‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 50 sur 63 · CHAPITRE \LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE \LV

Période de 1990 à 1*45.

l'époque de la révolution de 1789, la dernière heure de la vieille monarchie était sonnée, et la France, changeant complètement de face, commençait une ère nouvelle. Celte révolution, qui eut pour premier effet la ruine du clergé et l'anéantissement des privilèges féodaux, fut suivie de l'entière suppression des chapitres et des ordres religieux. Tous les biens qui appartenaient alors au couvent des religieux de Saint-Yved de Braine et au monastère des religieuses de Notre-Dame furent aliénés en 1791 et dans le cours des années suivantes. Lé-

glise de Saint-Nicolas, située dans le faubourg Saint- Remi , qui avait jusqu'alors servi d'église paroissiale , fui vendue et démolie de fond en comble. L'église et les bâtimens conventuels de Notre-Dame, ainsi que l'abbaye Saint-Yved, furent seuls conservés.

Les habitons de Brai ne, désirant garder la magnifique abbaye de Saint-Yved, qui faisait le plus bel ornement de leur ville, adressèrent au district de Soissons une demande à l'effet d'èlre autorisés à en faire leur église paroissiale. Cette autorisation ayant été accordée, la translation cul Heu solennellement le 29 avril 1791 , en présence de M. Marolles, éveque constitutionnel de Soissons, des principales autorités du district et de la ville de Braine. Le 8 mai suivant, on transporta dans la nouvelle église paroissiale les reliques, reliquaires et autres objets précieux qui se trouvaient dans l'ancienne église de Saint-Nicolas. Toutes les cérémonies du culte furent célébrées à l'abbaye Saint-Yved, depuis cette époque jusqu'en 1793, où les lois révolutionnaires ayant aboli le culte, les mon u mens religieux furent livrés à des usages profanes. Vers ce même tems, les dépôts des 3 e et 4 e régimens de chasseurs à cheval furent envoyés à Draine pour y tenir garnison et furent casernés dans les bâtimens de l'ancien couvent de Notre-Dame. L'église de ce couvent et l'abbaye Saint-Yved servaient de magasins, et étaient encombrées d'effets d'équipement, d'armes, de fuurrages et de vivres pour ces escadrons.

Pendant la tourmente révolutionnaire, les habitans de Draine n'y prirent aucune part, et ne furent point inquiétés par rapport à leurs opinions politiques ou religieuses. Néanmoins, ils durent subir l'influence des circonstances et exécuter les décrets de la Convention nationale, line éminence, appelée Autel de la Patrie, fut élevée sur la place publique, et les autorités de l'époque y célébraient solennellement la fête de l'Etre-Supréme ou de la Ration, dont Robespierre s'était fait le grand-prêtre.

Ces cérémonies sacrilèges avaient cessé : l'an 111 de la république (1794-95) fut une cruelle année pour Braine et les pays environnans; la disette reparut à la suite des grandes pluies, qui n'avaient cessé de tomber sur la récolte de 1794, au moment même où les grains venaient d'être enlevés par la réquisition. L'administration municipale de la ville de Braine et des villages voisins parvint avec peine à pourvoir à la nourriture des malheureux habitans, qui se trouvaient dans la nécessité d'introduire des substances étrangères dans leur pain pour en augmenter la quantité. La récolte de 1795 fut plus heureuse, et apporta quelque soulagement aux souffrances du peuple.

