‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 15 sur 63 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Slort de Chilpérie I", Concile du Mont-Notre- Dame et règne de Clotaire II.

près la mort de tant d'enfans, la naissance d'un fils, Clotaire II, venait de renouveler la postérité éteinte de Chilpéric (583). A cette occasion, le roi se montra clément

envers son peuple, en faisant ôter les fers aux captifs et en n'exigeant pas les amendes qui étaient dues au fisc.

Sur ces entrefaites, Chilpéric se rendit à sa maison de Chelles pour y passer la saison des chasses. Un jour, en rentrant, au moment où il descendait de cheval , et qu'il avait encore la main appuyée sur l'épaule de son serviteur, un homme s'approcha de lui, le frappa d'un coup

0(> 1IIS 1 4)111 K l»K IHUINK

de couteau au cœur, puis «Tuu second lui perça le ventre. Il tomba en rendant à grands flots le sang par la bouche, et expira aussitôt (581). La mort de Chilpéric , que la tradition attribue à Frédégonde, fut le signal d'une désertion universelle; tous les siens abandonnèrent ses restes; il ne demeura près de lui que Malculf, évêquede Sentis, qui lit transporter son corps sur un bateau, en chantant des psaumes, jusqu'à Paris, où il le fit ensevelir dans l'église Saint-Vincent, aujourd'hui Saint-Germain-l'Auxerrois.

Frédégonde vint presque en même tems à Paris pour se réfugier dans la cathédrale, avec son fils et tous ses trésors. Childebert, profitant de la confusion qui régnait dans le royaume de Soissons, s'en empara, et y plaça tour à tour les ducs Ranchin et Magnovald, qu'il fit mettre ensuite à mort pour cause de rapines et de violences exercées contre les habitans.

Soissons avait alors pour éveque Droctogisil, qui avait perdu la raison par suite de son intempérance. On fut obligé de l'interdire et de l'envoyer à la campagne. La ville, en chassant son prélat, qui avait toute l'autorité civile, restait donc sans défenseur. Soissons, jalouse du séjour de Frédégonde et de son fils au château de Vaudreuil, et se regardant par là comme dépossédée de son rang de capitale, députa quelques-uns d'entre ses principaux habitans., qui allèrent à Strasbourg demander à Childebert d<> leur donner pour roi son fils aîné Théode-

bère Le roi accueillit cette demande avec empressement. Au mois d'août de cette année (589), il le fit partir, afin de satisfaire au vœu qui lui avait été exprimé. Ce prince, accompagné d'une suite nombreuse de guerriers, lit son entrée dans Soissons au milieu des acclamations du peuple.

Lorsque Théodebert fut arrivé, Droctogisil, exilé depuis près de quatre ans, réclama sa réintégration. Bien que son état fût amélioré, le nouveau roi ne voulut pas prendre sur lui de réinstaller à la tête de l'église de sa ville capitale le prélat que son inconduite en avait fait chasser; et, pour faire droit à la réclamation de l'évêque, il convoqua tout exprès un concile à Sauriacum (Saurel), et depuis le Mont-Notre-Dame.

On voit, par d'anciens titres latins, que le Mont- Notre-Dame, dont nous donnerons l'origine du nom en son tems, s'appelait autrefois Sauriacus (Saurèle); il existe encore aujourd'hui dans ce pays un lieu appelé Saurèle.

Le roi et l'évêque-primat, afin de vérifier plus facilement les informations dirigées contre Droctogisil, Choisirent ce village, situé presque au milieu de la province de Reims, et où se trouvait une maison de campagne faisant partie de l'évêché de Soissons. Les éveques, après s'être assemblés, déclarèrent, par l'organe de leur président, que leur frère Droctogisil était guéri de sa mauvaise passion, et le réhabilitèrent sur son siège épisco-

IIISHMHI. l>K lillAINE

pal, qu'il occupa honorablement lout le reste de sa vie.

Cependant, à force d'intrigues de la part de Frédégonde, Gontran consentit à tenir Clotaire sur les fonts de baptême (590); et, devenu ainsi son protecteur, il contraignit le roi d'Austrasie à restituer à ce jeune prince Soissons et tout le pays dont il s'était emparé depuis la mort de Chilpéric. Peu de lems après, le roi de Bourgogne mourut, et laissa les trois quarts de son royaume àChildebert, son héritier. Le bon ordre maintenu par Gontran entre ses deux neveux, ou plutôt entre Frédégonde et Brunehault, cessa tout à coup de régner; Clolaire, le plus jeune, paraissant le plus faible, fut attaqué par Childebert, qui crut que le moment de venger la mort de son père était venu. En effet, il assembla une armée nombreuse, et entra avec confiance sur le territoire de Soissons. Mais Frédégonde, la mère du jeune Clotaire, ayant appris que Childebert voulait encore s'emparer du royaume de son iils, leva en toute hâte une armée, qu'elle passa elle-même en revue à Braine. Au lieu d'y paraître avec son iils, alors âgé de dix ans, comme c'était l'habitude à cette époque, cette femme habile s'e servit d'un moyen bien plus sûr pour encourager ses soldats : elle fit de grands présens aux chefs, et distribua à chaque homme une assez forte somme d'argent. Néanmoins, l'astucieuse Frédégonde, comprenant son infériorité, imagina un stratagème assez bizarre, et qui lui réussit, ainsi qu'on va le voir.

Page 1