CHAPITRE II
Invaftion de»* Roniainn.
(57 ans av. J.-C.)
raine-slr-Vesle , qui a eu ses tems héroïques comme la plupart des villes de la Gaule, est située dans une riante et ferî^^^TeV tile vallée, au bas d'une montagne, sur la rive droite de la Vesle, qui se divise en plusieurs bras au pied des habitations. Cette ville existait avant l'invasion des Romains sous le nom de Bibrax, mais l'on ne peut préciser l'époque de sa fondation. Les premiers et les meilleurs documens ne remontent qu'à Jules César, et c'est dans ses Commentaires que nous allons les puiser. César, l'illustre général romain, s'était rendu mailre
niSTOIRE DE BRAINE. 13
de l'Helvétie et de la partie orientale de la Celtique, où il avait laissé des garnisons dans différentes places. 11 était allé hiverner dans la Gaule citérieure ou cisalpine. Sur ces entrefaites, les Belges, dans la crainte que l'armée romaine n'entrât sur leur territoire, et sur les instances d'un grand nombre de Celtes, qui supportaient impatiemment le joug des Romains, se liguèrent contre eux.
Labienus, lieutenant de César, lui fit connaître les desseins et les préparatifs des Belges. Sur cet avis, César fit passer de nouvelles troupes dans la Gaule intérieure, et, après avoir pourvu son armée des subsistances nécessaires , il vint se mettre lui-même à la tète de ses soldats.
Les Sénonais et autres voisins des Belges furent char- » gés par César d'observer les actions de ces derniers et de l'en instruire. A la première nouvelle qu'ils levaient des troupes et formaient une armée, les Romains se mirent en route, et arrivèrent en quinze jours aux frontières de la Belgique.
A l'approche inattendue de César, les Rémois lui envoyèrent deux députés, lecius et Antébrogius, personnages éminens dans leur cité, pour lui déclarer qu'ils se mettaient, eux et leurs biens, sous la foi et la puissance du peuple romain.
Après avoir accepté les propositions des Rémois, César fit entrer ses troupes dans leur pays. Ayant été informé que les Belges marchaient en masse sur lui et n'étaient
HISTOIRE DK RHAINE
qu'à une très-petite distance, il lit passer à la hûle la rivière d'Aisne à son armée , et porla son camp sur la rive gauche. Celte rivière, qui formait les limites du Rémois, avait un pont où César laissa une garnison de six cohortes, commandée par Q. Titurius Sabinus. Le camp de César était entouré d'un rempart de douze pieds de hauteur, et d'un fossé de dix-huit pieds de profondeur.
Bibrax se trouvait à huit milles de ce camp. Les Gaulois et les Belges avaient les mêmes coutumes dans leurs attaques pour s'emparer des places fortes. Ils les cernaient avec toutes leurs troupes, lançaient des pierres de tous côtés jusqu'à ce qu'ils eussent écarté tous ceux qui les défendaient; alors ils menaient leurs boucliers sur leurs lôies, formaient la tortue et sapaient les murailles.
Les Belges, dans leur marche, attaquèrent Bibrax suivant la manière que nous venons d'exposer. Le combat fut très-acharné; la nuit seule y mit lin, et c'est à sa faveur que le Rémois Iccius, commandant la place de Bibrax, trouva moyen d'envoyer à César la nouvelle de sa position fâcheuse : «Je ne suis plus en état de tenir, lui » mandait-il; si demain je n'ai pas de secours, je suis » forcé de rendre la ville. » Dans cette môme nuit, César fit partir, pour aller au secours des assiégés, sa cavalerie légère, composée de Numides, ses archers crétois et ses frondeurs baléares. Ces auxiliaires relevèrent le courage des assiégés, et firent perdre l'espérance aux assiégeans,
ET T>K SES ENVIRONS
qui satisfirent leur fureur en dévastant les campagnes, brûlant les villages et toutes les habitations qui se trouvaient sur leur route; après quoi ils se dirigèrent vers le camp des Romains.
11 n'entre pas dans notre plan de suivre les Romains et les Belges dans leurs guerres; nous dirons seulement que les Romains furent victorieux; qu'après cette époque la place de Bibrax resta en leur pouvoir, et que la Belgique fut subjuguée par Jules César. A mesure que ce grand général faisait des progrès, il laissait dans les villes conquises des licutenans ou gouverneurs. Reims fut choisi pour la métropole de toute la province.