CHAPITRE IV
Lft ftmille Gldaelin. •* 6illM Ohiaeliii, 1*' du nom des aeignenn de Beubeeqne. — C^rges Oldeelin, ehambellan et oonseOler de Xazisiilieii roi des Bomains. — Son sapplioe à Bruges en 1487. — Antres enfknts de OiUes Gliiselin et d'Adrienne de Hingettes dit de la Lys.
Diaprés rarmorial de France, on trouve un Ghiselin grand bailly de la ville d'Ypres en 1300, époque où cette dignité était réservée à la haute noblesse ; et un autre Ghiselin qui aurait été enveloppé dans le massacre du pont de Montereau-Faut- Yonne, le 18 Août 1419, à la suite du duc de Bourgogne. (1) Mais ce nom n^étant pas porté sur la liste des hauts baillis dTpres, avant 1480, nous devons constater l'inexactitude de ces renseignements.
Eckman (2) donne la généalogie complète de la famille Ghiselin, commençant à Richer de Ghiselin, qui fit le château de Richer, Tan 1030, en la paroisse de S. Miloire, au clos de Poulet, et le château de Ghiselin ; il avait épousé Marie de la Vieusville.
Glamoioch de Ghiselin, son iils, est cité, à propos d'une donation faite à Tabbaye du Mont S. Michel, de quelques terres qu'il possédait à Colomb. Il avait épousé une fille de la famille de Bertrand de Dinand, qui n'est pas autre-
(1) Ârmorlal de Fraace, article Ghiselin.
(2) Manuscrit généalogique de la bibliothèque royale de Bruxelles, fonds Goethals, n« 789, page 96.
ment désignée, et qui le rendit père de Bertrait de Ghiselin, allié à Floridade Lauval, décédé en 1150, après avoir donné à Tabbaye la terre de Fresnoy, du consentement de son fils, Godefroy de Gbiselin.
Godefroy de Ghiselin, dit Maglip, est nommé dans une charte de Tabbaye de YiefnUe, en 1181. Il épousa Alix, diEime de Bertrand, qui le rendit père de Bertrand de Ghiselin, second du nom, dit le jeune, cité aussi dans up titre de cette abbaye, en 1201, allié à Marie, dame de Plessis. A compter de cette époque, les membres de la famille de Ghiselin, portés dans cette généalogie, prennent le nom de Sires de Plessis.
Bertrand de Ghiselin (3® du nom), sire de Plessis, ayant épousé Jeanne, dame de Broon, fil!e de Robert, ajoute à ses titres celui de sire de Broon, et après le mariage d'Olivier de Ghiselin, sire de Broon, etc., allié par contrat du 8 Décembre 1363 à Jeanne de Bouille, dame de Molelier, le recueil généalogique lui donne, ainsi qu'à ses descendants, le titre de « seigneur de Molelier. »
Si nous n'avons aucun document qui puisse nous faire douter de Texactitude des renseignements donnés par Eckman, sur la famille Ghiselin, jusqu'à cette époque, il n'en est plus de même dès qu'il constate, ce qui est tout à fait erronné, que Pierre de Ghiselin, S** du nom, seigneur de Molelier, allié en 1419 à Marie Policome, fille de Jean et de Marie de Longastre, aurait eu pour fils : « Jean de Ghiselin, B'^ de Molelier, époux de Jeanne des Wastines, mort en 1469 et Gilles de Ghiselin, qui épousa Adrienne de Hingettes, » ces renseignements étant tout à fait inexacts.
Si Jean de Ghiselin et Gilles Ghiselin, de la famille des seigneurs de Bousbecque ont pour auteur commun, avec les sires de Plessis, de Broon et de Molelier, Richer de Gbiselin, qui vivait en 1030, ils sont issus d'ude branche cadette, séparée aux XIP ou XUI® siècle, comme l'auront été, indubitablement plusieurs familles de Ghiselin de Flandre ; car nous trouvons ce nom dans un grand nombre de rapports
et de dénombraments du XIV? siècle, (l) notamment Jakemin Ghiselin, relevant un fief à Polinchoye en 1366. (2)
Gilles Ghiselin, chevalier, seigneur de Huelhove, grand bailly de Cassel, fils de Léonard et de N.^ Wartelet, avait épousé Agnès de Cortewyle, fille de Dierick (Thierri) seigneur de Oudenhove et de Catherine Scats. (3) Il mourut en 1437 et gît avec sa femme à Werstoutre.
