

Le relevé des déclarations faites à cet effet nous donne le chiffre des consommations de chaque année, à cette époque, dans notre village. Elles consistent en 530 hecto* litres de bière forte, 222 hectolitres de petite bière, 25 hectolitres de vin et 6 hectolitres de genièvre. Les déclarations comprennent : 2 bœufs, 2 taureaux, 53 vaches, 65 porcs, 48 veaux et 4 moutons. La recette brute de Toctroi montait annuellement à 1.650 francs, environ.

Les ressources de la conmiune ne permettant pas de participer à rétablissement de la garde mobile que Ton forma en 1809, les principaux habitants du village se cotisèrent sfin de fournir, à leurs frais, l'équipement de 31 hommes, auxquels on payait en outre, 1 franc 50 par jour. (1)

Nous avons eu Toccasion de constater que parmi le service mis à la charge de la garde nationale, se trouvait celui de vejil;^ 1er à rimportation des marchandises et à en faire acquit^^^. les droits. Le sieur Dupont J. B., receveur, remplit, seul, les fonctions d'employé des douanes jusqu'en 18,1 4 ; ,m»^^ à cette époque, une brigade de douanes fut iiii9ti^ée,à Bousbecque. Le procès-verbal d'installation, par. M» .]^. ,J.j, Cateau, maire de cette commune, le 11 Mai 1814^ nous ap{)refî4; que cette première brigade était composée d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant et de six préposés.

La désastreuse campagne de Moscou avait' cdmplététnènt^' épuisé la France, et détruit ses belles armées. Napolébn'ifé^ décida à abdiquer, et Louis XVTII frère du malheureux Louis XVI, put rentrer à Paris. Il serait difficile de àéiikt&^ l'enthousiasme avec lequel notre population apprit la ^oit-^ velle de la restauration monarchiste. Jamais, les habitants

(1) Papiers d»,fami))e. i , , . ,: , '■. • i")t 'iii>l ayb

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de Bousbecque n'ataient montré un entrain si général. A la suite d'une souscription, faite dans la commune, aôn « de célébrer les funérailles de Louis XVI et de sa famille, le rétablissement des Bourbons sur le trône, la paix de l'église, de Tétat et de toute l'Europe. » Une dépense de plus de cinq cents francs fut employée à célébrer cette fête, le jour de la Sain{ Kerre, 29 Juin 1814.

Toutes les sociétés d'arbalétriers et d'archers, auxquelles on avait distribué des prix et de la boisson, s'étaient réunies pour se rendre, en cortège, à l'église. Sur la place, une vaste table avait été dressée : tous les indigents avaient été invités à dîner, et ils étaient servis par les personnes aisées. Pendant le repas, le Maire de. Bousbecque, M. L. Lepoutre, amusait les convives par des chansons patriotiques et anti-bonapartistes. La gaieté était générale. La musique de Wervicq vint aussi embellir la solennité dont le souvenir s'est conservé, dans toutes les familles.

Notre population espérait jouir, enfin, de la paix et d'une heureuse prospérité ; mais le retour de Napoléon, les cent jours et la bataille de Waterloo avaient jeté, de nouveau, le pays dans une vive anxiété. Louis XVIII put enfin reprendre une couronne que les alliés firent payer bien cher à la France : 800 millions, notre frontière du Nord amoindrie, et les frais de 150,000 étrangers qui devaient, pendant cinq ans, au nom de l'Europe, faire la police de la France.

En vertu de ce traité 150 lanciers saxons, et une partie de soldats du train, dbnt plusieurs avaient femme et enfants, vinrent prendre cantonnement à Bousbecque, le 2 Février 1816. Ils furent logés chez les habitants, mais grâce à leur discipline, à part de rares exceptions, ils s'efforcè^'ent de rendre leur joug aussi Jiéger que possible.

Les soldats saxons, excellents cavaliers, s'amusaient souvent à traverser la Lys, faisant nager leurs chevaux. Trois des leurs furent un jour emportés par le courant, et se

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seraient infiEdIliblement noyés, si les habitants ne s^étaient portés, à la hâte, à leur secours, se lançant dans une barque et les retirant de Peau après de grands efforts. Cette marque de dévouement, pour lequel les saxons montrèrent beaucoup de reconnaissance, contribua, sans doute, à conserver les égards qu'ils ont toujours eus pour notre population. Us avaient établi un champ de manœuvre, entre les deux chemins de Wervicq, sur un terrain appelé le « bonnier au seigle », et ils avaient placé une cible dans Tavenue des bois, où d'autres soldats saxons, campés dans les communes voisines, venaient s'exercer avec eux.

