‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 11 sur 63 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

1 lai I périr à Braine.

es funérailles de Clotaire étaient à peine terminées (561), que Chilpéric, le troisième des quatre frères, voulut régner seul. Il s'empresse d'aller à Braine, où étaient, comme nous l'avons dit plus haut, les trésors de son père. Arrivé dans ce domaine, il force les gardions à lui en remettre les clés, s'empare des richesses, les distribue en partie aux principaux Francs qui habitaient Braine et les environs, et, pour prix de ses largesses, il reçoit le titre de roi. Les Francs, émerveillés de tant de munilîcence, lui jurent fidélité, et promettent do le suivre partout <>ù il voudra. Ce nou-

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veau roi se met à leur tête, se rend à Paris > et occupe le siège de Charibert , qui meurt en 567 ; mais son triomphe dure peu; car ses frères se réunissent contre lui, et le forcent à faire un partage légal avec eux. Le sort donne à Chilpéric l'ancien royaume de son père, c'est-à-dire la Neustrie, dont Soissons était la capitale.

Chilpéric, cet homme ambitieux et jaloux, couvert d'iniquités, vit les malheurs tomber en foule sur sa famille, comme châtiment de ses crimes. Ce fut celui des lils de Clolaire qui eut le plus de femmes ou reines, qu'il épousait selon la loi franque, par l'anneau et le denier. Audowere, sa première femme, et de laquelle il eut trois lils et deux filles, fut aussi sa première victime. Life suivante fut la complice de tous les crimes de Chilpéric. Frédégonde, d'origine franque > était d'une rare beauté; elle excita vivement par ses charmes l'amour de Chilpéric. Cet amour, qui devait éveiller la jalousie et l'indignation de la reine Audowere, n'effraya cependant pas l'ambitieuse et rusée Frédégonde, qui chercha tous les moyens |>ossibles pour amener une séparation entre le roi et la reine. La crédulité d'Audowereet la connivence d'un évèque fournirent bientôt à Frédégonde l'occasion de mettre ses projets à exécution. Chilpéric, qui venait de se joindre à son frère Sigebert , pour marcher contre les peuples d'outre-Rhin, avait laissé sa femme enceinte de quelques mois dans son domaine royal de Draine. Peu dr teins axant le retour du roi, la reine accoucha d'une

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fille. Frédégpnde, qui, par son esprit insinuant, sut captiver la confiance de la reine, fut consultée par elle afin de savoir s'il fallait baptiser l'enfant avant le retour du roi. «Madame, répondit-elle, lorsque le roi mon sei- » gneur reviendra victorieux et plein de gloire, verrait-il » avec plaisir sa fille, si elle n'avait pas reçu le bap- » tême? » La trop confiante Audowere suivit les conseils de la perfide Frédégonde. Un jour et une heure élani indiqués pour la cérémonie, l'évêque,en habits pontificaux, et la reine, avec sa suite, se rendirent à la chapelle; mais on attendit en vain la marraine, qui ne parut point. La reine, étonnée de cet incident, ne savait que faire, lorsque Frédégonde lui dit : « Il ne faut pas vous » inquiéter d'une marraine ; aucune de nos dames fran- » ques ne vous vaut pour tenir votre enfant sur les fonts; » je vous conseille de la tenir vous-même. » La pauvre reine ne comprit pas où la conséquence de l'acie religieux qu'elle allait accomplir pouvait la conduire.

L'évêque , qui était le complice de Frédégonde, dut un jour se repentir de l'indignité de sa conduite.