La fin du XVIII e siècle fut aussi calme qu'elle pouvait l'être dans ces tems orageux, et la paix intérieure ne fut raffermie sur des bases solides que par la main puissante de Bonaparte. Le commerce et l'industrie reprirent peu à peu un nouvel essor, et l'administration municipale fut

organiséeavec de nouvelles conditions. Au directoire électif du département on substitua un préfet et un conseilgénéral. Chaque arrondissement, dénomination qui prévalut sur celle de district, fut régi par un sous-préfet et un conseil d'arrondissement. Les mairies furent rétablies et reprirent leur ancien nom. Les juges de paix cessèrent d'être électifs, et leur nombre, dans l'arrondissement de Soissons, fut réduit à six : les justices de paix ont pour chefs-lieux les cantons de Soissons, Braîne, Oulchy-le-Château, Vailly, Vic-sur-Aisne et Villers- Coterets. La loi du 4 mars 1790, qui divisa la France en 83 départemens, subdivisés en districts, classa Braine au rang des chefs-lieux de canton du département de l'Aisne. Ce canton est, après celui de Soissons, le plus important de l'arrondissement, tant en population qu'en superficie territoriale. 11 contient 25,550 hectares, dont 48,600 en terres labourables d'un bon rapport, et le surplus en jardins, prés, vignes, bois et chemins.

Le rétablissement du culte catholique suivit naturellement le retour de l'ordre, et une grande partie du clergé était déjà réintégrée dans ses fonctions sous le Directoire. La plupart des temples non aliénés furent réparés et rendus à leur première destination. L'abbaye Saint-Yved de Braine aurait dû être choisie pour l'église paroissiale de cette ville; mais la caisse municipale n'avait pas les fonds nécessaires pour subvenir aux dépenses énormes que nécessitait la réparation de cet édifice, qui n'avait

plus que quelques vestiges de son ancienne splendeur. On adopta donc pour paroisse la petite église de l'ancien couvent de Notre-Dame, qui seule servit à l'exercice du culte jusqu'en 1837.

Les revenus de la commune ne pouvant suffire aux dépenses annuelles, l'administration municipale se vit dans la nécessité, ainsi que d'autres villes voisines, Soissons, Laon, Château-Thierry, de recourir à l'établissement d'un octroi, afin de rétablir l'équilibre entre les recettes et les dépenses. Cet octroi , voté par délibération du 30 thermidor an XIII, et approuvé par le ministre des finances, fut mis en activité le 1 er novembre 1806.

Depuis le consulat jusqu'à la Gn de l'empire, le canton deBraine ne demeura pas étranger aux glorieux travaux de nos armées. Beaucoup de ses citoyens prirent une part honorable aux périls et aux victoires de nos soldats; plusieurs d'entre eux trouvèrent une mort glorieuse sur le champ de bataille. Braine eut aussi l'insigne honneur de recevoir dans ses murs Napoléon consul et empereur, et témoigna , par de vives acclamations, l'admiration que lui causaient le génie et la gloire de ce grand capitaine. Ce fut près de cette ville, au village de Courcclles, qu'eut lieu la première entrevue de Napoléon et de Marie-Louise d'Autriche, la veille de leur mariage, à la tin de mars 1810. L'empereur résidait à Compiègne,et devait y recevoir Marie-Louise, qui venait de prendre le litre d'impé-

ratrice des Français. Cette princesse quitta Vienne le 29 mars pour se rendre à Compiègne, où l'empereur l'attendait, entouré des membres de sa famille et d'une cour brillante. Napoléon, qui s'était aussi occupé du cérémonial pour l'entrevue fixée par lui, bravant toute étiquette, partit au lieu d'attendre au jour suivant et de se rencontrer avec l'impératrice «dans la tente du milieu, » où la princesse devait s'incliner pour se mettre à ge- » noux, et l'empereur la relever, l'embrasser et s'asseoir • à côté d'elle.» Il partit donc furtivement du palais, accompagné du roi de Naples, dans une simple calèche, sans livrée et sans escorte. La voiture, conduite avec rapidité, se brisa sur la limite des territoires de Braine et de Gourcelles , sans qu'il en résultât cependant aucun accident. L'empereur, privé de moyens de transport , et vêtu de la redingote grise de Wagram , vint à pied jusqu'à Gourcelles , et se mit à l'abri de la pluie sous le porche de l'église. Gomme on attendait l'impératrice, dont la voiture devait relayer, le clergé sortit de l'église pour la recevoir à son passage. Napoléon , touché de cette démonstration , s'approcha d'un des chantres qui faisaient partie du cortège, et le complimenta sur la beauté des chapes dont tous étaient revêtus. Celui-ci , ignorant à qui il parlait, lui répondit qu'ils en avaient de plus belles, mais qu'ils ne les portaient que le jour de la fête de la Vierge. Napoléon répliqua: «Croyez-vous que l'impératrice ne soit pas vierge aussi?» A cet instant, Marie-Louise ar-

