CHAPITRE IX
Braine Habitée par Clotaire.
e Palatium Brennacum (ou palais de Bruine) existait sous le règne de Clotaire , comme nous venons de le dire au chapitre précédent; mais nous n'avons aucun témoignage sur son origine. Nous sommes donc obligés d'avoir recours aux hypothèses et aux conjectures relativement à ses premiers tems, qui paraîtront cependant à nos yeux comme des étoiles lumineuses dont l'éloignement nous absorbe une partie des rayons. Ce palais dut être construit par les Romains sur l'emplacement de Bibrax. Les premiers renseignerhens que nous avons sur cet antique et curieux monument viennent de Grégoire de Tours et
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(lu poète l'orlunatus. Ce château ne pré>enlait aucun de ces aspects militaires et lugubres dont est frappée la vue quand on considère les vieux manoirs du moyenâge. Le principal corps-de-logis était entouré d'un portique carré artistement sculpté, et se continuait par plusieurs rangées d'habitations destinées aux ofliciers de la maison du roi, dont les uns étaient Barbares et les autres d'origine romaine. 11 y avait dans Braiue un grand nombre d'artisans qui se livraient à divers métiers, tels que l'orfèvrerie, l'armurerie, la tisseranderie, la broderie en soie et en or, et la préparation du fil et de la laine.
A cette époque, les habitansde Braine étaient généralement d'origine gauloise; néanmoins il y avait plusieurs Germains mêlés, qui étaient sans doute venus en ce pays pour y exploiter quelques arts ou quelques métiers. Toutes ces familles, quelle que fût leur origine, étaient au même rang et désignées par le même nom , jiscalins . (pii veut dire attaché au Use. Les bâtimens de Braine étaient : les maisons des artisans, des cultivateurs, les cabanes des esclaves (serfs) et les bâtimens d'exploitation agricole, tels que les écuries, bergeries, granges, etc. Braine ressemblai! assez aux petites villes de l'ancienne Germanie, mais elle annonçait plus de civilisation.
C'est dans cette ville, dont nous venons d'essayer de faire la topographie, que Clotaire choisît sa demeure favorite. Ce roi, même lorsqu'il devint le seul maître de
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toute la monarchie française, ne changea pas île goût relativement à son château, où il séjournait fréquemment. C'était là qu'il cachait toutes ses richesses. Dans un appartement secret étaient de grands coffres à triples serrures, qui renfermaient son or et son argent monnoyés, ses vases, ses bijoux, en un mot, tout ce qu'il possédait de plus précieux.
C'était encore à Braine qu'il accomplissait les principaux actes de sa puissance royale; il y convoquait le;*
évêques de son royaume pour les conciles ou les synodes; il y recevait les ambassadeurs étrangers, et y présidait les grandes assemblées franques. Toutes ces assemblées ou fêtes étaient suivies de célèbres festins, où des sangliers et des daims étaient servis entiers sur la table, et des tonneaux défoncés placés aux quatre coins de la salle. Tout le loisir que lui laissaient les guerres, Clotaire l'employait à aller d'un domaine à l'autre : de Braine à Attigny, d'Attigny à Compiègne, de Compiègne à Verbcrie. Dans ces différens domaines, il se livrait avec ses leudes aux plaisirs de la table , aux exercices de la chasse , de la pêche, de la natation, et surtout au recrutement de ses nombreuses maîtresses, qu'il prenait le plus souvent parmi les tilles du peuple (ou des fiscalins). Ces tilles, de concubines, devenaient facilement épouses et reines. C'est ainsi qu'il épousa Ingonde , femme d'une rare beauté, de laquelle il eut cinq fils et une lille. Nous ne croyons pas déplacé ici de rapporter comment Clotaire épousa la
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sœur de s;i femme, pour laquelle il avait beaucoup d'amour, lngonde lui lit un jour cette demande : « Mon » seigneur et roi a fait de sa servante ce qu'il a voulu; il » m'a reçue dans sa couche; maintenant, pour mettre le n comble à ses bonnes grâces, que mon seigneur veuille » bien écouter ce que sa servante lui demande. Je vous » prie de chercher pour ma sœur Arégonde, attachée à » votre service comme esclave, un mari capable et riche, » qui puisse m'élever au lieu de m'abaisser, et me pro- » cure le moyen de vous servir encore avec plus d'atta- » chement. »
A cette proposition , qui piqua la curiosité de Clotaire et réveilla ses passions voluptueuses, il s'enflamma d'amour pour Arégonde, non moins belle que sa sœur; il partit le même jour pour la campagne où elle résidait, et se rattacha par les liens du mariage. Quelques jours après il retourna près d'ingonde, et lui dit avec* celle bonhomie ironique qui le caractérisait si bien : « Je l'ai » accordé la grâce que ta douce personne m'a demandée » en cherchant à ta sœur un homme riche, sage et digne >• d'être uni à elle; sache que je n'ai rien trouvé de mieux » que moi-même, et que j'ai l'ait d'elle ma femme; je ne » pense pas que cela te déplaise. — Que mon maître fasse » ce que bon lui semble, répondit-elle sans émotion ap- » parente; qu'il le fasse; mais que sa servante vive toii- » jours en bonne grâce avec le roi. »
Nous savons qu'es 560, Clotaire, après une expédition
et i>k ses emiuons.
contre son (ils Chram , qui s'était révolte contre lui, le lit brûler, avec sa femme et ses enfans, dans la cabane d'un pauvre homme où il s'était réfugié. L'année suivante, ce roi alla visiter le tombeau de saint Martin, réfléchit sur toutes les fautes qu'il avait pu commettre en sa vie, et supplia ce saint de lui en obtenir le pardon. 11 quitta ce tombeau dans un calme parfait d'esprit et de conscience, pour revenir à son château de Draine. Comme le tems de la chasse d'automne s'approchait, il quitta celte ville avec une nombreuse suite et un grand appareil de chasse, pour se rendre dans l'immense forêt de Cuise (Compiègne). Au milieu de la chasse, il fut atteint d'une fièvre ardente qui le força de se faire conduire à sa maison de Compiègne. Cruellement tourmenté par sa maladie, il s'écria : « Ah ! que croyez-vous que soit le roi du ciel , qui » lue ainsi les plus grands rois de la terre! » C'est dans celte pensée qu'il rendit l'ame à Dieu, après avoir régné cinquante ans. Ses quatre (ils, Charibert, Contran, Chilpéricet Sigebert lui firent de pompeuses funérailles et le firent ensevelir à Soissons, dans la basilique de
Saint-Médard.