CHAPITRE XLI
Pont- Are y et Yiel-Arey.
e village de Pont-Arcy (Ponds Arx), situé sur les bords de l'Aisne, à 6 kilom. N. E.
de Brainc , remonte à la plus haute antiquité. L'origine de ce nom vient d'un |K>nt (PotU Arcis) sur lequel on traversait la rivière d'Aisne pour arriver à une citadelle fortifiée qui se trouvait sur la rive gauche, au milieu d'un bois. Celte citadelle, qui présentait un carré allongé, et dont l'intérieur était distribué en allées alignées, fut appelée le llazoy, mot tiré d'un vieux latin, haga, haya, qui signifiait forteresse ou château-fort environné de bois. La ritadclle du Hazoy fut démolie vers le commencement
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du XVIII e siècle, parce qu'il s'y était commis, disait^on, plusieurs assassinats, et qu'il n'y avait que vingt pas à faire pour précipiter les cadavres dans la rivière. En démo*lissant ce château-fort, dont il ne reste plus qu'une tour et la trace des fossés qui lui servaient de fortifications, on a trouvé des médailles consulaires, des chaînes de pontlevis, des javelots, des épées, des boulets et autres projectiles de guerre de différentes époques. Quand les eaux de l'Aisne sont basses, on aperçoit encore la fondation des arches du pont, qui fut entièrement détruit.
Autrefois le Pont-Arcy était une des quatre principales baronnies du Valois : nous n'avons pu remonter jusqu'à son origine, qui date de tems immémorial; mais nous pouvons affirmer que les premiers seigneurs de cette baronnie étaient les conseillers-nés des comtes de Braine, ainsi que ceux de Fère , de Nesle et de Fresne.
Vers le milieu du X e siècle, la terre et le château du Pont-Arcy furent possédés par les comtes de Troyes en Champagne, qui soumirent cette seigneurie à la juriidiction de leur châtelain d'Ouchy. Ensuite ils la donnèrent en fief à leurs sénéchaux. Le sénéchal de Champagne, André de Baudi ment, comtede Braine, est le premier seigneur de Pont-Arcy qui nous soit connu. Il donna cette terre à sa seconde fille, Helvide, lorsqu'elle épousa Guy de Dampierre 1 er . La terre de Pont-Arcy n'appartint pas long-tems à la maison de Dampierre; elle revint en la possession du Robert 1 er , comte de Dreux et de
Draine, qui avait épousé la petite tille d'André de Baudiment, Agnès , de laquelle il eut un ûls , Robert II, qui, comme son père, prit la qualité de seigneur de Pont- Arcy. A la mort de ce dernier, Pierre Mauclcrc, son second fils, dont nous avons déjà parlé dans cette histoire, eut en partage les terres de Fère-en-Tardenois et de Pont-Arcy. Jean, son fils aîné, lui succéda à sa mort, et se maria avec Blanche, fille du comte de Champagne Thibaut VI. Ils eurent de cette union deux filles et six fils. Alix l'aînée des filles , épousa en 1254 Jean 1 er de Châtillon , et reçut pour dot la seigneurie de Pont-Arcy : elle mourut sans postérité en 1298. Son domaine revint au connétable de Champagne, Gaucher de Châtillon, qui avait épousé Isabeaude Dreux, fille de Robert IV , comte de Braine. Isabeau et Gaucher eurent plusieurs enfans; et Hugues, l'un d'eux, reçut après la mort de ses parens les seigneuries de Pont-Arcy et de Rosoy (1324). Ce seigneur épousa Marie de Clacy, qui lui apporta en mariage la terre de Clacy et la vidamie de • Laon. Plusieurs enfans sont issus de ce mariage : Marie de Châtillon, l'un d'eux, reçut en partage la terre de Pont-Arcy lorsqu'elle épousa le comte de Braine, Simon de Roucy. Leur troisième fils, Simon II, dit l'Insensé, eut cette terre en partage. On lui donna des curateurs qui administrèrent ses domaines jusqu'en 1402, époque à laquelle il mourut. Son frère aîné, Hugues, comte de Braine, hérita de tous ses biens et en Ut don à son fils
Jean VI de Roucy, qui plus tard fut tué à la bataille d'Azincourt. Ce dernier laissa une fille unique qui épousa Robert de Sarrebruche, auquel elle apporta la seigneurie dePont-Arcy et le comté de Braine. Leur fils aîné, Amé de Sarrebruche, fut possesseur de la terre du Pont-Arcy après leur mort, et la laissa en héritage à son fils unique Robert 11 de Sarrebruche, qui eut trois filles : la plus jeune, G uillemette, épousa Robert de la Marck, duc de Bouillon, auquel elle apporta le comté de Braine et la haronnie de Pont-Arcy. Charles-Robert , second fils du comte de la Marck, prit, en 1660, les qualités de duc de Bouillon, comte de Braine et de Maulevrier, et de baron de Pont-Arcy. On remarque que, depuis les comtes de Champagne, la baronnie de Pont-Arcy a toujours appartenu aux comtes de Braine ou à leur famille. Sous le comte d'Egmont, cette terre était encore un des nombreux fiefs du comté de Braine.