riva, l'empereur monta brusquement dans sa voiture, et ils partirent avec rapidité pour Gompiègne. C'est ainsi que se passa V entrevue de Compiègne, que Ton appela la surprise de Courcelles.

Arrivons aux événemens de 1814. Cette année commença au milieu de graves dissensions, et les nouvelles les plus alarmantes arrivaient des divers points de notre frontière. L'invasion des puissances coalisées fit bientôt des progrès en France, et Braine et ses environs souffrirent aussi des désastres qu'elle apporta à sa suite.

Le 13 février, Napoléon étant à Château-Thierry, un fort détachement de cosaques vint faire à Braine sa première apparition, et en repartit immédiatement pour aller attaquer la ville de Soissons, qui fut prise après un siège de quelques heures. Le 15, les troupes étrangères évacuaient déjà Soissons et se dirigeaient sur Heims, en passant par Braine et Fisme. Jusqu'à la fin de février, le Soissonnais fut peu inquiété ; mais, le 2 mars, les Russes et les Prussiens commencèrent à tirer sur Soissons, qui était gardée par une garnison française commandée par le général Moreau. Cet événement pouvait avoir pour Braine des suites funestes; car Napoléon, vainqueur à Champ-Aubert, à Montmirail, à Château- Thierry, à Vauchamps, à Nangis et à Montereau, poursuivait l'armée prussienne, commandée parle maréchal Blucher, qui venait de passer la Marne et qui fuyait en désordre dans la direction de Soissons. Cette armée, qui

avait en face d'elle les remparts de Soissons, à sa gauche les troupes commandées par les ducs de Trévise et de Raguse, et à sa droite l'armée impériale, qui de Château- Thierry s'était portée sur Fismes, se trouvait cernée de toutes parts, et devait rencontrer une destruction certaine sur les bords de l'Aisne. Ce résultat paraissait inévitable, par suite des dispositions prises par l'empereur, et devait changer la face des événemens; car les ennemis, baitus sur tous les points, n'auraient eu de ressource que dans une prompte retraite. Mais, tandis que l'armée française, enthousiasmée, désirait avec ardeur en venir aux mains et anéantir l'ennemi, le général Morcau, soit par crainte de ne pouvoir soutenir un assaut général, soit pour tout autre motif qu'il ne nous appartient pas de juger ici, consentit à une capitulation après avoir reçu les parlementaires étrangers. Pendant que les alliés prenaient possession de Soissons, le corps d'armée commandé par Bluchcr se trouvait de plus en plus compromis, et le gros de ses troupes gagnait avec précipitation Braine et Fismes par les chemins de traverse, pour aller gagner le pont de Berry-au-Bac. Napoléon se diri- ' géant sur les mêmes endroits avec son avant-garde, qu'il commandait en personne, arrivait sur lui pour le refouler sur Soissons; Blucher allait se trouver ainsi enfermé entre l'armée impériale, la ville de Soissons et la rivière d'Aisne, lorsqu'il reçut la nouvelle de l'événement si fatal pour la France. Echappé ainsi au péril certain où le

1IIST01RK DE BRAINE

désavantage de sa position l'avait placé, il se replia immédiatement sur Soissons.

Le 4 mars au matin, l'empereur apprit à Fismes la reddition de Soissons, au moment même où il croyait fixer la victoire et sauver l'empire. Cette nouvelle inattendue fut pour lui le coup le plu3 terrible de sa vie.

