‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 26 sur 63 · ET DE SES RM IRONS. H · texte numérisé non relu

ET DE SES RM IRONS. H

Dans un titre de l'an 1186, Robert I er se trouve cité conjointement avec Agnès, qui prend la qualité de dame héritière du château de Braine. On voit, dans les chroniques de Longpont, que ce titre est signé par maître Gautier, médecin du comte, et par Oilard, châtelain de Braine.

Il y est dit aussi que le comte et la comtesse de Braine ont fait, du consentement de leurs fils, Guillaume, Jean et Robert, la remise aux religieux de Longpont de quelques droits de mouvance qui leur étaient dus. Robert et Agnès mirent pour condition à cet abandon que les religieux feraient pour le repos de l'amede Pierre, leur fils décédé, les prières d'usage lorsqu'un de leurs abbés venait à mourir.

On a encore de Robert de France deux chartes de l'an 4187 : l'une est le contrat d'une rente qu'il constitua à ses deux filles, Marguerite et Béatrix; l'autre, qui n'a rien de remarquable, est signée de ses trois fils.

Ce prince, qui, ainsi que son épouse, prit une grande part à la construction de l'abbaye de Saint-Yved de Braine, mourut le 11 octobre 1188, après avoir fondé à Paris la collégiale de Saint-Thomas-du-Louvre.

Après la mort du comte Robert, Agnès de Braine se fit remarquer par des actions d'un grand mérite. Elle bâtit le moulin de Quincampoix , sur la rivière de Vesle, fit entourer de murs le parc du château de Braine, et renouveler entièrement le prieuré de Saint-Rcmi, en le eom-

114 HISTOlItfc Uli UHA1NE

blant de ses bienfaits. Co prieuré, dont l'origine se perd dans les premiers siècles de notre ère, fut fondé, selon la tradition du pays, par Chilpéric 1 er . La règle de Saint- Benoît lui d'abord suivie dans ce monastère; puis on fit subir aux religieux la réforme de Cluny. Ces religieux, qui vécurent pendant très-long-tems en bonne intelligence avec leurs voisins, n'ont laissé aucun litre qui les concerne. II est fait mention d'eux dans les actes de fondation de l'abbaye de Saint-Yved, au sujet de quelques biens limitrophes qu'ils possédaient avec les religieux de celte nouvelle église. On n'a pu découvrir sur ce prieuré que trois chartes des années 4141, 4257 et 1264.

La première parle des biens qu'ils possédaient près du moulin de Saint-Remi.

La seconde dit qu'ils avaient le moulin neuf de la ville de Braine.

La troisième, datée du mois de mars, fait mention que Marie, comtesse de Dreux et de Braine, reconnut que les maîtres, les frères et les sœurs de l'hôpital de Braine étaient assujettis à la banalité des fours du prieuré de Saint-Remi, et étaient tenus de payer tous les ans huit setiers de blé à ce bénéfice.

Vers la lin du XIII e siècle, la communauté de Saint- Remi perdit le titre d'abbaye avec la plus grande partie de ses biens, et fut soumise au monastère de La Charité* sur-Loire. 11 ne resta plus alors à Braine qu'un prieur et un sacristain. Dans la suite de notre histoire, nous

aurons occasion de parler de diverses particularités ayant rapport à ce prieuré.

Agnès de Braine combla aussi les Prémontrés de ses bienfaits. Dom Martenne nous raconte, dans ses voyages, qu'Agnès , Tannée de son second mariage avec Robert de France, entreprit de convertir une jeune juive, et que cette conversion eut lieu dans la première église des Prémontrés ou de Saint-Yved de Braine.

11 y avait alors dans cette viHe plusieurs familles juives, dont les unes vivaient de leur trafic, et les autres assujetties à la servitude. Parmi ces familles se trouvait une jeune fille d'une rare beauté. Sa figure, pleine de charme et de douceur, fil une grande impression sur l'esprit de la comtesse de Braine. Cependant une grave difliculté empêchait Agnès de donner à sa vive amitié tout l'abandon qu'elle aurait voulu; car cette figure angélique cachait une ame infidèle, souillée du péché originel et rebelle à la loi divine.

