‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 22 sur 63 · KT DE SES E.NYIIIOS · texte numérisé non relu

KT DE SES E.NYIIIOS

» et le roi Charles, il se commettait impunément, et » sans prétexte, des rapines et des pillages qui désolaient » la France. La justice divine if effrayait pas plus les »» coupables que la justice humaine; on n'observait ni » droit ni loi; tout allait par la force et la violence. Un ••jour donc, il arriva que des malfaiteurs vinrent au * bourg de Bazoche. Ils commencèrent à enlever aux >» pauvres habitans le peu qu'ils possédaient. Alors, une » femme jeune encore , emportant avec elle tout ce » qu'elle possédait, s'enfuit vers l'église Saint-Rutin. » Mais bientôt elle fut aperçue par un des pillards, qui » était achevai. Celui-ci , dans l'espoir de l'atteindre, de » lui enlever ce qu'elle avait ou d'assouvir une passion » brutale, se mit à sa poursuite en lançant son cheval » au galop. Un des assistans lui cria : « Misérable! garde- » toi bien de la poursuivre jusqu'au parvis des Saints, » car il t'arrivera malheur. » 11 ne tint pas compte de cet » avis, et continua hardiment son chemin. A peine était- » il arrivé sous le portail, que son cheval tomba sur la » tête et se rompit le cou; lui-même eut la jambe brisée » presque entièrement. La blessure, ouverte comme si » on l'eût tranchée avec le fer, laissait voir à nu l'os tout » dépouillé. Cet homme qui, tout-à-l'heure, était un » cavalier superbe, fut humilié de ne plus pouvoir se » relever. Des mains étrangères le transportèrent hors » du parvis de l'église. Comme on donna aux saints mar- » tyrs tout ce qu'il |K»ssédait, il échappa à la mort; mais

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» il resta loute sa vie estropié. 11 vécut malheureux, por- » tant dans sa misère le témoignage éclatant de la ven- » geance divine. »

Il est aussi un lait avéré et bien connu, c'est qu'au tombeau de saint lUitin et saint Valère l'huile s'est quelquefois accrue. Le curé de Bazoche avait placé près de l'autel un vase en terre qui contenait cette huile, servant à alimenter la lampe qui brûlait sur le sépulcre des martyrs. Un jour, il n'en restait presque plus quand elle augmenta tout à coup sans que personne s'en aperçût. Elle arriva jusqu'aux bords du vase; et, comme elle eon- • tinuait toujours à monter, ne pouvant plus être contenue dans le pot de terre, elle finit par se répandre. Le marguillier, chargé de la garde de l'église, le remarqua, et mit, sans en rien dire a personne, un vase au dessous de l'autre, lin peu de jours il recueillit un setier d'huile et le cacha furtivement. Cet homme cupide faisait tourner un miracle à son profil, en dérobant pour lui seul le bien qui devait profiler à tous. Mais, le Seigneur voulant glorifier ses saints aux yeux de tout le monde, ne permit pas que le vol honteux de ce misérable restât plus longtems caché. 11 y avait une maison aliénante à l'église, dans laquelle l'évêque de Soissons avait coutume de descendre quand il venait à Bazoche. Un jour le curé y entra et découvrit le second vase 1 , qui contenait de l'huile à pleins bords. Ne sachant d'où pouvait provenir une aussi graudr provision dans un teuis de disrlle, il s'in-

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forma près du raarguillier, qui avait commis une aussi grande profanation, à qui celle huile appartenait, et qui Pavait placée là. Celui-ci répondit qu'il n'en savait rien. Les enfans de chœur, qui se réunissaient pour apprendre les psaumes et qui avaient connaissance du miracle, en racontèrent les détails au curé, ainsi que l'action cupide du marguillier. Aussitôt le prêtre se rend auprès de l'autel où était le vase, et trouve les dalles encore tout humides d'huile nouvellement répandue. Tandis qu'il rendait gloire à Dieu, infini dans sa bonté et sa miséricorde envers ses saints, un autre gardien vint s'accuser aussi d'avoir dérobé furtivement une grande quantité d'huile, qu'il avait employée pour ses besoins *.

