‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 45 sur 63 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

l'hery-Ctiartreuve.

iiery-Chartreuve (Cheriacum Casirovorum) est un village fort ancien. Les Romains y bâtirent un château ; mais nous ne pouvons en donner l'époque précise. Après la conquête des Gaules par les Francs, Chery devint une terre du fisc, et fut donnée par la suite aux aïeux du seigneur Gomnoald. Sur la fin du VII e siècle , ce dernier la vendit à saint Rigobert, archevêque de Reims, pour une somme de cinq sols d'or que le prélat lui paya comptant. Saint Rigobert acheta encore différens biens dont il enrichit son évêché. C'est vers le tems où la terre de Rrainc

IIISTOIP.K DE DRAINE.

fut enlevée à l'évêché de Rouen, que des chevaliers, vassaux des comtes de Vermandois, enlevèrent à main armée la terre de Chery-Chartreuve à l'archevêché de Reims. Cette propriété passa au pouvoir des comtes de Champagne, puis à celui des seigneurs de Braine.

A la mort de Thibaud-le-Grand , comte de Champagne, son fils, Hugues-Ie-Blanc, frère de Guy et d'Agnès de Baudiment, eut le domaine de Chery-Chartreuve en partage. Ce seigneur, dont la dévotion était exemplaire , forma le dessein de placer des religieux à Chartreuve , même avant la fondation de l'abbaye de Braine. Pour exécuter son projet, il eut besoin du consentement de Guy et d'Agnès, ses frère et sœur, dont les biens dépendaient de ceux qu'il destinait à doter son nouveau monastère. Hugues eut encore besoin de l'adhésion de Henry 1 er , roi d'Angleterre, qui sans doute avait des prétentions à exercer sur les mêmes biens.

Ayant obtenu ce qu'il désirait , il se mit à l'œuvre, et l'établissement des Prémontrés de Chartreuve suivit de près celui des Prémontrés de Braine. Quelques auteurs même ont prétendu que l'abbaye de Chartreuve est le premier monastère qui ait été fondé dans le Soissonnais. (Carlier , Hist. du duché de Valois.)

Hugues-le-Blanc, ainsi que son frère Guy, mourut sans postérité, laissant à Agnès de Braine, sa sœur, tous ses biens, avec les droits particuliers qu'il s'était réservés sur l'abbaye de Chartreuve , d'où vient que les comtes de

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Braine furent toujours reçus comme patrons à Chartreuve lorsqu'ils s'y présentaient aux mutations.

Après avoir pourvu aux besoins substantiels des religieux qu'il voulait faire venir à Chartreuve, Hugues fit le choix du chef qui devait gouverner la nouvelle communauté. Il jeta les yeux sur un Préinontré du nom d'Odon. Cet abbé, d'une rare intelligence et d'une vie sans reproche, fut chargé de l'achèvement des constructions et de l'installation des religieux qui devaient com- |K>scr la nouvelle communauté. Nous ne pouvons préciser en quelle année Odon mit la dernière main à l'abbaye de . Chartreuve. Ce fut Goislein, évêque de Soissons, qui confirma la fondation de ce monastère. Philippe d'Oui-, chy dota Chartreuve d'une rente en grains lorsque son fils y prit l'habit de religieux Prémontré. L'abbé Odon crut qu'il était de son devoir de former une communauté de femmes dans l'enceinte de son monastère. Cette communauté, qui fut supprimée par la suite, existait cependant encore vers la fin du XII e siècle. Le trait que nous allons rapporter en donne la preuve.

On voit dans une charte de l'évoque de Térouanne, datée de 1496, que Fulbert et sa femme Heroea se sont retirés à Chartreuve avec Doline leur fille» et qu'ils ont donné tous leurs biens à l'abbaye avec ces restrictions : 4° Que Fulbert et sa femme resteraient dans l'abbaye sans prendre l'habit de l'ordre et qu'ils y mèneraient une vie séculière; 2" que Doline, leur fille, prendrait

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l'habit de religieuse, et qu'elle suivrait la règle des sœurs de l'ordre; 3° que le père et la mère de la religieuse conserveraient, leur vie durant, une partie de leurs biens, pour lesquels ils paieraient à l'abbaye une rente d'un marc d'argent.

Quelque tems après cette donation , les religieuses furent transférées en un endroit qu'on appelle aujourd'hui la Ferme des Dames , ou les Dames-sous-Chery. On voit encore en cet endroit les traces de l'ancienne église et des bâlimens conventuels.

En 1531 , l'abbaye Notre-Dame de Chartreuve fut donnée en commende à Guillaume Petit, qui eut pour suc cesseur Nicolas Guérin, docteur et professeur en médecine. Cet homme absorbait tous les revenus du monastère, et eut un différend fort sérieux avec les religieux de Chartreuve , auxquels il refusait la portion des biens qui leur appartenait. Ces derniers, l'ayant assigné devant le Parlement, eurent gain de cause et obtinrent qu'il fût remplacé-, son successeur fut Jean Pannier, qui mourut à Chartreuve en 1578. Son corps fut inhumé dans l'église, et sur son épi ta plie on lisait qu'il fut exécuteur testamentaire de Guillemelte de Sarrebruche, comtesse de Draine. X cette époque, l'abbaye de Chartreuve jouissait des biens que les Templiers avaient eus dans le canton avant la destruction de leur ordre.

Comme à Braine, à Bazoche, au Mont-Noire-Dame et à Lhuis, il y eut aussi à Ch<T\ une maladierie dont la

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fondation remontait à la fin du XII* siècle. Ces maladreries n'étaient que des amas de loges, près desquelles étaient ordinairement une chapelle sous la dédicace de Saint-Lazare, de Sainte-Madeleine ou de Sainte-Marthe. 11 y avait une police particulière pour les lépreux, alors en grand nombre. Avant leur entrée, ils devaient se faire une espèce de pacotille des choses nécessaires à leur subsistance, telles que tartarettes > souliers, chausses, robes de camelin, chaperon de caroelin, un entonnoir, un baril, un couteau, une écuelle de bois, un lit garni, un bassin, tm pot à mettre cuire ta chair, etc., etc. On n'a que des renseignemens peu précis sur chacune de ces maladreriesou léproseries ; l'iiorreurqu'inspiraientles lépreux faisait qu'on s'occupait peu de ce qui les concernait.

Les seigneurs de Chery-Chartreuve ont laissé peu de choses méritant d'être rapportées; cependant Jean Puy , l'un d'eux , eut en 1546 une affaire majeure avec Antoine de Louvain , seigneur de Rognac, au sujet du château de Longueville, habité alors par le seigneur de Chery. Les détails de cette affaire étant hors de notre plan , nous indiquons seulement qu'ils se trouvent dans le Recueil de* arrêts notables des cours souveraines de France. (Jean Papon, liv. 23, lit. 5, art. 5.)

Les documens que nous avons trouvés sur Chery-Charticuve s'arrêtent au XVI e siècle, et, depuis cette époque, nous ne voyons rien qui mérite d'être cité sur ce pays si pittoresque.

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