CHAPITRE M III
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e village du Mont-Notre-Dame, un des plus importans du canton deBraine, est situé à 5 kilom. 820 m de cette ville. Un château qui jadis appartenait à nos rois, une belle collégiale fondée par Gérard de Koussillon , cinq conciles tenus à différentes époques, ont rendu ce pays célèbre dans les annales historiques.
L'ancien château, dont nous ne connaissons pas au juste l'époque de la fondation, fut bâti et fortitié par les premiers rois Francs. Il se composait de plusieurs corps de logis d'une immense grandeur : le principal était flanqué de quatre tours, d'une grosseur colossale, au mi-
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lieu desquelles s'élevait un superbe donjon, que Ton apercevait de très-loin.
Le concile de Tan 589, que nous avons rapporté au chapitre XIV , fait présumer qu'un chapitre considérable ou un monastère vaste et spacieux élait attaché à ce palais; en effet, on choisissait toujours de pareils lieux pour ces sortes d'assemblées.
I*a terre du Mont-Notre-Dame fut divisée en deux seigneuries par nos rois; l'une fut donnée à des vicomtes; l'autreaux évêques de Soissons, qui en furent les prévôtsnés; mais, en faisant cet abandon, ils se réservèrent le droit de procuration ou de gîte. On peut prouver que ces droits se payaient encore exactement au XIII e siècle. Dans la seigneurie des vicomtes, on suivait la coutume du Vermandois, et, dans l'autre, on suivait celle de Vitry.
La première église collégiale du Mont-Notre-Dame fut érigée, par Gérard de Roussillon, sous le règne de Charles-le-Chauve. Cette église, bfttie avec beaucoup d'art et de goût , était un des monumens les plus remarquables «t les plus anciens des environs.
Gérard, afin de préserver les reliques de sainte Madeleine de la fureur des Sarrasins, qui firent irruption dans la Provence , les fit transporter d'Aix , où cette sainte mourut, dans le monastère de Vezelay, qu'il avait fait ériger. Après cette translation, Gérard, voulant étendre le culte de sainte Madeleine, résolut de fonder plu-
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sieurs collégiales en son honneur. Parmi ses terres du Soissonnais, il prit celle du Mont-Notre-Dame (Saurèle) pour y établir une de ces collégiales. Il forma un chapitre de clercs pour la desservir, et leur abandonna une partie de son château. Ce chapitre fut composé de quatorze prébendes, et gouverné par un prévôt et par un doyen. Gérard de Roussillon proposa la place de prévôt à l'évêque de Soissons , qui l'accepta, tant en son nom qu'en celui de ses successeurs. Le doyen était tenu de gouverner le chapitre en l'absence de l'évêque, et d'exercer les fonctions curiales sur tout le territoire. 11 avait le droit de
prendre place dans les stalles supérieures 1 de l'église ca-
thédrale de Soissons. Dans les synodes diocésains, au parvis de Soissons, il avait aussi le privilège sur le doyen de Saint- Pierre et sur celui de la collégiale de Saint- Clément de Compiègne. On voit, dans un ancien titre, que le doyen du Mont-Notre-Dame tenait en u'ef, de l'évêque de Soissons, la juridiction spirituelle du lieu. Dans les émolumens de cette juridiction, l'évêque avait deux parts, et le doyen la troisième.
Gérard attacha aux prébendes du chapitre des revenus considérables, tels que seigneuries, maisons, fonds de terre et autres bénéfices qu'il y lit réunir. Tant que ce chapitre dura, il eut le droit de nomination à huit cures, à dix chapelles de la collégiale, et à trois autres chapelles situées en d'autres lieux.
Lorsque rétablissement fut formé, Gérard lit transfé-
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rerdans la nouvelle église quelques parcelles des reliques de sainte Madeleine. Les chanoines en firent part à d'autres églises du Soissonnais; l'abbaye du Charme eut un reliquaire de celle sainte. L'église paroissiale de Verberie eut pendant long-tems un reliquaire eu vermeil, contenant un os de sainte Madeleine ; les églises de Braine et celle de Saint-Aubin de Crépy eurent aussi de ses cheveux.
Le culte de sainte Madeleine fit bientôt oublier le nom de Saurèle, qui fut remplacé par celui de Sainle-Marieau-Mont, ou du Mont-Sainle-Marie-Madeleine. Comme on aime généralement à abréger les noms, on se contenta de l'appeler le Mont-Sainte-Marie. Ce dernier nom , étant aussi le nom de la mère de Dieu, on les confondit ensemble, et, plus tard, on appela le lieu en question Mont-Notre-Dame.