Après avoir été incendié en 924 par les Normands, dans leur incursion, le château-fort du Hazoy ou de Pont-Arcy eut encore des attaques à repousser à différen- • les époques. En 1411, notamment, le comte de Roucy, après la déroute de Saint-Cloud , revint dans le Valois avec les troupes qu'il commandait. En continuant sa marche le long de la rivière d'Aisne, il s'empara du château de Pont-Arcy. A cette époque, il s'était formé dans le Laonnois un parti nombreux de paysans qui couraient en armes dans les campagnes, sous le titre <Xenfan$ du
ET DE SES ENVIItONS.
roi. Àverlis que le comte de Roucy s'était rendu maître du château de Pont-Arcy, ils accoururent au nombre de quinze cents, sans chef, pour en faire le siège. Le château , défendu par d'épaisses murailles et par un large fossé rempli d'eau, résista Ipng-tems aux efforts des enfans du roi, qui, cependant, vinrent à bout d'y faire une brèche. Sur ces entrefaites, le bailli de Vermandois et le prévôt de Laon vinrent se joindre, avec un renfort, aux quinze cents paysans. Ces deux officiers (à cette époque, dans le Valois, les officiers judiciaires exerçaient aussi les fonctions militaires) , dont la valeur et les connaissances dans l'art militaire étaient reconnues , dirigèrent l'attaque avec une habileté énergique. Le comte de Roucy , quoique déjà mis à découvert par le mur renversé , repoussa les premiers efforts du bailli et du prévôt avec une vigueur incroyable. Cependant le comte, se voyant sur le point d'être pris, demanda à capituler; mais on ne lui accorda que la vie sauve, en exigeant toutefois qu'il se rendît avec ses troupes. 11 fut emmené prisonnier à Laon, où il resta long-tems. Les enfans du roi , victorieux et encouragés par ce succès, continuèrent leurs ravages en attaquant d'autres châteaux, dont notre sujet ne nous permet pas de rendre compte.
En 1568, tandis que la garnison de Soissons faisait capituler celle de Fisme, commandée par le seigneur d'Erlon, ce dernier, en se repliant sur Laon, s'emparait du château de Pont-Arcy ; mais la paix survint sur ces
entrefaites, el on remit les choses telles qu'elles étaient avant la guerre. Plus lard, en 1590, cette place tomba encore au pouvoir du duc de Mayenne, qui ne la garda pas long-tems. Vers la lin du mois de novembre de cette même année, le roi Henri IV, après être venu au secours du baron de Biron , qui se trouvait engagé , dans les environs de Braine, au milieu des bataillons du duc de Parme, se rendit à Pont-Arcy , où il devait coucher et y retrouver le lendemain le duc de Nevers, Givry et Parabère avec leurs corps de troupes. Après l'entrevue, le monarque partit déguisé pour aller rendre une visite à sa maîtresse, la belle Gabriellc, au château de Cœuvres.
Le Viel-Arcy ( Vêtus Archeium) est situé au bas d'une montagne, entre Pont-Arcy et Dhuisel. Le domaine de ce village, dont le fief relève du comté de I^aine, appartint pendant longues années aux seigneurs de Longueval. Le Viel-Arcy était autrefois le chef-lieu de trois villages, Dhuisel, Pont-Arcy et Saint-Mard. Il existait un prieuré, dont les dîmes se partagaient entre le prieur el les dames religieuses de Braine. Outre cela, il y avait encore six arpens de terre, dont le revenu était dû au maître d'école, pour l'instruction de quatre enfans pauvres du village.