Les archevêques de Reims et les évêques de Soissons, fatigués des déprédations continuelles commises par des troupes de factieux et de vagabonds, résolurent de fortiiier leur château de Bazoche. Ils en confièrent la défensr à dérivé, gentilhomme issu de l'illustre maison de Châtillon-sur-Marne. Quoique vassal des évêques de Soissons, il prit la qualité de seigneur de Bazoche : en effet, ce titre lui appartenait, puisqu'il habitait ordinairement ce château et qu'il le défendait. En l'an 909, Hérivé céda à son frère Odon les terres de Bazoche et de Châlillon. Nous ne connaissons rien de remarquable de ee seigneur ni de ses successeurs jusqu'à Milès de Châlillon, qui vivait sous le règne de Henri 1 er . Ce seigneur

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eut doux lils, dont l'ainé s'appelait Miles comme; lui, et le second Manassé. L'histoire de ces deux frères n'offre rien de remarquable : l'aîné se maria et mourut dans un âge peu avancé, laissant sous la tutelle de Manassé trois - fils, Hugues, Gcrvais et Gaucher.

Le nom de Manassé est cité dans plusieurs litres concernant l'église collégiale de Saint-Thibaud.

Puisque nous parlons de cette église, nous ne croyons pas déplacé de signaler ici un de ces actes de vandalisme que nous avons malheureusement trop souvent à déplorer.

L'église de Saint-Thibaud, dont la fondation remonte à l'époque de l'architecture romane ou saxonne, existait encore presque entièrement il y a peu d'années. Abandonné par le clergé depuis la révolution, ce monument remarquable comme page d'histoire aurait pu être réparé à peu de frais et rendu propre au culte divin. Mais nous ne savons de quel mauvais génie un homme haut placé fut inspiré lorsqu'il eut l'idée impie de faire raser cet édifice, sous prétexte d'opérer des changemens et de marquer son époque.... Ces actes ne sont pas rares de nos jours; et c'est une honte pour les hommes d'intelligence et de goût de souffrir qu'on abatte ainsi ces rares monumens dont l'architecture et la vétusté inspirent l'artiste et le poète.

Les renseignemens que nous avons sur la collégiale de Saint-Thibaud, depuis sa fondation, ne datent que de sa

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réunion à Marmou tiers (4088). Elle appartenait avant à des clercs séculiers qui, comme ceux de Saint-Yved de Braine, menaient une vie peu édifiante. Rainaud, archevêque de Reims, et Hilgot, évêque de Soissons, indignés de ces désordres , résolurent de remplacer les clercs séculiers par des religieux de Marmoutiers. A cette occasion , Manassé de Bazoche restitua à la collégiale de Saint-Thibaud les biens qu'il lui avait enlevés. Comme ce seigneur avait aussi sur cette église des droits légitimes et effectifs, son consentement était nécessaire à cette réunion des deux églises. Les deux prélats que nous venons de citer l'obtinrent, et dressèrent une charte dans laquelle cette réforme est constatée, 11 est aussi spécifié que « les religieux recevront en obligation le cimetière ou le parvis de l'église, et qu'ils jouiront de plusieurs biens et coutumes, tels qu'un moulin, un four, un vivier, des vignes, des prés, des terres labourables et plusieurs maisons. » Parmi les noms qui sont au bas de cette charte sont ceux de Pierre de Bazoche, Raherius, prieur de Crépy, Artaud, prieur de Saint-Thibaud, et Guillaume de Pacy.

Peu de teins s'était écoulé depuis la conclusion de celte affaire, lorsque Manassé de Bazoche eut quelques différends avec les moines de Saint-Thibaud. II profita de cette circonstance pour les déposséder de nouveau.

Plus tard, ce seigneur, touché de repentir et revenu à des sentimens meilleurs, alla trouver Henry, évêque de

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Soissons, et lui restitua, en présence de deux témoins, les biens qu'il avait enlevés, pour la deuxième fois, aux religieux de Saint-Tliibaud. La propriété de ces biens fut confirmée dans un concile tenu à Reims, en 1093.