Quand la guerre fut presque terminée, Chilpérie revint à son domaine royal. A son approche, les jeunes tilles allèrent au devant de lui , semant des fleurs sur son passage et chantant ses louanges. L'une d'elles, Frédégonde, s'approcha de Chilpérie et lui dit : « Que Dieu soit » loué, puisque la victoire a été remportée par notre sei- >» gneur et roi sur ses ennemis, el qu'une fille lui esl

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» née! Avec qui mon maître va-t-il coucher celle nuit, » puisque la reine est sa commère et la marraine de sa » fille? - Eh bien! lui dit le roi, je veux coucher avec * toi, si je no puis coucher avec la reine.» Chilpéric trouva Audowere sous le portique du palais, tenant son enfant sur son sein. Lorsque la reine, les yeux remplis de larmes de joie, vint près de son royal époux lui présenter sa fille, Chilpéric lui dit en affectant le regret : «Tu as » accompli un fait criminel en devenant la marraine de » ta propre fille, et désormais tu ne peux plus être ma » femme. »

Le roi envoya en exil l'évêque qui avait baptisé sa fille, épousa Frédégonde et lit prendre le voile de religieuse à sa femme Audowere, qui se retira dans un monastère de la ville du Mans, uù elle mourut quinze ans après, vicliine de son ancienne suivante, qui la lit assassiner.

Dans ces circonstances, Sigebert, qui n'éprouvait que du mépris et du dégoût pour ses frères, craignant que la honte de leur conduite ne rejaillît jusqu'à lui , songea à épouser une fille de race royale. Il envoya une ambassade en Espagne pour demander la main de Brunehaut, fille du roi Atanagilde. Cette princesse, douée des grâces de son sexe, était remplie d'honnêteté et de sagesse. Son père accueillit la demande de Sigebert avec empressement, et lui envoya , avec sa fille , de grands trésors. A la vue de ce mariage , qui releva la gloire du roi de Neustrie, Chilpéric, quoiqu'il eût plusieurs femmes, de-

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manda Galsuinthe, sœur ainée de llrunchaiit, en promettant toutefois d'abandonner ses autres femmes. Le roi des Visigolhs accepta ses promesses, et lui envoya Galsuinthe, comme il avait envoyé Bruneliaul à Sigebert, avec de grandes richesses. En effet , Chilpéric tint parole : il congédia toutes ses femmes et toutes ses maîtresses; il n'excepta même pas Frédégonde , sa favorile. Frédégonde se soumit à cette proscription avec une résignation apparente, et lit si bien qu'elle obtint du roi la grâce de rester au palais, et d'être comme autrefois la servante de la reine. Le roi ne vit point que cette femme , qui consentait à devenir de reine servante, nourrissait, sous le masque de l'hypocrisie, des projets infâmes.

Soit par vanité, soit par avarice, Chilpéric, pendant les premiers tems de son mariage, témoigna un vif amour pour sa femme, d'une naissance illustre, et qui lui avait apporté en dot de grands trésors. Cette affection se refroidit insensiblement. Galsuinthe, méconnue dans la dignité de son rang, se plaignit au roi des outrages qu'elle avait à subir chaque jour, et lui demanda , pour prix di s trésors qu'elle avait apportés, qu'il la renvoyât libre dans son pays. Dans la crainte de perdre ses richesses, Chilpéric, dissimulant, chercha à apaiser sa femme par des paroles caressantes. Cette jeune et vertueuse reine eut confiance dans les belles protestations de son époux; mais un matin Galsuinthe fut trouvée morte dans son lit : elle avait été étranglée la nuit par un esclave caché dans sa

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chambre. Le roi versa des larmes feintes sur celte mort qu'il avait commandée, et, peu de jours après, il épousa une seconde fois Frédégonde, et lui donna le titre de reine. Ce fut le signal de la guerre qui arma la France contre Chilpéric. Brunehaut se chargea du soin de venger sa sœur. A ses prières, Sigebert et Gontran prirent les armes .contre Chilpéric, et le forcèrent d'abandonner à la reine d'Austrasie le morgengab (cadeau du matin ou cadeau de noces), cause malheureuse du crime consommé sur sa sœur. Après cette restitution, Chilpéric et Sigebert, qui étaient ennemis mortels, se réconcilièrent, du moins en apparence.

Le roi de Neustrie avait alors trois (ils d'Audowere, sa première femme : Théodel>ert , Mérovée et Clovis.

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