Us eurent trois enfants: Josse, Gilles, qui suit, et Marguerite. (4)
Gilles Ghiselin, premier du nom des seigneurs de Bousbecque, chevalier de Jérusalem et de Chypre, seigneur de Huelhove, ayant épouse Adrienne de Hingettes dit de la Lys, qui lui apporta la seigneurie de Bousbecque, fit rapport du fief de Rume en 1458. Le recueil de notes historiques, attribué à de Muyssart, nous apprend » quïl servait en son acquit le duc de Bourgogne, en Lorraine, par le seigneur de Bousbecque, son fils, n (5)
En 1474, un conflit de juridiction ayant eu lieu entre les chanoines, le doyen et le chapitre de Messine, d'une part, et Tabbesse, le couvent et relise d^autre part, parce
(1) Jeanne, veuve de Thierry Ghiselin rélève un fief en 1379 ; Ljsbette. épouse de Thierry Juerdaent fait rapport, en 1309, d'un fief hérité de Jean Ghiselin ; Jean Ghegiarde rélève un fief hérité de Lisebette Ghiselin en 1384; Jean Ghiselin est cité, avec plusieurs autres du mémo nom, dans le dénombrement d'une terre, au métier d'Ardenburg, en 1391... (Archives du royaume de Belgique à Bruxelles, comptes on rouleaux, n~ 2392, 2387, 2399, 2324.)
(2) Archives du royaume de Belgique à Bruxelles, comptes en rouleaux, n« 2384.
(3) A. Merghelynck dit qu*Agnès de Cortewyle était fille de Hugues, seigneur de ce lieu, gouverneur du pont de Waméton, et de Yolande de Haesebroucq. — Noua avons extrait nos renseignements àê G. CréCau, Marius Voet, Joigny de Pamèle, et d'autres géhéalolistes qui mentionnent Agnès de Cortewyle conmie étant la fille de Thisny, seigneur de Oudenhove et de Catherine Scats.
(4) Quillaiime Grétan. — Manuscrit de la bibliothèque de Toumay.
(5) Archives du département du Nord.
que les écheyins de Tabbesse avaient fait une arrestation dans une maison appartenant audit chapitre, Gilles Ghiselin et Guillaume Wyts furent choisis arbitres, pour vider le différent. (1)
Gilles Ghiselin mourut en 1476 laissant d'Adrienne de Hingette, son épouse six enfants :
1° Georges Ghiselin (P'' du nom) seigneur de Bousbecque et des Wattines que Marchantius signale parmi les personnages les plus célèbres, qui fleurissaient sous Marie héritière et duchesse de Bourgogne, femme de Tempereur Maximilien. (2)
En Juin 1478, par son mariage avec Tarchiduc Maximilien, Marie de Bourgogne fit passer la Flandre à la maison d'Autriche et nous amena la guerre avec la France. A l'expiration d'une trêve d'un an, pendant laquelle les hostilités avaient été suspendues, Maximilien se porta en Flandre, et le 7 Août 1479, les armées se rencontrèrent dans la plaine de Guinegate. (3) Les hommes d'armes de France mirent d'abord en déroute la cavalerie ennemie, mais s'étant trop abandonnés à sa poursuite, tandis que, de leur côté, les francs-archers s'étaient jetés sur les bagages des Flamands, le combat changea de face. Quelques corps de milices Flamandes étaient restés inébranlables ; l'archiduc rallia ses chevaliers auprès d'eux, chai^ea les français, avec impétuosité, et resta, enfin, maître du champ de bataille. Georges Ghiselin, seigneur de Boesbeke, est cité parmi les dix vaillants combattants, qui furent créés chevaliers, après la bataille de Guinegate « en récompense des actions éclatantes de valeur, qu'ils avaient faites à cette glorieuse journée. » (4)
(i) Diegerick. — Chartes de Measines.
(2) MarchantiuB. — Commentaires de Flandre, li^re II, p. 319.
(3) Oninegate. — Village du baiUiage d'Aire.
(4) Nobiliaire des Fays^-Bas, tome I, page 12.
Chambellan et conseiller de Maximilien, nous trouvons encore le nom de Georges Ghiselin parmi les personnages célèbres, qui signèrent le traité du 23 Décembre 1482, réglant le mariage du dauphin avec Marguerite de Flandre. (1)
En 1487, les états généraux devaient se réunir à Bruges, afin de délibérer sur les conditions à régler avec la France. Déjà les revers éprouvés par le nouveau roi des Romains avaient réveillé l'opposition, dans les grandes communes de Flandre, et quoique accueilli avec respect par les habitants de Bruges, Maximilien, s'étant rendu aux halles, près des magistrats, fut retenu prisonnier, en même temps que le peuple, insurgé, cherchait les principaux chefs militaires de sa suite, afin de les faire périr sur Véchafaud.
Particulièrement exaspérés contre Técoutête Pierre Lanchals, que Ton accusait d'avoir voulu introduire des troupes Allemandes dans Bruges, les nouveaux magistrats avaient fiait publier, dans toute la commune, qu'une somme importante serait allouée, à celui qui le ferait découvrir : tandis que celui qui continuerait à le cacher, serait pendu, avec sa femme et ses enfants, à la porte de sa maison, ses biens confisqués, et ses parents bannis.
N'ignorant pas le sort qui l'attendait, s'il venait à être découvert par les émeutiers, messire Georges Ghiselin, seigneur de Bousbecque, qui se trouvait, au titre de conseiller et de chancelier, à la suite de Maximilien, se fit tonsurer, et après s'être revêtu des habits d'un religieux Augustin, i! tenta de sortir de Bruges ; mais il fut découvert au moment où il fuyait vers Messines.