Afin d'effacer ces taches, la comtesse employa tous les moyens possibles pour convertir cette jeune fille. Elle la fit catéchiser d'abord avec succès, et l'initia ensuite aux principaux mystères de la religion catholique, à l'exception de celui de l'Eucharistie. La juive déclara que jamais elle ne pourrait se déterminer à voir dans l'hostie la présence réelle de Jésus-Christ, s'il ne paraissait à sa place et sous la figure humaine. Comme cela ne pouvait avoir lieu sans un miracle, on eut recours, pour Tobte-

nir, aux jeûnes, aux processions et aux prières solennelles. Ce miracle ne pouvant avoir lieu qu'à la messe, on choisit, pour la célébrer, un des religieux de Saint- Yved , le plus recoinmandable par sa piété autant que par ses mérites. Le jour indiqué pour celte imposante cérémonie étant arrivé, Henri de France, archevêque de Reims, frère du roi et du comte de Braine, se rendit à la messe, accompagné d'Ancoul de Pierrefond, éveque de Soissons, de Pierre, abbé de Braine, et d'une suite de personnes de haut rang. Un grand concours de monde se rendit aussi à l'église, dont on avait permis, ce jour-là, l'entrée aux familles juives.

La messe commença, et, au moment de l'élévation, Jésus-Christ apparut à la place de l'hostie, sous la forme d'un enfant. 11 disparut presque aussitôt, ne laissant entre les mains du prêtre que les espèces de l'hostie consacrée. La juive ne put résister à cette apparition; elle demanda pardon à Dieu, se convertit et reçut le baptême. Un grand nombre de juifs suivirent son exemple.

On montra pendant long-tcms, dans le trésor de Saint- Yved , le calice qui servit à la célébration de cette messe. La coupe de ce calice contenait un reliquaire avec un filigrane en or. L'hostie, de onze lignes de diamètre, se trouvait placée dans ce reliquaire, au dessous duquel, sur une petite tablette, étaient écrits en lettres d'or ces deux vers:

Ad vitem vituu sitientes oro vinile, Et vinum licite de ver;\ sugite vite.

ET DE SES EN MUONS. 117

En mémoire de ce miracle, une confrérie fut établie à Bruine et autorisée par plusieurs bulles du pape. Ses membres devaient, chaque année, faire une procession solennelle le dimanche de l'octave de la Fêle-Dieu.

La chasuble qui servit à célébrer la messe le jour où le miracle s'accomplit fut donnée à l'église Saint-Yved par l'archevêque de Reims. C'était un monument précieux et digne d'admiration. Elle était d'une étoffe de soie cramoisie et croisée; sur le devant, on remarquait la ligure d'un séraphin brodée en perles fines; de l'autre côté, à la même hauteur, était celle d'un Agmis Dei, avec la même parure. Le tour de la chasuble et l'ouverture par laquelle le prêtre passe la tête, étaient bordés d'une large bande engrêlée de perles fines et pleines. Sur celte bande, à peu de distance les unes des autres, étaient encore placées de grosses perles rondes. Des têles de lions brochées en or trait et affrontées par couples; des figures brodées en or et relevées par l'éclat éblouissant de plusieurs pierres précieuses enchâssées dans l'or, décoraient encore ce magnifique ornement.

La juive convertie mourut peu de tems après le comte Robert 1 er . Son corps fut inhumé dans le chœur de l'abbaye de Saint-Yved. Autrefois, on voyait, entre la tombe d'Agnès de Braine el celle de Robert 11 , une pierre plus longue que large et sans inscription. C'était celle qui recouvrait les resies de celle jeune fille.