Les chanoines du Mont-Notre-Dame eurent plusieurs contestations, au sujet des biens limitrophes qu'ils avaient, avec les premiers Prémonlrés de Braine et de Chartreuvc. Ces contestations furent terminées par une transaction passée, en 1140, entre l'abbé des Prémonlrés de Braine et Thomas, doyen du Mont-Notre-Dame. Par cet acte, les chanoines du Mont-Sainle-Marie cédèrent aux religieux de Braine le moulin de Joye, à la condition que ces religieux leur paieraient tous les ans une rente de sept muids et demi du plus beau froment qui serait récolté sur les biens de la ferme de Bruyères.
HISTOIRE J)K Bit Al. N F
Le moulin de Joye fut bâti au bas du Mont-Notre- Dame, sur la rivière qui sépare ce territoire de celui de Quincy. 11 y avait autrefois près de ce moulin un pont qu'on appelait Jouise, par où passait le grand chemin de Paris à Reims. On allait aussi à Ouehy en gagnant la boulerie de Tannières.
Le doyen Thomas, qui conclut le différend dont nous venons de parler, se faisait remarquer par sa sagesse el sa vertu. Goislein, évêque de Soissons, avait pour lui beaucoup d'estime et de considération. Ce vénérable ecclésiastique survécut peu d'années à cet arrangement. Après sa mort, il fut inhumé avec pompe dans l'église collégiale du Mon t-No ire-Dame, et l'on plaça à côté de son tombeau une épitaphe ainsi conçue :
Est liomo ver mis, humus est*, et muudi gloria fiimiis,
El presens vilœ, transit ut timbra eus.
l'es, tutela maiius, cleri (uil isle Décati us,
Pauperis ut baculus, quem tegii hic liiniulu*. ^ Cuni iiulli sensus morlem déniât net] ne sensus Uis Thomas nituil, qui lamen ecce rua.
Ces vers, quoique très-médiocres, .foui l'éloge complet du doyen Thomas, et nous le montrent comme le bienfaiteur des pauvres et le défenseur de ses confrères. Celte épitaphe, qui fut d'abord placée avec le corps du doyen dans la première église du Mont-Notre-Dame, fondée par Gérard de Houssillon, doil se trouver maintenant renver-
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sée et près de la croisée qui est au dessus de la voûte à gauche, dans la grande et belle église dont nous aurons occasion de parler dans un des chapitres suivans.
Depuis le baron Gervais, qui vivait en 1102, jusqu'au vicomte Simon ,'qui est nommé dans une charte de 1!288 , les vicomtes du Mont-Notre-Dame nous sont entièrement inconnus. Comme ces seigneurs appartenaient tous deux à la maison de Bazoche, il est prés'umable que Simon était descendant de Gervais. Plusieurs titres font mention du vicomte Simon. On a de lui un Aveu et dénombrement de sa vicomte , présentés au baron de Nesle l'an 1288; treize ans plus tard, ce seigneur eut avec l'évêque de Soissons, co-seigneur du Mont-Notre-Dame, une affaire qui fut terminée; par une sentence arbitrale. Son nom parait encore dans deux titres, cités par Duchesne, dans son histoire de Chatillon. Il est aussi fait mention de son cousin Jean Coquillarl, seigneur de Villesavoie et du Mont-Saint-Martin , dans ces deux titres , dont l'un est de 1324, et l'autre de 1327.
La branche des seigneurs de Villesavoie commence à Gautier de Bazoche, cinquième fils de Nicolas 1 er , qui reçut de son père les terres de Loupeignes et de Villesavoie. Ses descendans, en ligne directe, ont été Gautier II, qui existait en 1259; Jean 1 er , dit Coquillarl, dont nous venons de parler, et qui épousa Gilet te de Pondron, veuve de Jean, sire de Cramailles. De ce mariage naquit Jean II, qui fut surnommé comme son père.
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11 est aussi question d'un Jean du Mont -Sainte-Marie, chancelier de Philippe de France , comte de Valois. Avant 1142 , ce seigneur fut nommé prêtre et prévôt de Soissons. Quelque teins avant sa mort il fit un testament, par lequel il fonda trois bourses pour trois écoliers, qui étudieraient pendant dix ans et à leur choix dans l'une des villes suivantes : Paris , Toulouse , Orléans, Angers et Montpellier. L'argent de ces trois bourses était pris sur la boite des halles de Paris. Par ce môme testament, il donna aux religieux de Saint-Jean-des-Vigncs de Soissons, deux maisons sises a Paris, pour servir à ceux d'entre eux qui désireraient faire leurs études dans celte ville. Jean du Mont-Sainte-Marie mourut le 8 décembre 1348, et fut inhumé dans l'église des Chartreux de Paris, qu'il avait choisie pour le lieu de sa sépulture.