Hugues, l'aîné des fils de Miles, hérita des terres de Bazoche, de Coulonge et deTauseré. L'action la plus remarquable que nous ayons à signaler de sa part , est la restitution qu'il lit à l'église Saint-Rulin et Saint-Valère de la dime du moulin de son château , dont ses prédécesseurs s'étaient emparés (1103). Etant près de mourir, il lit don à la même église de 5 sols de rente, à prendre sur le moulin de Tannières. Hugues laissa en mourant une femme, nommée Basilie, quatre lils et une lille. Basilie respecta les dernières volontés de son époux. Elle augmentâtes legs qu'il avait faits à l'église Saint-Ruiin en lui abandonnant la propriété de toutes les dîmes de Tannières, en réservant, toutefois, un muid de blé aux religieux de Saint-Thibaud, et un demi-muid dont le prix serait employé au luminaire de leur église. Ces donations furent confirmées en 1122 dans une charte délivrée par Lisiard, évèque de Soissons.

Gervais, second fils de Miles, fut un des avoués de la vicomté du Monl-Notre-Dame. Ce seigneur, brave et prudent, jouissait parmi ses contemporains d'un rare mérite et d'une haute réputation. Duehesne nous raconte qu'en 1096, Gervais de Bazoche accompagna les princes chrétiens dans le premier voyage qu'ils firent en Terre-

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Sainte. 11 ajoute que quand Hugues de Fauquembcrg, prince de Galilée et de Tabarie , fut mis à mort par les Turcs de Damas, Gervais fut choisi pour gouverner celte principauté (4107). 11 remporta sur les infidèles plusieurs victoires. Les Turcs, qui le regardaient comme un de leurs ennemis les plus dangereux , le surprirent dans une embuscade et l'emprisonnèrent à Damas.

Les chrétiens offrirent pour sa rançon une grande somme d'argent; mais les Turcs, informés que Gervais était aimé des princes croisés, demandèrent les villes de Ptolémaïde, de Zapha et de Tabarie. Baudoin leur proposa une somme de 100 besans d'or en échange. Les infidèles refusèrent cette offre, et résolurent d'ôter la vie à Gervais. Ce vaillant guerrier fut conduit sur la place de Damas, où on le perça de flèches. Un des chefs turcs demanda la tête de Gervais. Quand on la lui eut apportée, il la fit écorcher, et ordonna que la chevelure fût séchée au soleil , afin d'en faire une perruque. En mémoire des avantages qu'ils venaient de remporter, les Turcs portèrent devant eux cette perruque au bout d'une pique. Un autre écrivain , Fratellus , explique autrement cette atrocité. 11 dit que Gervais ayant été pris par Tudequin, roi de Syrie, celui-ci lui fit trancher la tête, et ordonna qu'on en enlevât la chevelure; puis il prit le crâne, l'enrichit d'un filet d'or et de pierres précieuses, afin de s'en servir en guise de coupe dans ses repas et dans ses liba-

lions.

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Gaucher, le troisième et le dernier des fils de Miles II de Bazoche, embrassa la vie religieuse, et fut nommé prieur de Sainte-Gemme. Il mourut dans le monastère qu'il avait choisi.

Les enfans de Hugues de Bazoche étaient : Guy, Gaucher, Hugues 11, Gérard, et une lille nommer Hermengarde. Ces trois derniers n'ont laissé aucune trace marquante de leur vie. On sait seulement que Hugues épousa l'héritière de la vidamie de Chalons, et qu'il est fait mention d'Hermengarde dans un titre de l'an 1134.

Gaucher, qui eut en partage les terres de Coulonges, de Pouilly, et une grande partie de la seigneurie de Bazoche, confirma les donations faites à Saint-Rufin par son père. En 1134 , il fit don à l'église de Saint-Thibaud du moulin situé sur la chaussée de Bazoche. On conserva long-tems un acte de 1441 , par lequel il donna un pré à l'église Saint-Yved de Braine. Ce seigneur mourut sans postérité en 1448.

Guy de Bazoche hérita de la plus grande partie des biens de son père. Il donna à l'église de Saint-Thibaud son alleu de Parthy, et lui restitua sa dîme de Corthain, que son père avait usurpée et donnée à Isuard, chevalier de son château, pour lui tenir lieu d'une rente de quinze livres; toutefois, il remboursa à Isuard le montant de cette rente. Guy épousa Hermengarde de Roucy, et de cette unfon naquirent deux fils, Hugues et Gervais.

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Hugues lit moine à lgny. Ce religieux, sans vocation pour la vie qu'il embrassait, n'est connu que par un crime épouvantable qu'il commit sur Gérard, abbé de Clairvaux. Gérard, entrant un jour dans un dortoir du monastère, y fut assassiné par Hugues, qui s'y tenait caché dans ce dessein. Les chroniques ne nous révèlent pas le motif de cet odieux attentat.