En 12(H, Agnès de Baudinient fonda dans son château

tic Bruine un hôpital, ou Ma ison-cle-Dieu , en faveur des pauvres de Braine et des environs. Une chapelle, devant être desservie par un chanoine, fut établie à cette occasion et placée sous l'invocation de saint Antoine. On voit» dans une charte de l'année de cette fondation, qu'Agnès lit don à l'hôpital de ses fours banaux de Braine, de ses vignes de Courcelles et du lieu appelé OrpheniU, de dix arpens de prés et d'une grosse chariolée de bois prise chaque jour dans ses forêts. Elle ajouta encore à ces donations trois muids de grains, trois muids de vin et une rente de dix livres ( monnaie de Provins ) , dont six appartiendraient à l'hôpital et quatre au châtelain. Cette charte est datée du 2 des calendes de mai, le 3 e jour de la lune. Il est spécifié dans un acte du mois de février 1249, expédié au nom de Marie, comtesse de Braine, que le chapelain devait être nommé par le seigneur de Braine. Eu effet, le chapelain Roger étant mort dans un voyage qu'il lit à la Terre-Sainte, la comtesse Marin nomma pour lui succéder Adam, clerc de la chapelle d'Igier (Iger'ù).

L'hôpital qu'Agnès avait fondé fut pendant près de trente ans gouverné comme celui de Crépy, par un maître et des sœurs. Ce mode fut changé : on remplaça le maitre par des administrateurs laïcs, qui reçurent leur traitement du comte de Braine. Il en fut ainsi jusqu'en 1600.

Nous reviendrons sur cet hôpital.

L'époque précise du décès d'Agnès dcBaudimcnt n'est pas connue : elle vivait encore en 1202, quatorze ans

F.T DE SES ENVIUO.NS

après la niorl de son mari. Néanmoins, on sait qu'elle était morte en 1217, par une donation faite< au profit de saint Germer, par Philippe de Dreux ou de Draine, évèque de Beauvaîs. Ce don eonsislait en plusieurs meubles dont Philippe avait hérité dans la succession de la comtesse Agnès de Braine, sa mère.

Son corps fut inhumé au milieu de l'église Saint-Yved de Braine. Sur sa tombe, faite en pierre dure, était représentée en bosse l'effigie de cette comtesse, qui, à en juger par la sculpture, dut être d'une rare beauté. Cetle tombe était aussi ornée de ses armes, mais l'on n'y remarquait ni inscription ni date.

Agnès de Baudiment, cette pieuse fille de Guy de Braine, consacra tous les instans de sa vie à des œuvres charitables, et se dévoua personnellement au service des pauvres malades. Elle encouragea aussi les arts, en faisant plusieurs constructions importantes, et en continuant celle de l'église Saint-Yved de Braine, que son aïeul avait commence. Au sujet de cette église, nous consacrerons un chapitre particulier.

Agnès laissa en mourant six fds et quatre tilles , qui partagèrent sa succession. Robert, l'aîné, qui avait reçu le comté de Dreux du vivant de son père , hérita du comté de Braine; Philippe et Henri embrassèrent l'état ecclésiastique; les trois autres fds, Guillaume de Dreux, Jean et Pierre de Braine, sont peu connus par leurs actions. Guillaume mourut célibataire avant 1*21)8, et fut

HISTOIHE Uli BHAINE.

inhumé à Longpont. Il csl question de Jean dans une charte de 1187. Ce titre, signé de Robert et de Guillaume, est le seul que nous connaissions où Jean soit cité. Le nom de Pierre de Braine se trouve dans une charte de 1179, où il est dit que ce seigneur était possesseur d'un fief situé du côté du tréfond de Démentard. On voit dans la chronique de Longpont que Pierre mourut en 1186, et qu'il fut inhumé avec pompe près de son frère Guillaume.

Nous connaissons beaucoup plus les trois premiers, Robert, Philippe et Henri. Nous allons rapporter succinctement, dans le chapitre suivant, les principaux actes de ces deux derniers. Nous parlerons ensuite de Robert, qui fait suite à la branche des seigneurs de Braine.

L'aînée des filles, Alix, épousa Raoul 1", fds d'Enguerrand II, seigneur de Goucy.

Élisabeth, dite dame de Baudiment, fui mariée à Hugues, seigneur de Braves et de Chàteauvillain.

Les deux autres, dont nous ne connaissons pas les noms, prirent l'habit de religieuse dans l'abbaye du Charme.

Page 1