Le même jour (4 mars), dans la matinée, un convoi considérable de caissons et de chariots russes qui n'avaient pu traverser l'Aisne, arrive de Soissons à B raine, et y est rencontré par un détachement de cavalerie de la garde, envoyé de Fismes en éclaireur. Un combat s'engagea dans les rues de Braine, et les cris de : « Aux armes! voilà l'empereur! » mirent sur pied les habitans, qui s'armèrent et vinrent au secours de nos soldats, inférieurs en nombre aux Russes. Ce renfort instantané mit en fuite une partie des soldats étrangers , qui laissèrent des prisonniers, des blessés et un butin considérable en notre pouvoir.

Ce combat acharné coûta la vie à une dixaine de courageux Brainois, et le soir même de cette journée, dont le succès fut de peu de durée, les Russes, maîtres de Soissons , avertis par ceux des leurs qui avaient été vaincus à Braine, reparurent en force et menaçans devant cette ville. A leur approche, nos soldats, trop faibles pour résister à cette nouvelle attaque, battirent en retraite en se dirigeant sur Fismes; les habitans, qui avaient tout à craindre d'un ennemi vainqueur, et qui avait à venger

sur eux une première défaite, n'eurent d'autre chance de salut que dans une fuite précipitée : favorisés par la nuit, ils se répandirent dans les villages et dans les bois environnans, entraînant les vieillards et les enfans avec eux. Braine, abandonnée par ses habilans, fut saccagée par les ennemis, et livrée au pillage pendant douze heures.

Napoléon, se voyant enlever le fruit de ses admirables combinaisons, essaya, avant de reprendre l'offensive, de retarder le mouvement de l'ennemi et de reprendre l'avantage par une prodigieuse célérité. Le 5 au matin, l'aile droite de l'armée française enleva Reims; la gauche, commandée par les maréchaux Marmont et Mortier, fondit en masse sur Soissons, et le centre vint occuper Braine en chassant impétueusement les Russes, qui se réfugièrent sur la rive droite de l'Aisne. Malgré les pertes énormes que les Brainois avaient faites, ils reçurent les troupes françaises avec enthousiasme et patriotisme. Leurs premiers soins furent de faire de nombreuses réquisitions nécessaires à la subsistance de nos soldats.

Le 7 mars, Soissons, évacué par les ennemis, resta au pouvoir de l'armée française, et pendant près de quinze jours, Braine fut délivrée de la présence des Russes. Mais le fléau de la guerre, à peine éloigné, revint de nouveau s'appesantir sur les malheureux habilans de Braine et des villages voisins. L'armée française, dirigée vers Paris et Fontainebleau, laissa le champ libre aux hordes

ennemies, qui s'en emparèrent immédiatement. Le corps d'armée russe , commandé par le général Sacken , passa à Braine et y séjourna; les Prussiens, arrêtés dans leur marche vers la capitale par le siège de Soissons, soutenu avec un courage héroïque par le brave commandant Gérard, se répandirent dans tout le Soissonnais, s'établirent surtout en grand nombre à Braine et aux alentours, où ils restèrent, pillant et saccageant, jusqu'au jour de la capitulation de Paris, qui fut signée le 31 mars.

Pendant ce dernier séjour des ennemis à Braine, les habitans qui n'avaient pu prendre la fuite furent livrés à toutes les horreurs de la guerre : la plupart, craignant avec raison la vengeance de l'ennemi, suscitée par l'échauffourée du 4 mars, quittèrent de nouveau la ville, manquant de tout et réduits au plus affreux dénûment, pour se réfugier, les uns dans les bois et dans les carrières; les autres dans les villages voisins, notamment à Limé, où ils reçurent une généreuse hospitalité. Une pauvre femme que son grand âge avait forcé de rester dans la ville, eut à endurer les plus cruels supplices : ivant de la faire mourir, ses bourreaux eurent l'atroce barbarie de lui brûler les pieds et d'autres parties du corps; d'autres femmes plus jeunes eurent aussi à endurer des outrages de la dernière violence, et que notre plume se refuse à retracer. Ces violences étaient, du reste , à redouter de la part d'ennemis qui prenaient avec

ET I>E SES E.NVIROXS

usure la revanche de ce qu'ils avaienl souffert à l'époque où Napoléon avait conduit ses armées triomphantes à travers l'Europe.