La famine de 1817 avait ajoute ses maux au lourd fardeau de l'occupation. Dès le commencement de cette année, le prix du pain avait quadruplé, et la disette aurait fait de nombreuses victimes, si la charité publique et la prévoyance de l'administration n'avaient rivalises d'efforts, pour venir en aide aux indigents.

L'année suivante, les saxons avaient quitté la commune, et la population rendue au calme et à la tranquillité espérait voir s'ouvrir un long avenir de prospérité, lorsqu'une nouvelle terrible vint jeter la consternation dans toute la France. Louvel, qui voulait ^teindre la race des Bourbons, avait frappé mortellement le duc de Berry (13 Février 1820). Par sa délibération du 7 Janvier 1821, le conseil municipal de Bousbecque, considérant que le vœu des habitants de cette commune est de contribuer à l'érection du monument départemental, à ériger à la mémoire de ce Prince si regretté, vote à l'unanimité une somme de cent cinquante francs à cet effet. La mort du duc de Berry fut un véritable deuil public que suivit une grande joie, quand, sept mois après, on célébrait la naissance du duc de Bordeaux.

Nous avons déjà constaté le peu d'attrait de notre population de Bousbecque pour la iM>litique; aussi est-elle restée peu préoccupée des événements qui se sont succédés depuis cette époque, d'autant plus que le commerce du lin, qui fait l'unique ressource du pays, avait plongé nos ma|-

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hQurenx habitants de Bousbecque dans une position très précaire.

De temps immémorial, les Uns de la Lys étaient renommés pour leur force et leur couleur, et Ton sait combien étaient recherchés, les produits de nos excellentes fileuses flamandes. L'introduction de la filature mécanique devait apporter à Tindustrie Unière un ébranlement extraordinaire dont la commune de Bousbecque deyait cruellement ressentir le contre-coup.

Dès 1837, la filature mécanique Anglaise commençait à faire ressentir ses effets sur les marchés français. L'importation des fils, en France, qui ne montait, en 1832 qu'à 56,000 kilog. atteignit en 1837 le chiffre, déjà extraordinaire, de 3,200,000 kilog. et deux ans après, les lins de la Lys avaient perdu soixante-dix pour cent de leur valeur, amenant la ruine du village de Bousbecque. La filature mécanique préférait les lins étrangers, plus doux, et mieux en rapport avec la nouvelle industrie, que Ton obtenait à des phx inférieurs. Il en est résulté que, tandis que notre pays était jeté dans une ruine complète et que la culture du lin, une des plus belles branches de Tagriculture flamande avait perdu la moitié de son importance, Timportation, en France, des lins étrangers, qui était de 376,696 kil. en 1835, atteignait, en 1850, le chiffre énorme de 17,852,867 kilog. I...

En 1840, le Dimanche 2 Mai, à midi, un incendie considérable détruisait une partie de Tagglomération. Les habitants de Bousbecque avaient rivalisé de zèle pour combattre rélément destructeur, et ils étaient maîtres du feu, quand les secours arrivèrent de toutes les communes voisines. Afin de mettre en relief le dévoûment des Sapeurs- Pompiers de Comines, un correspondant de la « Gazette de Flandre et d'Artois » avait cru pouvoir calomnier les habitants de Bousbecque, les accusant d'être restés insouciants et impassibles en face du fléau destructeur. Justement indignés d'une pareille diffamation, l'administration de Bousbecque

avait menacé de poursuites le rédacteur du journal, qui inséra, à titre de rétractation une lettre de M. Lambin Maire de Comines, réduisant à néant les accusations mal* veillantes envoyées de cette ville à la « Gazette. »