«( Qui êtes-vous? lui demandèrent les magistrats et les doyens, lorsqu'on' l'eut amené au stein. « Je suis le fou de Messire Pierre Lanchals » répondit-il, présumant encore qu'il
(i) Histoire de Flandre, par Kervya de Lettenhove, livre 21, page 188.
ne serait pas reconnu. » Il a raison, il est le fou de Pierre Lanchals » s'écrièrent les bourgeois qui Tentouraient. En effet Georges Ghiselin, avait mérité, par les adulations qu'il pro<* diguait à Técoutéte, qu'on le surnommât le bave ou le baveur de Lanchals. On renferma immédiatement dans un sombre cachot, dans Tespoir qu'il trahirait, dans le malheur, celui dont il avait flatté la puissance; cependant on n'obtint rien de lui, et la retraite de lliomme que le peuple poursuivait le plus vivement, continua à rester ignorée. (1)
Le procès des prisonniers du stein s'ouvrait sous les plus tristes auspices. Jean de Nieuwenhove et Georges Ghiselin comparurent les premiers. Leur interrogatoire dura deux jours entiers ; les juges, en le prolongeant, cherchaient peutêtre à les sauver. Cependant, la multitude, qui se pressait autour du bourg, se lassa d'attendre un arrêt, que sa colère ^ avait dicté d'avance. On la vit se précipiter au tribunal des échevins, qu'elle accusait de sommeiller trop longtemps, et enlever les nobles prisonniers « lesquels furent furieusement prins et amenés avec bannière sur le marchié pour les livrer à torture et les exécuter par mort si cause s'y adonnait. » (2)
La chronique de Jean Molinet nous donne des détails si intéressants sur la fin tragique de ce seigneur de Bousbecque, que nous croyons devoir les reproduire dans leur émouvante simplicité :
« Pour achever leurs mortelles exécutions, les doyens des charpentiers avoient eslevé un hpurd grand et spacieux, et au milieu du parcq estoit le banc à la géhenne , (torture) sorti de chevilles de fer et de verrous, et composé tellement, qu'il estoit convenable à tous et rallongeoit les membres de ceulx qui «elon leurs tyrannies sinistres et desraisonnables estoient condamnés à la géhenne.
(1) Histoire de Flandre par Kervyn de Lettenhove, tome Y, page 4i9.
(2) Chronique de Jean Molinet. Ed. Buchon, tome III, (1S28) page 215.
« Jehan de Nenove, Georges Ghiselin et un sergent nommé Bontemps illecq venus attendons très dure discipline, les complices des doyens se mirent en leur diligence à préparer le bancq, et appoinctèrent cordes et aultres bagaiges à ce serrans, et couchèrent dessus Jehan de Van Ninove en commun spectacle, et le torturèrent tant rigoreusement, qu'ils le ralongèrent oultre mesure, dessérèrent les membres de son corps et par force de les estendre lui ouvrirent les aisselles. En cest angoisseulx fort horrible tourment congnut publicquement que pour dompter ceux de Bruges, il s'estoit consenti avec messire Pierre de Lanchast de bouter la garde en la ville.
« Le sergeant fut semblablement géhenne, mais messire Georges Ghiselin fut respité pour cette fois. Néantmoins, ne scais si c'estoit par force de torture ou aultrement, ils prioient tous trois qu'on les fesist morir et pardonnoient à tous leur mort.
« Le vingt-neuvième jour de Febvrier à cause du bisexte qui courroit ceste année, après avoir souflFert terrible tourment de géhenne par plusieurs et diverses fois furent condamnés à mort, sans terme de justice, contre droict et sans raison, et furent tous soudainement décapités : Jehan de Ninove et messire George Ghiselin seigneur de Bousbecque. » (1)
Georges Ghiselin avait épousé une fille de la famille d'Halluin, qui n'est pas autrement désignée. Il mourut sans hoirs, laissant la seigneurie de Bousbecque à son frère Gilles.
(i) Les comptes de la ville de Bruges portent : Item, betaelt broeder Willem Thimmermam priester ende capelaen Yan der Doucker-Gamere, omne de visitatie by • hem ghedaen aen Jan van Nieuvenhove, he Jooris Ghiselin, Victor Huygens, Pieter Dans en Guillebert du Homme, aile ghejustraceert metten zweerde up de Maeret, van de persoon 20>, comt, Vin*, 4'. (Histoire de Flandre par Kervyn de Lettenhovei tome Y. page 426.)
Les autres en&nts de Gilles Ghiselin et de Adrienne de Hingettes forent :
2^ Marie Ghiselin, religieuse et prieure à Messines.
3"^ Jossine Ghiselin, morte en 1486. Elle avait épousé à Cassel, le 16 Mai 1466, messire Colart van den Coorenhmse, Seigneur de Zuuthove, dont postérité ;
4'' Maitre Michel Ghiselin, prêtre;
5^ Henri Ghiselin, écuyer, seigneur de Borne, qui épousa Marie de Griboval dame de Lisbourg, et devint seigneur du mont noir (Swaertenberghe) à cause de sa femme, dont postérité ;
6° Gilles GhiseUn, seigneur de Bousbecque après la mort de son frère Georges, qui fera Tobjet du chapitre suivant.