LIVRE SEPTIÈME. Ja
pcmr màrcher au secours d'an priitee qui Favait
accueilli lui-même dans ses disgrâces, et pouf empédher là France de s'agrandir par la conquété tl une province si importante.
Charles envoyé en Angleterre, une ambassade chargée d'exposer au roi que rinvasion de la Bretagne avait été occasionée par la' nécessité de poursuivre et de réprimer la révolte d'un prince du saug; que les véritables agresseurs étaient ceux qui favorisaient cette révolte; que cette guerre de la part de la France ne pouvait être considérée qué comme une guerre défensive ; et qu'il osait espérer qu'un prince, qu'il avait aidé à reconquérir ses états, n'entreprendrait point, eu favorisant la rébellion et l'injustice, de l'enipéchélr de faiiis ce qui était indispensable pour conserver les siens. Les ambassadeurs, pour écarter tout soupçon du dessein de retenir la Bre-^ tagne, affectèrent de parler du prochain mariage de leur maître avec la fille de Maximilien, et de ses projets sur Tltalie.
Le roi d'Angleterre répondit par des protestations d'amitié et par l'offre de sa médiation , en ajoutant que, si Charles consentait à terminer ce différent par la négociation, il y trouverait le double avantage d'épargner le sang de ses sujets, et de ne pas exciter la jalousie ou l'inquiétude de ses voisins. Henri n'était pas si peu pénétraiU ni
t%6 HISTOIRE M BS STAGNE.
&i mal informé, qu!il ne comprit les véritables des* seins de Charles ; mais , quoiqu'il ne pensât pas à faire la guerre à la France, il sentait tout le parti qu'il y avait à tirer de la seule démonstraticm de la vouloir. La guerre pouvait le ruiner; mais ce n'était pas la guerre qu'il voulait, c'étaient les tributs de ses peuples.
La cour de Fkance n'eut garde de refuser la médiation : elle eut même soin de dire qu elle consentirait à prendre Henri pour arbitre; et elle trouva bon que l'ambassadeur de ce prince se ren» ' dît auprès de François II et du duc d'Orléans, pour leur proposer de rentrer dans la soumission , bien persuadée que cette négociation serait sans succès. En effet, lorsque ce ministre arriva en Bretagne, Fesprit du duc était tellement affaibli , qu'il ne donnait pas même sa signature. On avait déclaré publiquement qu'elle serait remplacée par une griffe (i). Toutes les affsdres étaient conduites par Louis d'Orléans. Ce fut celui - ci qui donna au-
(i) Lettres du duc Ftançois, par lesquelles il déclare avoir fait imprimer son sein^, contenant son nom, pour signer les lettres qui doivent être signées de sa main , comme si elk;s étoienl signées ^e sa propre nmn, l'appositioD du seing do contrôlenr- général Ckiyon Bidiard, de M. GmUaume de Guignon, ses secrétaires. Datées du G mai i4^^* ( Archive^ de rïanteS) amoire N , cassette H. )
dienoe à l'ambassadettr^ Il rejeta , comiiie la cour
de France l'avait prévu, toute proposition d'ac* commodemeiit ; et, après avoir rappelé les obUgar ûms que Henri avait au duc, il s'étonna qu'un Fûi aussi reaouuué par sa» prudeu€e , . put voir, sans inquiétude pour sa propre sûreté, la France prête à envahir un état, qui toujours avait été rallié fidèle de l'Angleterre, un pays qui oiErait une si grande étendue de côtes et des ports si importants. Ce langage était étrange , sans doute , dans un prince du sang, héritier présomptif de la couronne de France, Telles sont les coupables er* reurs où l'on se laisse entraîner par une première &ute, quand ou a eu ie malheur de séparer ses intérêts de ceux de sa patrie. Cette réponse autorisa Charles à pousser la guerre avec vigueur, tout en protestant qu'il n'imiterait point la con* duite du duc de Bretagne, et qu il serait toujours prêt à accepter la médiation et l'arbitrage du un Henri.