Après ces malheurs publics, Braine put enfin respirer; le traité de Fontainebleau, qui renfermait l'abdication de l'empereur, ayant été signé le 11 avril 4814, ramena la paix en France et rétablit les Bourbons sur le trône do leurs ancêtres. Les habitans de Braine conservèrent leurs sympathies pour celle glorieuse infortune à jamais mémorable, mais ils surent d'autant mieux apprécier les avantages de la paix qu'ils venaient de supporter les calamités d'une guerre désastreuse. Grâce à leur énergie et à leurs laborieux efforts, ils eurent bientôt réparé, du moins en grande partie, les pertes que leur avait causées l'invasion ennemie.

Tout n'était pas fini cependant. Le retour de Napoléon eu France au mois de mars 1815, la fuite de Louis XV11I et les funestes événemens de Waterloo, ramenèrent à Braine les hordes étrangères; mais cette fois leur présence fut pacifique, quoiqu'il fallut pendant plusieurs mois les avoir en cantonnement, leur fournir des vivres et souffrir des réquisitions de toute nature. La France put voir alors combien le joug de l'étranger était pesant , et ce qu'il lui en coûtait pour satisfaire aux exigences du vainqueur. Aussi est-il à désirer pour elle que les hommes qui la gouvernent aujourd'hui mettent en usage tous les moyens honorables pour éviter une nouvelle invasion,

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dont les effets seraient peut-être encore plus désastreux.

La paix étant définitivement rétablie par le second retour de Louis XVill , on s'occupa de fonder divers établissemens nécessaires aux besoins du commerce et de Vagriculture. B rai ne fut choisie pour former un dépôt royal d'étalons. Nous extrayons à ce sujet un passade de la Statistique du département de f Aisne» publiée par M. J.-B.-L. Brayer :

« Indépendamment des réquisitions de chevaux dont » le département de l'Aisne fut plus particulièrement » frappé dans les premières guerres de la révolution, » tout avait contribué à y faire dégénérer l'espèce. Le » dépôt d'Abbeville envoya, à la vérité, pendant quel- » ques années, un petit nombre d'étalons; mais le niai » était trop grand pour être réparé par d'aussi faibles res- • sources. 11 fallait recourir à des moyens plus efficaces. » Dès l'année 1811 , l'administration avait déjà songé à » former un établissement propre à satisfaire aux be- » soins de l'agriculture. La ville de Ghauny, située au » centre de vastes prairies, avait d'abord été indiquée » pour l'emplacement d'un dépôt d'étalons; mais ce pro- » jet fut écarté, et tout se réunit en faveur de Braine, si- » tuée sur les bords de la Vesle, et traversée par la route » de Paris à Reims. En 4814 et dépuis, le conseil-géné- » ral renouvela le vœu qu'il avait émis dans ses sessions » précédentes, et obtint enfin du gouvernement l'impor-

ET DR SES EN V Ut ON S.

» tant établissement pour lequel il n'a cessé de faire des » sacrifices. »

Ce dépôt royal d'étalons est construit sur l'emplacement des bâtimens du couvent des religieuses bénédictines de Notre-Dame, devenus depuis l'époque de la révolution propriété de l'état. 11 est destiné à desservir les départemens de l'Aisne et des Antennes , et la partie de celui du Nord qui est à la droite de l'Escaut; il est classé , d'après l'ordonnance du 16 janvier 1825, dans la circonscription du deuxième arrondissement , qui comprend les départemens du Pas-de-Calais, du Nord, de l'Oise , des Ardennes, de Seine-et-Oise , de Seine-et-Marne, de la Marne, de la Haute-Marne et de l'Yonne. Ce local, composé de bâtimens pour loger les employés supérieurs et les palefreniers, de belles écuries et d'un superbe manège couvert, a été organisé pour recevoir cinquante étalons.