Bernard de Moreuil succéda à Jean du Mont-Sainle- Marie, ou Jean du Mont-Notre-Dame , dans la vicomtéde ce lieu. Ce vicomte tirait soi» nom d'une terre de Moreuil , en Picardie.
Le roi Philippe de Valois, qui l'a fl'cct ion riait et qui avait toute confiance en lui, l'éleva d'abord au rang de chevalier, puis à celui de précepteur ou gouverneur de son (ils aîné Jean , duc de .Normandie. Le 3 novembre 1346, il fut nommé par le roi général de l'armée de Picardie. Ce seigneur épousa Marguerite de Thorote, dame d'Ofïemont. Ils eurent de ce mariage un fils, appelé Hugues, seigneur de Moreuil, du Mont-Notre-Dame et de
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Cœuvres. Bernard , dont l'époque de la mon nous est inconnue, vivait encore le 22 mai 1360.
Ce que nous savons sur Hogues, c'est qu'il eut un fils nommé Thibaud. Ce fils, qui avait les mêmes titres que son père, fut chambellan du roi; puis, capitaine et gouverneur de Soissons. 11 mourut le 28 avril 4454, laissant pour héritiers deux fils, Valeran et Bernard. Le nécrologe de Braine Taisait mention d'un Thibaud du Mont- Notre-Dame , qui vivait en 1360, et qui donna, à l'abbaye de Sainf-Yved , une Bible expliquée , Librum glossatnm de Biblia.
Bernard de Moreuil , deuxième du nom, et le plus jeune des lils de Thibaud, succéda à son père dans la vicomlé du Mont-Notre-Dame. 11 se maria, et n'eut pour héritière qu'une fille, appelée Jeanne, qui épousa un gentilhomme, nommé d'Auinale , auquel elle apporta pour dot la vicomté du Mont-Notre-Dame. De cette union naquirent trois fils : Jean, Renaud et Guillaume. En 1499, l'aîné, Jean d'Aumale , hérita de la vicomte du Mont-Noire- Dame, que ses descendàns possédèrent très-long-tems.
Pendant les guerres, les évèques de Soissons avaient l'habitude de se retirer dans leur maison du Mont-Notre- Dame; plusieurs d'entre eux furent même inhumés dans la collégiale. En 1414, l'ancienne capitale de la Neustrie étant assiégée par l'armée de Charles VI, l'évêque et le chapitre de cette ville se retirèrent dans leur château du Mont-Notre-Dame, a lin de s'éloigner du théâtre de l.i
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guerre. Nicolas Graiberl y passa la plus grande partie du tems de son épiscopat. Il mourut dans le pays, et fut enterré dans l'église, ainsi que son prédécesseur.
L'évêque Renaud Desfontaines, proche parent des gouverneurs du Valois, y mourut aussi ( 5 septembre 1442), après y avoir fait un long séjour.
Outre le concile de Tan 589, que nous avons déjà rapporté, il y en eut encore quatre autres au Mont-Notre- Dame.
Le premier fut tenu à celte occasion : en 971 ou 972, Adalberon, archevêque de Reims, voulant faire des réformes au monastère de Mouzon , envoya une députalion à Rome, vers le pape Jean XIII , afin de l'en informer et d'en obtenir l'autorisation. Au mois de mai de l'année suivante, ces députés étant de retour avec les apocrisiaires du pape, Adalbéron convoqua, à ce sujet, les évèques de la province de Reims, afin de faire devant eux la lecture du privilège accordé par le souverain pontife.
Le second concile fut convoqué par le même archevêque, en 977. On y traita plusieurs affaires, concernant les monastères de Saint-Vincent de Laon et de Mouzon.
Le troisième fui tenu aux ides de décembre 985. Les évèques y délibérèrent sur l'état de l'Eglise et sur plusieurs affaires publiques ou particulières.
Le dernier fut assemblé en 1023, au sujet de l'élection d'un archevêque. Ebahis fut élu, non sans difficulté, et succéda à Arnould, qui venait de mourir.
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Nous reprendrons plus loin l'histoire du Mont-Notre- Dame, à l'époque de la prise et de l'incendie du château et de l'église par les huguenots.