CHAPITRE XLII
Cyg-la-Comniune.
ers le commencement du XII* siècle, sous le règne de Louis-le-Gros, les populations des villes et des campagnes du Nord , étant réduites à la plus honteuse servitude par la tyrannie et le despotisme des seigneurs ecclésiastiques et laïcs, résolurent, dans leur désespoir, de chercher des garanties pour la conservation de leurs personnes et de leurs biens.
Le souvenir des anciennes institutions municipales, qui régnait encore parla tradition, réveilla tout à coup les idées d'indépendance dans les esprits. Les popula-
254 HISTOIRE DR RRAIME
tionsdu Nord, depuis si long-tems opprimées, s'entendirent entre elles et se jurèrent un mutuel appui pour soutenir la lutte contre la puissance féodale et s'affranchir du joug opiniâtre qui les dominait. Cette lutte fut longue, et se termina enfin par des transactions qui eurent pour résultat l'établissement des communes dans un grand nombre de villes. Les autres villes ou bourgs qui n'obtinrent pas la commune reçurent du moins des franchises et des privilèges qui améliorèrent sensiblement leur position.
Ce fut pendant le cours de l'année 1116 que les habitans de Soissons réclamèrent l'affranchissement communal. Ils n'eurent pas besoin pour l'obtenir d'entrer en rébellion ouverte; car l'évôque et le comte de Soissons, intimidés par les exemples de violence et d'obstination que venaient de donner deux villes, Amiens et Laon , consentirent à l'établissement d'un gouvernement municipal dont le roi approuva la nouvelle charte, qui était pour la paix du pays.
Parmi les villages du Soissonnais qui suivirent l'exemple de la cité, en cherchant aussi à s'affranchir, se trouvaient Presle (Preste) , Cys (Cicyacus), Saint-Mard (par abréviation de Saint-Médard, Sanctus Mcdardus), Rhu et les Boves, qui se réunirent en une seule commune , dont Cys fut choisi pour chef-lieu.
Cet établissement fut confirmé plus tard par des chartes des années H91 et 1225 : la première est de
Thibaud V, et la seconde de Thibaud VII, tous deux comtes de Champagne. Les droits et privilèges furent encore confirmés par plusieurs lettres-patentes de nos rois jusqu'à la révolution de l'année 1789. Cette commune jouissait du droit de haute, moyenne et basse justice.
Les lieux qui la composaient était autrefois dépendans de la châtellenie d'Ouchy, et n'en furent séparés que par une espèce d'exemption, lorsque cette châtellenie fut donnée en apanage a*u duc d'Orléans, frère du roi (1354.) Ces villages furent soumis à la juridiction du prévôt de Fisme, et, par un privilège exclusif, les habitons devaientencore être traités selon les usages et les coutumes de la châtellenie d'Ouchy. Des lettres de confirmation, datées du 5 janvier 1355, furent délivrées à cet effet par le roi Jean-le-Bon, en faveur des habitans de ladite commune. En 1373 , ces habitans portèrent plainte au bailly de Vitry, président des assises de Fisme, contre le prévôt de cette dernière ville, qui les privaient des anciens droits dont ils jouissaient quand ils étaient dépendans de la châtellenie d'Ouchy. Par son jugement, le bailly ordonna que lesdits habitans seraient maintenus dans leurs anciennes coutumes et franchises , qui subsistèrent très-long-tems dans la suite, malgré le changement et l'amélioration opérés dans les mœurs.
Il y avait à Cys un hôtel-de-ville où étaient renfermés les archives, et un beffroi où l'on montait la garde. Les
2Ô0 niSTOIRE I>E DRAINE
habitans jouissaient en commun, et sans distinction d'état, du droit de tribunal , de sceaux, de cloches, de pèche et de chasse. La justice était rendue par le maire ou par son lieutenant, et par un procureur fiscal. Ces officiers devaient être renouvelés tous les ans, le lendemain de la Pentecôte, et étaient élus de cette manière. Les habitans se rassemblaient à l'hôtel-de-ville de Cys, et nommaient soixante députés, dont vingt de Cys , vingt de Presle, et vingt de Saint-Mard; les hameaux de Rhu et des Boves se réunissaient aux trois autres paroisses pour nommer les députés. Ceux-ci prêtaient ensuite serment devant le maire dont les fonctions expiraient, et promettaient de choisir pour officiers des hommes de capacité et de mœurs irréprochables. Chaque député venait ensuite présenter son suffrage au maire, au lieutenant et au procureur fiscal, et ceux des habitans qui avaient remporté le plus de voix étaient élus aux trois charges à remplir. Cependant, par un nouvel arrangement réglé en 1740, il fut décidé qu'à l'avenir les officiers municipaux seraient nommés par les curés, les gentilshommes , et par deux des principaux habitans de chaque paroisse, payant au moins quarante livres de taille. Les nouveaux officiers devaient être : un juge gradué, et lesaut res pris parmi les praticiens des villes voisines. Ils jugaient les causes civiles, à la charge de l'appel au bailliage de Fisme ; mais ils ne pouvaient condamner à des peines afflictives sans appeler le lieutenant-général dudit bailliage.
Les archives de cette commune renfermaient deux bulles; l'une, datée du 15 juin 1220, délivrée par le pape Honorius 111, et l'autre, du 3 janvier 1236, du pape Grégoire IX, relativement à une léproserie établie aux Boves , pour les lépreux de la commune. Dans ces archives étaient aussi deux chartes, dont l'une, datée de 1287, faisait connaître que Gaucher de Châtillon et Isabelle de Dreux, sa première femme, vendirent aux jurés de la commune de Cys, Presle, Saint-Mard, Rhu et les Boves, tous les droits de main-morte, de for-mariage et tous les héritages qu'ils possédaient dans ladite commune, moyennant la somme de 2,000 livres tournois. L'autre charte, datée de 1312, est de Raoul de Presle et de Jeanne sa femme, qui fondèrent dans l'église de Presle deux chapelles, l'une en l'honneur de la Sainte-Vierge, et l'autre en l'honneur de Saint-Nicolas. Les revenus de ces chapelles ont été réunis à la fabrique de l'église par des lettres-patentes du mois de mai 1745. Ce Raoul est le môme qui a fondé le collège de Presle à Paris, en 1313, en faveur des enfans de la commune. 11 eut un tils naturel qui porta son nom , et que ses poésies ont rendu célèbre.
Dans le courant du XIV e siècle, le hameau des Boves étant considérablement augmenté, on y fonda une église, et on le sépara de la paroisse de Presle, dont il était dépendant. En 1434, cette paroisse était érigée, mais l'église n'était pas encore terminée; nous en trouvons la
preuve dans l'acte d'une donation de 200 livres faite, cette même année, par Jean Moutarde, habitant de Saint- Precord-lès-Vailly, pour achever la construction de l'église des Boves. Plus tard ce changement revint dans son premier état, et l'église fut supprimée, parce qu'il ne restait plus qu'une seule maison dans le hameau. Le titre de paroisse que portait le hameau des Boves fut supprimé par un décret deM.Fitz-James,évêque de Sois* sons, daté du 17 mars 1735. Ce même décret, qui unis* sait de nouveau les Boves à la paroisse de Presle, et dans lequel il était dit que le curé devait au maître d'école un hemi-muid de blé méteil , pour l'instruction des enfans pauvres des deux paroisses réunies , fut confirmé par des lettres-patentes du mois de mai 1737, et homologué au parlement le 13 juillet de la même année.