L'histoire de Braine, devenue peu féconde en ces derniers tems, nous laisse peu de faits dignes de remarque. Cependant, à la mort de Louis XV1U, Charles X, en montant sur le trône, voulut suivre l'exemple de ses aïeux, qui avaient la coutume d'aller se faire sacrer à Reims au commencement de leur règne. Après d'immenses préparatifs, il se rendit dans celte ville, où la cérémonie de son sacre fut célébrée avec pompe le 21) mai 1825, dans l'antique et magnifique basilique, une des plus belles gloires monumentales de Ja Fi ance. Le 28,

Charles X, suivi d'une partie de sa brillante cour, passa à Braine, où une foule considérable, venue de tous les environs, s'était rassemblée, curieuse de voir un souverain qui, jusque-là, s'était fait aimer par ses manières affables et chevaleresques. Le jour du sacre fut marqué à Braine par un événement bien déplorable. Un violent incendie, dû à l'imprudence des palefreniers, qui avaient fait de nombreuses libations pour fêter le sacre du roi , consuma les écuries où étaient renfermés vingt magnifiques chevaux destinés à relayer les voitures royales; plusieurs bâtimens adjacens furent aussi la proie des flammes. Le roi , louché de ce désastre , accorda au propriétaire des bâtimens incendiés une généreuse indemnité. Cette année fut aussi marquée par une forte récolte en vins d'une qualité supérieure. Aussi Pappela-t-on, par antonomase, l'année de Charles X. ta

En 1827, l'administration municipale de Braine, dans sa sollicitude, songea à faire reconstruire la vieille halle, couverte en tuiles, qui datait du moyen-âge et exigeait de nombreuses réparations. Les gros piliers ronds bâtis en pierres de taille furent remplacés* par une construction moderne couverte en ardoises. Cette nouvelle halle, élevée sur des proportions restreintes à cause de la pénurie de la caisse municipale, fut terminée en 1828.

C'est aussi cette même année, le 8 mai 1828, que fut posée la première pierre du rétablissement de l'église

KT DE SES ENV1KOISS.

Saint-Yved. Mais la révolution de juillet en interrompit les travaux, qui furent repris en 4832.

Les événemens de 1830 furent accueillis à Braine avec un vif enthousiasme. On organisa une garde nationale qui, de concert avec l'autorité municipale, donna des fêtes en réjouissance de l'avènement du nouveau gouvernement.

La libéralité d'un des principaux babitans de Braine vint améliorer la position financière de cette ville. M.Jean Denis Bai lieux , ancien procureur au Châtelet de Paris, qui habitait Braine depuis près de trente-cinq ans, et qui y mourut le 11 février 1831 , laissa, par testament olographe, aux pauvres de Braine, une rente de 800 fr. sur l'état, et institua la commune sa légataire universelle. Ce legs rapporta à la ville de Braine près de 100,000 fr. , qui lui permirent de faire des dépenses considérables, tant pour l'acquisition et l'appropriation de ses écoles que pour la réparation des chemins et bâtimens communaux; dépenses qui, sans cette heureuse circonstance, n'eussent pas été possibles. Pour perpétuer le souvenir de ce bienfait , on éleva un mausolée à la mémoire du défunt, et le conseil municipal décida que la rue des Juifs, qu'habitait l'honorable et digne testateur, porterait à l'avenir le nom de rue Bailleux.

En 1836, un intelligent etestimable négociant, M. Loth, fonda à Braine une manufacture de sucre de betteraves. Cette fabrique est en activité depuis celle époque, et

a l'avantage de procurer des travaux continuels à la classe ouvrière. 11 est à regretter que d'autres négocians ne mettent pas à profit l'heureuse situation de Braine pour y construire des filatures ou autres établissemens industriels qui pourraient y trouver de grands avantages.

