CHAPITRE VI
Établissement du Ckriatianiimie daim le
eIhjis la mort de Jésus-Christ, la prédication de l'Evangile faisait faire des progrès à la religion chrétienne, progrès qui furent souvent étouffés par la persécution. Ce ne lut que vers le milieu du III e siècle que la doctrine de Jésus-Christ fut établie dans le Soissonnais.
Crépin et Crépinien, illustres personnages animés d'un zèle ardent pour les principes de l'Evangile, résolurent de venir d'Italie pour les propager dans le Soissonnais. Cette époque était très-fatale aux chrétiens. Maximien Hercule, qui était alors empereur des Romains, avait or-
îllSTOUiE DE BhAINE
donné une persécution cruelle contre les néophytes de Jésus-Christ , et afin que son édit fût exécuté plus fidèlement, il tit un voyage dans les Gaules, et passa à Soissons.
Crépin et Crépinien, dont les succès étaient naissans, sentirent que les faibles germes de la foi qu'ils avaient déjà jetés allaient être anéantis , s'ils tombaient euxmêmes sous les coups du barbare persécuteur. Bien que leur zèle fût assez grand pour braver la mort, ils crurent cependant que l'intérêt de leur mission exigeait qu'ils gardassent l'incognito , du moins pour quelque tems.
Ces saints hommes exercèrent le simple métier de cordonnier, étal qui leur procurait le moyen de vivre sans éclat, et leur permettait de répandre les lumières de la religion chez les personnes avec lesquelles ils communiquaient. Malgré leurs précautions, et le petit nombre de prosélytes qu'ils avaient faits, ils n'échappèrent pas à la surveillance active des magistrats. Maximien, qui était encore à Soissons, les ht venir devant lui , et , soit par exhortation, soit par menace, il voulut les faire renoncer à la doctrine de Jésus-Christ et les forcer à reconnaître les dieux païens.
Ces deux héros de la foi résistèrent à ces infûmes tyrannies, et se montrèrent inébranlables. L'empereur les livra à la férocité du préfet des Gaules, Riccius Varus, qui les fit mettre à mort près de In ville de Soissons.
Pendant que ces deux martyrs oxpiaiVnl dans les tor-
ET DE SES L.NYIKOiNS.
lures leur dévouement et leur zèle pour la doctrine de l'Evangile, deux de leurs collègues, Rufin et Valère, cherchaient, comme eux, à propager, dans une autre partie du Soissonnais , la foi chrétienne et la morale de Jésus-Christ. Ils étaient intendans des greniers du fisc et des granges du domaine impérial , qui existaient à Basoche, village situé entre Fisme et Braine, et dont nous aurons occasion de parler dans la suite de cette histoire.
Leur zèle et leur ardeur pour la religion du vrai Dieu étant parvenus jusqu'à la connaissance du persécuteur Varus, celui-ci ordonna qu'on les lui amenât. A cette nouvelle, ils se cachèrent dans une caverne située près de la chaussée romaine, où ils furent découverts, et de là conduits devant leur juge implacable, qui employa tout pour les faire renoncer à leur religion. Ces hommes inébranlables tirent connaître qu'ils étaient au dessus des souffrances qu'on voulait leur faire endurer, et ils confessèrent hautement, et avec un courage héroïque, qu'ils étaient chrétiens.
A cette déclaration, on les chargea de chaînes et on les conduisit en prison. Le lendemain, ils furent mis à la question; on les attacha sur un chevalet ; on déchira leur corps à coups de fouet, et, après tous ces tourmens, on les condamna à être décapités. Leur exécution eut lieu sur la place du château de Basoche, près d'un souterrain dont on vil long-lems les traces. Après le supplice, les
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ennemis du christianisme s'emparèrent des corps de leurs victimes , et les jetèrent dans un cloaque qui existait dans le château de Basoche. Pendant la nuit, les fidèles enlevèrent ces corps des égoûts, et les firent enterrer honorablement.
Le martyr de ces saints eut lieu le 30 juin 287 ou 289, à peu près en même tems que celui de leurs collègues saint Crépin vt sainl Crépinien.
Ces quatre héros de la loi eurent des disciples même après leur mort. Leur sang répandu fut comme une semence jetée en terre dans un tems opportun, et qui produit le centuple. Parmi les personnes qui connurent leur mort, un grand nombre voulut en connaître les motifs, cl chercha à se pénétrer du principe de cette religion qui inspirait le courage de braver les tortures et la mort.
C'est ainsi que les premières bases de la religion chrétienne se répandirent et furent admirées; mais l'œuvre n'était encore qu'ébauchée. Ces martyrs, n'étant pas ordonnés prêtres, ne purent conférer cette dignité à personne. La doctrine de Jésus-Christ était donc dénuée d'apôtres , et ne pouvait ainsi se répandre que très-lentement et très-imparfaitement. Les néophytes, peu instruits, d'ailleurs, n'avaient pas assez de zèle et de courage pour braver la persécution de leurs ennemis. On sait qu'il y eut encore dans le Soissonnais d'autres martyrs de PE.vangjle; mais leurs noms nous sont restés inconnus.
ET l»K SES ENVIRONS.
Malgré le départ de Maximien et la mort du féroce Riccius Varus, les premières sociétés chrétiennes ne se formèrent cependant pas sans dangers ni sans difficultés. Les tidèles se réunissaient pendant la nuit dans des souterrains, quelquefois dans des cimetières, et de la tombe d'un père ou d'un frère, ils faisaient un autel. Malgré tous ces obstacles, le christianisme faisait de jour en jour des progrès, et c'est de l'année 291 que date son établissement dans le Soissonnais. Ce fui alors que les missionnaires Sixte et Sinice furent envoyés par le pape dans la Belgique pour y cultiver les dogmes de la religion chrétienne que de saints martyrs avaient déjà semés. Ces deux confesseurs, dont le premier était évôque et l'autre prêtre, s'arrêtèrent d'abord à Reims, où ils échouèrent dans leurs bienveillantes tentatives; de là, ils vinrent à Soissons, et y furent mieux accueillis. Le courageux Sixte, qui fut le premier évêque de cette ville, ne se rebuta point. Voyant que la religion chrétienne prenait racine dans le Soissonnais, il y laissa Sinice, son compagnon, et retourna à Reims, où il parvint, cette fois, à former une église dont il fut le premier pasteur.
Dioclétien et Maximien avaient abdiqué. Constance Chlore était César de la Gaule et de la Bretagne. Son fils, Constantin, qui était à la cour de Galérius, en Orient, ayant appris que son père était malade, vint à York, où il le trouva mort. 11 fut reconnu César à sa place. C'est à partir de cette époque que les chrétiens, loin d'être pcr-
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sécutés, furent favorisés par ce prince, et la religion de Jésus-Christ eut alors les mêmes circonscriptions épiseopales «que celles du gouvernement civil. Chaque cité forma un diocèse; et, de même que Reims était la métropole de l'administration civile, de même Tévêquede cette ville fut révêque métropolitain de la Gaule belgique.