La république avait été proclamée à Paris, en Février 1848, et au mois d'Avril suivant, il y eut lieu de procéder à la plantation de Tarbre de la liberté. Le cortège, composé des membres de la garde nationale, la plupart en blouse, des sociétés de la commune, du conseil municipal et du clergé, vint procéder, sur la place, à la plantation de l'arbre, enjolivé de tentures et de tapisseries. M. le curé fit un discours de circonstance, et une distribution de pains aux pauvres avait été faite à cette occasion. Connaissant le peu d'enthousiasme de notre population pour ces sortes de cérémonies, le digne M. Delannoy, instituteur et secrétaire de la mairie, avait promis à ses élèves (et nous étions du nombre) qu'ils auraient un jour de congé s'ils criaient bien: Vive la Bépubliquel... C'est grâce à cette circonstance que l'on put constater au procès-verbal que ces cris avaient été poussés. La cérémonie était égayée par les extravagances d'un malheureux rentier, en démence, qui vint embrasser l'arbre de là liberté et l'arroser de deux bouteilles de Champagne.

Le jeune peuplier poussait à^ merveille, quand un Dimanche soir, quelques inconnus, peu admirateurs du nouveau système qu'il représentait, le cassèrent, à un mètre de sa base, malgré la palissade que l'entourait. Un procès-verbal fut rédigé à cette occasion et le fait fut signalé dans les journaux de Lille, comme un délit. Quoique décapité notre végétal enguirlandé repoussa avec vigueur, mais comme ses branches s'éparpillaient en largeur, on l'appelait un « halot de liberté. »

Dans les premiers jours de 1852 l'arbre de la liberté fut considéré comme » un objet qui ne rappelait que des souvenirs néfastes n et condamné à disparaître avec les ornements nombreux dont il avait été affublé.

Pendant la nuit du 28 au 29 Mars 1848, trois voitures arrivent à Bousbecque. Les personnes qui en descendent annoncent que douze cents partisans, arrêtés à Bondues, doivent arriver dans la matinée à Bousbecque pour envahir le territoire belge, et fonder la république à Bruxelles. Leur intention avait été de passer la Lys et d'entrer en Belgique par Bousbecque, mais après Texamen des lieux, crai- ' gnant une sortie de la garnison de Menin, ils changèrent d'avis, et prirent la direction de Tourcoing. On sait le résultat de Téchauffourée, du << Risquons-Tout. n

Le commerce était dans un état affreux. Les ateliers des villes de Roubaix et de Tourcoing étaient fermés, et une foule considérable d'ouvriers se trouvaient sans travail. Béunis par bandes de plusieui*s centaines, ces malheureux venaient parcourir les campagnes, sous le prétexte de demander du pain aux cultivateurs, de chasser les Belges qui avaient des emplois que Ton aurait dû laisser aux Français ou de rendre honneur aux arbres de la liberté. Afin d'éviter ces excursions dans le village, le conseil municipal avait décidé que la garde nationale serait mise sur pied, et que, de concert avec la gendarmerie, appelée à cet effet, on interdirait à ces bandes, l'entrée de la commune.

Après avoir passé une grande partie de la journée dans la meilleure intelligence possible, les gardes nationaux et les gendarmes, ayant copieusement bu, se trouvaient dans la soirée, dans le cabaret du Cheval Blanc, au hameau des Bois, quand éclata une question de rivalité qui aurait pu devenir tragique. « Je ne m'inquiète pas des gendarmes !.. » disent les gardes nationaux. « Qu'est-ce qu'un garde national ?» se demande, d'un air de mépris, le brave gendarme qui a laissé sa raison au fond du verre... Des gros mots on arrive aux faits, on se bouscule, les sabres des gendarmes sont dégainés... et sans l'intervention utile du commandant de la garde nationale, on aurait eu à constater des scènes déplorables. Le lendemain, nos miliciens bourgeois se rappelaient à peine ce qui s'était passé, et les gendarmes, confus, venaient rechercher, les parties de leur

équipement égarées dans la mêlée. Le service, du reste, avait été parfaitement rempli ; les bandes de mendiants, prévenues de la mise sur pied des gendarmes et de la garde nationale n'étaient plus arrivées à Bousbecque.

Le commerce de lin, comme toutes les industries, était tout à fait nul. Afin de donner du travail aux ouvriers, les &bricants de lin se réunirent et décidèrent de former une association qui achèterait le lin et le ferait travailler, partageant à la fin de la fabrication, la perte qui pourrait en résulter. Gomme les achats de matières premièreSi avaient été faits en de bonnes conditions, les fabricants n'éprouvèrent aucune perte, et grâce à cette mesure, ils donnèrent du travail aux ouvriers et leur évitèrent la nécessité, si dure pour eux, de devoir mendier, ayant le courage et la volonté de travailler.