11 y a dans le canton de Braine, où le terrain est souvent argileux, plusieurs tuileries, briqueteries et fabriques de carreaux. On y rencontre aussi plusieurs exploitations de terres pyriteuses et alumineuses destinées à l'engrais. Ces matières, connues sous le nom de cendres noires , sont employées en agriculture comme engrais stimulans pour la culture. Cette substance fut découverte dans le département de l'Aisne en 1752, lorsqu'on était à la recherche d'une mine de charbon de terre, près de Noyon. On découvrit, à une profondeur d'environ vingt pieds, un banc d'une terre couleur brun-foncé. Cette matière, déposée en tas près du trou , et exposée au contact de l'air, se consuma vingt à trente jours après son extraction, et se réduisit en cendres. L'analyse de cette substance minérale démontra qu'elle renfermait des matières pyriteuses, bitumineuses, inflammables, dont les effets pouvaient favoriser avec succès la végétation. Quand on fut convaincu des avantages que l'agriculture retirerait de cette découverte pour l'engrais de certaines espèces de plantes, menus grains, lentilles, vesces, hivernaches, etc., et pour celui des prés natu-

rels et artificiels, on obtint facilement du gouvernement des concessions pour l'exploitation de ces mines. Dès qu'on fut certain de rencontrer ailleurs des substances de même nature , on sollicita encore de nouvelles, concessions.

Lorsque les terres pyriteuses, ou cendres noires, sont extraites , on les prépare , on les affine et on les réduit en poudre. L'usage de ces cendres, propres k rendre les récoltes plus abondantes , convient aux terres fortes et aux terres froides, où elles opèrent un effet extraordinaire. La manière de les semer est si variée dans les lieux où on en fait usage, qu'il est impossible de prescrire aucune règle à cet égard. On les sème ordinairement de la même manière sur les vesces, pois gris, bisailles, etc. ; après avoir semé et enfoui ces graines, on répand les cendres, qu'on laisse à la surface 4e la terre. 11 est cependant des cultivateurs qui, après les avoir semées, les hersent pour les enfouir avec le grain. Cette seconde méthode peut se pratiquer pour le jarrot, les lentilles et les hivernaches; mais on préfère le premier procédé , qui , par son opération, échauffe la surface de la terre, que l'effet de la pluie et du soleil dilate, et, par ce moyen, le sel de cet engrais pénètre jusqu'à la racine du grain. Ces cendres, répandues sur les prés naturels, produisent un effet beaucoup moins puissant que sur les prés artificiels, tels que trèfle, sainfoin et luzerne. C'est ordinairement à l'entrée du printems, ou plutôt dès que les gelées ces-

sent, qu'on sème les cendres sur les prairies naturelles et artificielles. Le cultivateur ne doit les employer qu'avec un certain discernement; car si on les répajid trop lardon saison sur les trèfles, les sainfoins ou les luzernes, et qu'il survienne des hâles ou sécheresses, elles brûlent et ne produisent aucun effet. Si, au contraire, elles sont détrempées par la pluie, on en obtient généralement de grands avantages. II faut surtout, avant d'employer ces cendres, qu'elles aient été soumises au contact de l'air et aux rayons du soleil, afin de mettre en action les sels qu'elles renferment.

