CHAPITRE XIII
îflort des fil* de Chilpérie.
uelques jours étaient à peine écoulés après le concile dont nous venons de parler, qu'une maladie contagieuse, une maladie d'entrailles , sévissait dans toute la Gaule belgique, et Braine en fut cruellement attaquée. Les personnes que ce fléau atteignit éprouvaient une forte fièvre, beaucoup devomissemens, de grandes douleurs dans les reins, et une pesanteur dans le cou et dans la tète : les matières qu'elles rendaient par la bouche étaient jaunes OU verdàlres. On croyait vulgairement que les malades avaient des pustules au cœur; car, lorsqu'on leur appliquait des ventouses, soit aux jambes, soit aux épaules,
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un sang corrompu sortait des cloches. Beaucoup de personnes furent guéries par ce remède; mais un plus grand nombre fut sauvé par un breuvage préparé avec des herbes qui combattaient les poisons. Les jeunes enfans étaient plus particulièrement atteints de cette épidémie, et en mouraient presque tous.
Chilpéric, qui résidait encore à Braine, fut sérieusement attaqué de cette maladie. Dès le commencement de sa convalescence, son plus jeune fils, Dagobert, tomba malade à son tour. Comme on craignait pour la vie de cet enfant, qui n'avait pas été régénéré par l'eau et le Saint-Esprit, on le lava dans les eaux du baptême. 11 allait déjà mieux quand Clodomir, son frère aîné, fut aussi atteint du môme mal. Frédégonde, leur mère, à la vue du danger qu'ils couraient, fut saisie d'un repentir, hélas! trop tardif, et dit au roi : «Depuis Iong-tems, le » seigneur Dieu supporte nos mauvaises actions; il nous » avertit par des maladies , et nous ne nous sommes point » soumis à lui. Maintenant nous perdons nos fils; les la- » mentations des pauvres, les larmes des veuves et les » cris des orphelins les font mourir, et nous sommes sans » espoir d'amasser pour personne. Nous thésaurisons sans » savoir pourquoi, et les biens que nous amassons vont «rester sans possesseurs, ainsi que tous nos trésors, » fruits de malédictions et de rapines. Nos celliers ne sont- » ils pas remplis de vin, nos greniers de grains, nos cof- » fres d'or, d'argent, de pierreries, de colliers et d'autres
KT I»E SKS KNYIJlONS.
» parures royales? Et ce que nous avons de plus cher » et de plus beau, nos enfans, nous le perdons! $i tu » veux, brûlons ces registres iniques: que ce qui suffi- > sait au lise de ton père Clotaire nous suffise aussi. »
Après avoir parlé ainsi, Frédégonde se frappa la poitrine, fit apporter tous les rôles, qu'un nommé Marc avait fait venir de chaque cité, et les jeta au feu; puis, se tournant vers le roi, elle lui dit : « Comment! tu hési- » tes! imite-moi; et, si nous perdons nos enfans, échap- » pons du moins aux peines éternelles. » Chilpéric, ému et plein de repentir, jeta au feu tous les registres qui restaient encore; ensuite il envoya des agens pour empêcher la levée des impôts dans ses états. A peine cet acte était-il accompli, que le plus jeune de leurs enfans, Dagobert, mourut au milieu d'atroces douleurs. Accablé de chagrin, Chilpéric lit transporter les restes de son fils de Braine à Saint-Denis, où il fut enterré dans l'église. Quant à Clodobert, qui 'donnait peu d'espoir, il fut placé sur un brancard, porté à Soissons, et exposé dans l'église Saint- Médard , devant le tombeau de ce saint. On fit pour son rétablissement des vœux qui ne furent pas exaucés; car, au milieu de la nuit, affaibli par la douleur et épuisé par la maladie, il rendit l'ame à Dieu. Son tombeau fut placé dans l'église Saint-Crépin et Saint-Crépinien.
La mort de ces princes fut un grand jour de deuil pour le peuple. On voyait les hommes et les femmes en pleurs, et recouverts de vêtemens lugubres. Chilpéric, après
avoir essuyé tant de malheurs, fit de grandes aumônes, et se retira dans sa maison de Chelles.
Clovis, fds de Chilpéric et d'Audowère, qui avait des vues ambitieuses sur le royaume de son père, et tenait des propos insultans contre Frédégonde, fut envoyé à Braine, où la maladie qui avait enlevé ses frères régnait encore; mais ce prince y échappa miraculeusement. Frédégonde, ayant perdu ses fils, devint furieuse en voyant que le royaume de Neustrie allait passer à Clovis. Elle accusa ce prince de les avoir empoisonnés, de concert avec une tille du palais, dont il était aimé. Clovis fut arrêté et envoyé au château de Noisy, où il fut détenu, puis assassiné.