Celui-d ne pouvait guère se déclarer contre un
prince qui montrait tant de confiance et de modération ; mais un seigneur anglais , nommé le baron de Woodville , oncle de la reine , demanda la permission de lever sous main un corps de volontaires, pour l'envoyer au secours du duc. On ne dit pas positivement si le roi refusa cette autorisation, ou s'il fit seulement semblant de la
refuser : ce qu'il y a de certain , c'est qu ostensi-* blement il défendit cette levée de troupes , et que c^euclant elle eut lieu. VVoodville passa en Bretagne à la téte de quatre cents hommes, et b cour de France, fort irritée , se contenta d'une déclaration par laquelle l'Angleterre désavouait cet ar* mement.
Les Anglais ne pouvaient voir sans jalousie Tambition de Charles et l'agrandissement pifobable de la France. Leur roi voulait profiter de leurs dispositions pour en tirer des subsides; mais après les avoir obtenus, il désirait les retenir et non les dépenser; pour cela, il Êdlait avoir Tair de se préparer à ia guerre , et en différer la déclaration jusqu^à ce que les autres ennemis de la France l'eussent arrêtée dans ses conquêtes, ou que les événements eussent amené la possibilité d'uû traité de paix. On comptait sur la résistance de la Bretagne , sur le roi des Romains, sur le parti que le duc d'Orléans avait en France, sur la répugnance que les généraux de l'armée du roi devaient éprouver à combattre vivement Théritier présomptif de la couronne : mais , connue le fait observer le grand homme d'état dont j'analyse ici la narration , ces combinaisons étaient des subtilités. Il y a dans les grandes af&ires une sorte de roulLur, qui ne se plie point à toutes ces petites finesses. Les ruses les plus déliées y réussissent
LIYRK SEPTiàME.
icarement^ parce qu'il ne s'agit pas de jouer avec
les obstacles, mais de les renverser et d'aller droit
au but
L'évéoement justifia cette réflexion. Le roi assembla son parlement, fk exposer par son daan-' celi^ l'état des afiaires de la Bretagne ; et, en consultant cette assemblée sur la question de la guerre, le ministre ménagea ses expressions de manière à insinuer que le prince désirait qu on la lui conseiUât. Le parlement, porté à embrasser la cause du duc de Bretagne, ioarnit au roi tous les subsides nécessaires. Mais on arma avec lenteur; et au lieu de faire partir des troupes, ce fut nne ambassade qu'on envoya au.roi de France,^ pour lui faire connaître la détermiliation de l'Angleterre, en lui oiïrant encore la médiation de Henri.
Pendant ce temps-là, Charles s était avancé en personne jusqu'à Ancenis , dans la confiance que Nantes ne tarderait pas à ouvrir ses portes. I^e siège était dirigé par Louis de LaTremouille» La place, défendue par le duc (rOrléans et le prince d'Orange ^ soutint les attaques pendant près de deux mois. La présence du duc François et de sa famille animait les habitants. Les batteries des assiégeants le forcèrent de quitter le château et de venir se loger au ceutre de la viHe. Il fit le vœu d'en envoyer le plan en relief à Notre-Dame
l3o HISTOmB U£ BHBTAi^HK.
