‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 5 sur 63 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De* grand* rheinind romani*,

ois n'avons pas do preuves certaines pour fixer l'époque où les Romains firent leurs différens travaux dans le Soissonnais. Cependant, il y a tout lieu de croire que ce fut vers l'époque de la naissance de Jésus-Christ, lorsque l'empereur Auguste fit un voyage dans les Gaules.

Les grands chemins qui existaient dans la Gaule Belgique, et que l'on voit encore en plusieurs endroits, ont été la cause de bien des fables au sujet de leur origine. Quelques auteurs anciens et sans crédit ont prétendu que Brunchaldus, cinquième roi des Bolges, qui passait

HISTOIRE DE BIIAINF. 10

pour sorcier, les avait fait faire en trois jours par son démon, afin de faciliter la circulation de son armée dans la Belgique, qui était alors très-marécageuse.

Quelques poètes flatteurs ont voulu les attribuer à la reine Brunchault, femme de Sigebert, roi d'Austrasie. Grégoire de Tours, qui était coniemporain de cette reine, nous dit bien qu'elle aimait à bâtir, et qu'elle fil faire plusieurs églises et plusieurs monastères, mais il ne parle aucunement de chemins. Toutefois, c'est sans doute ù cause du roi Brunehaldus et de la reine d'Austrasie qu'on a nommé ces chemins chaussées Brunchault. Les habilans de la campagne les appelaient chemins ferrés, à cause des cailloux noirâtres ou couleur de fer qui les composaient, comme on dit en Espagne de la voie de Salamanque, via argentea, parce qu'elle est faite de cailloux blancs.

Le géographe Strabon, qui a vécu plusieurs siècles avant la' reine Brunehault, dit que ces chemins furent faits sous les ordres d' Agrippa , gendre d'Auguste César. D'autres auteurs sont aussi de son avis. Nous adoptons cette opinion, qui est la plus vraisemblable.

Strabon ajoute, et nous dirons avec lui, qu'Agrippa lit faire quatre grands chemins romains, qui prirent leur source à Lyon et allèrent aux quatre extrémités de la Gaule.

Le premier suivait le Rhône, et s'étendait jusqu'aux Pyrénées.

'20 HISTOIRE f>E BU AINE.

Le deuxième avait plus d'étendue que le premier, et allait jusqu'au confluent du Rhône et de la Meuse, qui se jette dans l'Océan.

Le troisième (et c'est le seul qui ait rapport à notre histoire) était le plus long de tous, et avait un grand nombre de petits chemins aboutissans dont le pays est encore rempli. On peut voir le tracé de celte route sur l'itinéraire d'Antonin, depuis Lyon, de ville en ville, de place en place, jusqu'au port de Boulogne, dit par les Latins Gessoriacus portus. Ce chemin allait de Lyon à Troyes en Champagne, en traversant la Bourgogne, d'où il passait par Chûlons-sur-Marne, Reims, Fisme et Basoche; de là il quittait la grande roule actuelle, près de la ville de Braine, à un endroit appelé Chauderolles, et passait derrière celle première ville, du côté opposé à la Folie, pour aller rejoindre la Vesle, près du moulin de Quincampoix, où l'on a vu long-lems les débris d'un pont; puis il allait reprendre à Sermoise la grande route de Soissons, qu'il traversait pour continuer, par Noyon et Amiens, jusqu'à Boulogne.

Le quatrième s'étendait le long du Rhin, pour aller à la mer Méditerranée en se terminant au port de Marseille, au pied d'un grand rocher en forme d'amphithéâtre et exposé au midi.

Les Romains avaient pour habitude de placer sur le

bord de leurs grands chemins plusieurs pierres taillées qui servaient aux cavaliers pour monter à cheval , et aux

ET DE SES ENVIIIONS. 21

piétons pour se reposer. Ces pierres n'étaient éloignées les unes des autres que de dix pieds. Outre cela, il y avait des pierres milliaires placées sur des piédestaux , et qui marquaient les distances. On voyait encore, il y a quelques années, entre Fisme et Braine, une de ces pierres; mais le tems en avait effacé les marques.

Page 1