Le froment est la principale production du canton de Braine; mais il faut y ajouter le haricot, objet d'une culture importante, surtout à Vasscny, Courcelles et Limé. La vigne y est généralement cultivée. On récoltait autrefois des noix en grande quantité , achetées presqu'en totalité par des blatiers qui les expédient sur la Flandre, la Picardie, et souvent même sur Paris. Les arbres fruitiers sont à peu près de la même espèce que ceux des environs de Paris; cependant les fruits y sont moins précoces. Des plantations considérables, faites depuis plusieurs années sur le bord des routes, des chemins vicinaux, des chemins de traverse et dans tous les terrains incultes, ombragent actuellement le sol et le rendent très-pittoresque. Presque la moitié du beau parc de Braine vient d'être déboisée et rendue propre à la culture. Il en fut de même du rianl coleau dominé par le vieux château de la Folie. Enfin

ET DE SES ENVUIONS

une grande quantité de terrains sablonneux et incultes, comprenant les plaines de Ciry, de Chasse my, Presles, et le chemin qui conduit de Braine à Vailly, ont été défrichés et rendus à la culture depuis la nouvelle législation. Ces plantations et ces défrichemens, quoique imparfaits , ont considérablement augmenté la valeur du sol, grâce aux grands propriétaires, qui ont donné lieu à des expériences fructueuses. D'un autre côté, de grands avantages furent aussi obtenus par le morcellement des biens, dont beaucoup de cultivateurs sont devenus propriétaires par parties ; cependant il reste encore à faire, dans les autres branches de l'économie rurale, des améliorations essentielles. Nous voulons parler du dessèchement des marais. 11 serait bon d'autoriser les maires, de les engager au besoin, à relever les anciens fossés qui entourent ces marais, à en creuser de nouveaux pour faciliter l'écoulement des eaux et la végétation des arbres que l'on pourrait planter sur le revers des fossés. Le rétablissement d'une partie des chemins vicinaux et de communication, si utiles à l'agriculture, n'est pas moins digne d'attention. Le besoin s'en fait sentir dans ce pays, où de grandes cultures sont exécutées, et dont trois superbes vallées, arrosées par l'Aisne, la Vesle, la petite rivière qui vient de Loupeignes, sont entourées de montagnes qui concourent à embellir cette pittoresque contrée.

Parmi ces importantes améliorations, là navigation de la Vesle mérite de notre part une mention particulière.

Cette rivière, pour la navigation de laquelle on avait autrefois exécuté de grands travaux ( Voyez Ghap. XXIX), a encore été depuis Pobjet d'études sérieuses pour arriver à ce but. Les projets de canalisation soumis à l'examen de l'autorité nécessitaient sans doute beaucoup de sacrifices et rencontraient de graves obstacles; cependant ces projets, d'une haute importance pour tout le pays que la Vesle traverse, ne sont pas insurmontables, et il est à regretter qu'ils n'aient pas été mis à exécution. Si, avec l'aide du gouvernement, et au moyen d'une souscription, il était possible de rendre cette voie propre au commerce de transit, l'industrie manufacturière des pays riverains en obtiendrait de grands résultats, et ce serait aussi un moyen efficace de développer les productions agricoles. La Vesle baigne Reims, ville trèscommerçante, et vient se jeter dans l'Aisne à Gondé, près Vailly, en traversant les villes de Jonchery, Fismes et Braine. Cette ligne de navigation n'offriraitelle pas à ces contrées, par la modicité du prix de transport, des débouchés qui activeraient encore la fabrication et rendrait plus facile la vente des produits agricoles? D'un autre côté, on pourrait objecter que les projets de chemins de fer menaçant de parcourir cette ligne pourraient faire une grande concurrence à celte voie de navigation , et même la suppléer; mais si les chemins de fer offrent une économie considérable sous le rapport de la circulation des marchandises, les canaux ne réalisent-

ils pas aussi une économie incontestable d'argent plus grande par ses résultats? Du reste, ce rapprochement des voies de fer et des transports par eau constituerait un concours de circonstances favorables au développement de la circulation , en anéantissant l'espèce de monopole qui pourrait exister si l'une des deux voies n'était pas en concurrence avec l'autre. Nous regrettons que ces projets, dont il n'est plus question maintenant, n'aient pas été mis à exécution ; et nous désirons ardemment que le pays attire l'attention des chambres sur un point si important de sa prospérité future.

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