Cependant, la France proclamait Louis Napoléon Bonaparte président de la république, à une immense majorité, et donnait à son pouvoir une force propre à ramener entièrement la confiance. Nous n'avdns rien d'intéressant à mentionner dans nos annales depuis cette époque ; nous pouvons, toutefois, signaler deux fêtes importantes célébrées avec enthousiasme par notre population, Tune en 1854 à propos de la promulgation du dogme de PLnmaculée Conception; l'autre en 1859 à l'occasion de la paix, après la bataille de Solférino.

La guerre d'Amérique, en produisant une hausse considérable sur le prix des cotons, avait activé l'industrie linière ; aussi la commune de Bousbecque prenait-elle un grand développement et elle se trouvait en pleine prospérité quand éclata contre la Prusse, cette guerre désastreuse qui a donné à notre laborieuse population, les inquiétudes, les angoises, les douleurs que toute la France a ressenties.

Tous les jours, la foule se portait avec anxiété à rarrivée du facteur, avide de connaître les nouvelles; mais les jour*

naux ne rapportaient, hélas I que de cruels revers. L'empire croule à Sedan ; Strasbourg succombe héroïquement ; Metz cède à la famine ; Paris, Pimmense capitale, est entourée par jia cercle d'hommes, de fer, de feu, et pendant près de cinq mois ne communique que par ballons avec la France, qui fait, en vain, d'héroïques efforts pour seconder son admirable résistance.

Imprenable par les armes, Paris succombe sous la faim. Le traité de paix, que nous devons subir, nous arrache des provinces, nous impose une écrasante indemnité de cinq milliards, et nous humilie par le séjour des vainqueurs sur une partie du sol. Pour comble de malheurs, des misérables excitent à la guerre civile, et pendant deux mois, la commune de Paris lutte contre le gouvernement établi à Versailles.

Si le territoire de Bousbecque n'eut pas la honte d'être foulé par les pieds de l'ennemi, ce village n'en fut, pas moins, des plus malheureux ; car très-peu de localités, même '))lus importantes que la nôtre, ont eu à déplorer la perte d'autant de leurs enfants. La liste nécrologique des soldats de Bousbecque, victimes de la guerre se compose des dix noms que nous allons citer :

Dalle Jean, mort à Landrecies, le 84 Novembre 1870.

Dalle Louis, tué aux carrières de Ghaumont,

le 18 Août 1870.

Delmotte Adolphe, mort à Landreoies, le 21 Décembre 1870.

D'Hallmii Emile, mort à Gross-Glogau (Prusse),

le 5 Janvier 1871.

— 3o7 — Dnthoit Louis, mort à Athies, Pas-de-GalaiB,

le 7 FéTrier 1871.

Hacqnette Antime, mort à Pont-à-Monssoii, le 21 Décembre 1870.

Olivier Joseph, taé à l'armée de la Loire,

près de Bonneval.

Sioeaux Edouard, tué à Bapaome, le 2 Janvier 1871.

Sioeanx Ersest, mort à Hagdebourg (Prusse).

TiUers Emile, tué à Bapaume, le 2 Janvier 1871.

Jusqu'aujourd'hui, aucun monument n'a été établi pour transmettre à la postérité les noms de nos braves concitoyens, morts glorieusement dans cette guerre terrible, mais nous connaissons trop le patriotisme des habitants de Bousbecque pour ne pas supposer, que lors de l'érection d'un nouveau calvaire, au cimetière, une table de marbre ne soit posée, transmettant ces noms héroïques, aux générations futures.

Depuis ces jours néfastes, le commerce est resté en souffrance, et la fortune publique a beaucoup diminué à Bousbecque. Nous ignorons ce que Dieu nous réserve, mais quoiqu'il arrive, notre modeste • village aura, du moins, donné ce grand exemple de la constance dans le malheur, de l'espoir que rien n'abat, d'une énergie rare, et par le dévouement de ses glorieux enfants, il aura montré ce que valent' une volonté forte et un courage intrépide.

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