CHAPITRE XIX
Bruyère* et le Pont-cl'Aney*
u fond de la belle et fertile vallée de Limé, à une demi-lieue de Braine, est située une ferme isolée appelée Bruyères. Celte ferme, qui appartenait autrefois aux seigneurs de Braine, fut donnée par Agnès de Baudiment aux religieuses de cette ville, pour leur servir de retraite. Voici à quelle occasion : Dans son origine, le monastère de Braine était double, comme la plupart des abbayes de Prémontrés. Les religieux occupaient un côté du couvent, et n'étaient séparés que par un mur des religieuses, qui occupaient l'autre coté. La comtesse de Braine, trouvanl cette contiguïté peu convenable, donna à ces reli-
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gieuses la cens*; de Bruyères, où se trouvait une chapelle qui fut à cette occasion convertie en monastère. En 1154, la communauté des religieuses de Braine était entièrement établie à Bruyères. Ce fait est connu par la donation, aux religieuses de Saint-Yved, d'un étang situé à Ancy.
Ancy, ou le Pont-d'Ancy, ce lieu dont l'antiquité ne nous a laissé que de faibles traces, est situé sur le territoire de Limé, entre la Vesle et Bruyères. On voit encore sur la rivière les débris d'un pont qui la traversait autrefois. Près de ce pont, en démolissant'un vieux mur, on a trouvé des membres de statues mutilés, des tuiles camtelées très-épaisses, et des morceaux de marbre de toute espèce. Vers la lin du XVIII e siècle, un habitant de Limé, creusant un fossé près du môme endroit, brisa d'un coup de boyau un grand vase de verre renfermant des osseinens humains; un peu plus loin, cet homme fouilla encore, et trouva des os d'une grandeur extraordinaire, parmi lesquels on remarqua un tibia de 22 pouces de longueur.
D'après les observations de quelques savans de l'époque, les objets découverts au Pont-d'Ancy étaient de trois âges différons : les ossemens d'une grandeur extraordinaire auraient appartenu aux Gaulois avant l'invasion des Romains. Ceux qui étaient renfermés dans les vases de verre, ainsi que les statues mutilées, auraient été posiénYurs au règne d'Auguste. Quant aux tuiles canne-
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lêes, elles sont assez communes dans le Soissonnais, surtout aux endroits que Ton sait avoir été habités par les Romains du Bas-Empire, ou un peu avant la fondation de la monarchie française. Il résulterait donc de ces conjectures que les Gaulois ont habité le Pont-d'Ancy, et qu'après le règne d'Auguste on y aurait élevé de nouilles habitations, qui auraient été détruites à l'époque de rétablissement des Francs dans la Gaule belgique.
Ce lieu n'est plus aujourd'hui qu'un vaste champ de ferres labourables. Quand les blés commencent à grandir, on remarque en plusieurs endroits des clairières représentant la figure d'un tracé pour la distribution des Ixàtiinens. Des fouilles faites en ces endroits y ont fait découvrir des fondations.
11 y a environ un demi-siècle qu'une ferme, ayant appartenu aux Prémontrés de Braine, existait encore en ce lieu. Quant à l'étang, qui était aussi en leur possession, il a été desséché à une époque qui nous est inconnue; la place qu'il occupait s'y fait encore remarquer par une cavité peu profonde.
Nous ne pouvons fixer la durée de la communauté des religieuses de Braine à Bruyères. La ferme et ses dépendances devinrent un simple bénéfice appartenant aux séminaires de Soissons, ainsi qu'on le voit dans les annales des Prémontrés. Depuis, elle est passée dans les mains d'autres propriétaires, qui la font valoir avec intelligence et prospérité.