Tandis que son père vivait encore, Gervais de Bazoche épousa une dame nommée Havoise. De ce mariage, sont issus six 01s ct^leux filles. On voit , dans un acte de l'an 1454, que ce seigneur confirma aux religieux de Saint- Yved de Braine le droit de jouissance des biens qu'il possédait à Courteau. L'acte fut dressé en présence d'Ancoul de Pierrefond, éveque de Soissons, et Guillaume, abbé de Chartreuve. Plus tard, en 4161, il constitua une rente au profit de l'église Saint-Rufin, pour subvenir à l'entretien d'une lampe, destinée à brûler jour et nuit devant un christ. L'époque de la mort de ce seigneur est incertaine. Son épouse et ses enfans lui survivaient encore en 1169.

Nicolas, l'aîné des six fils, succéda à son père dans la majeure partie de ses biens. Il possédait la seigneurie de Bazoche en 1169. En cette même année, les religieux de Braine passèrent un compromis avec lui au sujet des terres situées à Barbonval , Longueval et Serval. En 1188, il épousa Agnès de Chérizy, fillo de Gérard III. Us eurent de ce mariage six (ils ri une fille.

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Guy, second fils de Gervais, fut chanoine à Soissons. Gaucher, le troisième, mourut en bas-âge, et fut enterré dans l'église Saint-Rufin. Gautier, le quatrième, embrassa la carrière militaire et devint chevalier; Miles, le cinquième, devint abbé de l'église Saint-Médard de Soissons; Robert, le sixième, fut marié, (il eut un fils nommé Pierre de Bazoche; l'aînée des deux filles, Fauquesde Bazoche, fut mariée d'abord à Renaud de Courlandon, puis à Raoul de Sery; enfin, Alix, sa sœur, épousa le seigneur de Balaam.

Le premier des tils de Nicolas 1 er fut appelé Nicolas 11 , et eut, comme son père, la seigneurie de Bazoche. Gautier hérita de la terre de Villesavoie, et fit branche de la maison de Bazoche. Ses autres frères se retirèrent dans la cathédrale de Soissons. Jacques en fut nommé trésorier, Gervais archidiacre; Nivelon chanoine, puis archidiacre comme son frère. Gérard obtint un canonicat,el fut élevé par la suite sur le siège épiscopal de la ville de Noyon.

Jacques fut le plus illustre de cette nombreuse famille. En 1219, de la dignité du trésorier, il fut nommé évêquc de Soissons; en 1226, le siège archiépiscopal de Reims étant devenu vacant , Jacques de Bazoche fut choisi pour sacrer le roi saint Louis. Nous ne connaissons pas au juste l'époque de la mort de cet évêque; mais, nous pouvons affirmer qu'il vivait encore en 1241.

Nous voyons, dans les annales dos Bénédictins, qu'au

XII* siècle, les biens de l'église de Saint- Ru tin de Bazoche, qui suffisaient dans l'origine à l'entretien de soixantedouze clercs, ne produisaient plus alors qu'un revenu modique et insuffisant. Les usurpations des biens de cette église et la diminution des produits avaient imposé la nécessité de supprimer soixante canonicats et de n'en réserver que douze.

En M36, Goislein, évêque de Soissons, reçut une ordonnance du roi qui lui permettait de réunir à l'abbaye de Marmouliers la collégiale de Saint-Ru fin de Bazoche. Parmi les pièces justificatives se trouve un titre contenant les conditions de cette réunion.

11 est vraiment fâcheux que nos aïeux n'aient pu nous léguer sur chaque siècle passé des annales plus détaillées et plus complètes. Nous ne rencontrons partout dans leurs chroniques que des actes de naissance, de mariage et de décès. Toutes les intrigues sont les mômes où à peu près. La plupart de leurs détails sont inexacts, et souvent dépourvus d'intérêt. Cependant, nous avons une dette de reconnaissance à acquitter envers plusieurs de ces historiens, dont les écrits contemporains, aussi naïfs que bizarres, nous ont été d'une,grande utilité pour faire cet ouvrage.

Nous reprendrons plus loin l'histoire de Bazoche.

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