de l'Annanciade de Florence, si, par la protection de la Vierge , cette capitale échappait aux efforts des assiégeants. U publia une amnistie en fianreuFt des gentilshommes qui se délaokef^nt ^ de 'la confédér ation^ fit arrêter la comtesse de Lttval etl'é¥è(|ae de Nantes^ comme coh'vaiciciia d'intelligence avecJes Français, et appela du secours de toutes parts* Giorq cents bourgeoîs d^
Giiérande , portant des croix noires sur leurs habite^ travessèrent la^ Loire à la vue des assiégeants, culbutèrent quelques-uns de leurs postes et se jetèrent dans^ la place. I^e comte de Dunois, qiu en.était soHi po«r aller dkercher dil^ seoôuH ça.Angl^rre, et- que la teu^éte avait rejeté qnÉtr&£bis>en Bvetagne , se tmiadt eâdfé dffns les environs de Saint -Malo, lorsque quinze cents Allemands, envoyés par le roi des Romains, abordèrent sur cette côte. U se mit à leur téte, et les oomluisit avec tant d'habifeté et de bonhei»^
que, traversant toute la province du nord au midi., ralliant sur la route un grand ^nombre de paysans (i) , il pénétra jusqu'à Nantes, où l'ar-
(i) Mézerai dit soixante mille; Denis Sauvage, doqnante mille; Jaligny, cinq ou six mille. Montfaucon a adopté cette
dernière évaluation ( Monuments de la monarchie française, t. IV, p. i3 ); les deux autres lui paraissent peu vraisemblables.
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mée de ce.renfort ramena la sécuritéi ImTrm^
çais, désespérant du succès de leur cntrieprise^ l^vèiient le siège. U aîvait duré depuis le 19 juin
jusqu'au 6 août ( 1487 ). • . *î> <%.
JLe aire d'Albtret acaourail aussi au^ecoursde
la place avec trois ou quatre mille Gasc^ôns ; mai» iLfufc atlaqué eomme U «traversait le limcMwn y et obligé de capituler. * * • î • ,
.1 Xja TreœouiUe » quittant les bords de la Loire.^ maroh^'^era le nord par Aurai, Vitaié etSrinl^ Aiibin-dunGoriuier(i ). Xt'ocwpatiou de ces places ne/ réparait, qp» £nkiei»eni.i'écbec que Farmée duiXioi venait d'éprouvQr devant Nautes4 Les dé-, ftstatimis oceasionées pari la guerre*' nandirenl^ odieux ceux à qui on imputait ce jQéitU) c'est-àr diréi, el-:les:gentilshotniiie9 hretoos qui étaient dans Falliance du roi , et les priniGesj français qui airain ;deinandé un asUe au dua'>Jlf^^iyyUt*à. e^ C0àter> la me k Louis dlOriéa«s et mjt cotnte de Dunoi»^ qui se Yùrenik iinvestis daas^e; .cl»àtmu da Hante» paPfùne popidaee Horieuse et par^destaol^ dat$ séditieux. Le tocsin sonnait dans la yiUe : on traînait des. canons devant le château ; 09 y0^\% en forcf>r les pprtes; €it, malgré la pié^pee du duc» bn «aurait massacré ses hôtes, siJeurJbdiim»
(i) Actes de Bretagne , t. m , p. 556.
r3ai HISTOIRE DE liRKTAGNE.
contenance et le désordre qui rêvait dans cette
multitude ne les eussent sauvés (i).
Cette première campagne se termina par un succès d'intrigue. Ijescuii eut I adresse de ramener encore une fois le maréchal de Rîeux au parti du duc (2). Le baron d'Avaugour, voyant ses terres dévastées par les Français, ses alliés, rentra dans la fidélité qu'il devait h son pèire; et Alain d'Albret, plus heureux dans sa seconde tentative que dans la première , parut enfin e» Bretagne y à la téte de quatre mille hommes qu'il avait amenés par mer. Aussitôt il rédama Texéçutioli de la promesse déposée entre les mains de sa sœur, et qui lui assurait la possession de la princesse Anne. Soit que cette enfant, alors âgée de dix ans, témoignât quelque répugnance à ce mariage, sôit que des propositions venant de plus haut fissent dédaigner cet engagement , on .en éluda l'exécution , et la cour de Bretagne prêta l'oreille à la demande de l'archiduc Maximilien, roi des Romains, qui se présentait pour épouser la princesse, dans l'espoir d'enlever la Bretagne à la France.
Cet autre prétendant était un homme de vingtneuf ans , d^nne taille gigantesque , fort bravé
(1) Actes de Bretagne, t tii» p. $77.
(2) Ibûi., p. 567.