‹ Histoire de BretagneChapitre 23 sur 80 · LIVRE SEPTiàllE. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTiàllE. l

guerrier habile même dans cette, professip^a ^ plus versé dans le^ lettres qu'aucun des princes ^escoutemporaïus: c'était uu trait de .conformité quHl avait avec Anne, dont l'éducation était fort soignée; mais une prodigalité insensée, ie désordre qui en était la suite, Tirrésolution de son esprit, riucoustance de son cai^ctère, Tempechèrent toujours de jouer dans le monde le rôle brillant auquel il semblait appelé. Cependant, comme à cette époque il n'était pas encore devenu empereur, ses défauts n'avaient pas fait a sa réputation tout le tort qu'ils lui firent dans la suite.

Il n'y avait pas moyen d'hésiter entre l'héritier <le l'empire et le sire d'Albret; mais le duc de Bretagne , comme tous les hommes Ëiibles et ir» résolus, laissait concevoir des espérances et donnait même des promesses, sans se proposer de les réaliser (i). Son étude était d éloigner le, mo-

(i) Lettres patentes du duc François , par lesquelles il suppose la promesse, dé mariage entre le roi des Romains et la

duchesse Anne, arcordre entre les anibassadeuis diid. i ui dts ftomains et ceux de Philippe, archiduc d'Autriche; et d autant que ied. mariage est tellement avancé , et qu'il avoitété aoeordé que le roi des Romains devoît venir épouser lad. princesse Anne en ce pay^ de Bretagne, et amener grand nombre de gens de guerre, pour assister I« dur à Tencontce des Français, lors ses ennemis j promet led. duc baiUer et faire délivrance du port et havre de 3aint-Male, el antres,

1^4 HISTOIRB BIS BEfiTAGlTE.

- -ment oà 'il Êiudrait pi^ndre'un perti^ et de

tenir dans ses intérêts tous ceux dont l'alliance pcmvait lui être utile ; il £ûsait d'une fille cinq ou mit' gendr^l «omme Métemi'lè dit dn* duc 4e Bourgogne (i).'

« On-msme <{ae le duc d^Orléans appuya de tout son crédit , auprès du due de Bretagne , la demande' de MaximîliM (a) ; ce qui Aurait ^

j peu naturel, s'il eût été amoureux de la prin-

^sesset'Ottis^ encore une foia^ on ne saumic admettre la supposition de cet amour à cette époque^ puisque la princesse était à peine 4gée de dix ans. Cependant Alain d'Albret porta jusqu'à hk fiireur son ressentiment contre Louis d'Orléans; On assure même qu'il voulut le fidFe dÀsassiner, du moins èst-il certain que Louis l'en ^CIIM; ' • ^ . , . 'S ' • .

f48S. Pendant qu'on négociait ce mariage , le roi de Fiance rassemblait une armée d'à peu près douze

mille liommesy qui se mit eu marche au mois de • > > : ■■■ .1 ■

péur sAvetéct Mtr aeeèsdod. rm, et, aussitôt préfcmi» fiute

i»<>l4jniii.ser le mariage , et fdue iaire au roî des Romains et à son épouse y |iar tous nobles et vassaux y et bonnes villes d«Mi. dalïhéf '«tons -sisniieiita de féauté, homniage et obéitsaiiee. Datées du a4 septemlne 1487. ( Archives de Mantes , mmwe

:T,iCabbt:(te IL y ' ' I * • .

(1) Histoire de France ^ t. u» 21a.

. ,{%) Actes de Bretagne» t u,|i. 9,6%

Digiti/co by C ji.jv.Kii^

maa^ ji4^.9 la -conduite de La I remouilie,. et viQt fiâre une nottvd^e'irpuptkNEi en Bretàgiie. CSaiÂteaubriani ^ ^oeois , Fougères ^ iur eni èn^ portés ( i V lies troupes du dfoc nepifiirent postai^ &ioQ de y^i^uQs; mais cette conquête ue réparait poiol; /ceS'pei!te6.^£iifiii , les deuxànnén| se troar Tfarent en présent , ïum postée près du villaj^e d'Andouillé, l'autre à Slliilt-'AiiJrà-ïdtt^'Ckiriili^^ On voyait, dans Farmée dcî François 11, des Bre-

tooa» di^j 44iglais> (qpimxe centa. AttemsMMibv des

Gascons et quelques Espagnols. Lé <i|uartier du

duc 4'Qi}liéaas »t eelni ÂUi «sire d'Aiborejt >étaui6at asse^ éloignés Tuli del'ftuâre. lbu)j4MM>up, au milÀ^u dj^ lanuityi la veille d'une bataille, pcesquisÀ la de^ enueoiis-, le camp du priïioé> finançais e^t éveillé par uue alerte. Oé prend les armes piéeipÂtaabmmt^ on coiu*trecoiuudt!rQ^Geui^)<pii s'ayanpent , et il §e trouve que c'étaient Iqs troupes d'AlmnrdlAlbret et du maréchal db Biepx; Oncles

accuse d avoir médité ime surprise nocturne, une trahison y les reproche^ sont repoussés comme des offenses ; on est près d'en venir aux mairis. Ge n'est qu'avec peine que quelques che& plus modérés parviennent à empêcher les derniers excès de la discorde. Le lendemain les alterca-

(i) Actes de Bretagne , t. m, p. 586.

l36 HISTOIRB D£ BRBTA.GlfE.

lions l'ccommencent dans le conseil. Les ennemis du duc d'Orléans repoussaient se^ accusations , en Taccusant lui-même d'être d'intelligence avec la France. On répandit parmi les troupes qu'il avait le projet de passer aux ennemis; et ce prince, pour donner une preuve de sa loyauté, déclara qu'il voulait rester à pied au milieu de lin&nterie pendant la bataille ( i ).

Elle eut lieu le nS juillet. T/avant-fi;arde des Bretons, commandée par le maréchal de-Bieux, repoussa d'abord la première ligne de la Tremouiile; mais un corps d'Allemands, qui passait sous le feu de l'artillerie française , ayant fait un mouvement pour se mettre à Tabri , la ligne de bataille de l'armée bretonne se trouva inteirompue. La cavalerie française chargea les escadrons du duc , qui ne soutinrent pas même le premier choc; et, après les avoir dispersés, cette gendarmerie se jeta dans l'intervalle que le ùlùx mouvement des Allemands avait laissé dans l'infatiterie. La Ugne fut coupée ; les Bretons ne surent plus se rallier; on sabrait à droite et à gaucbe.; le

(i) «c £t parce que les gens de pied- du duc dç Bretagne se « doabtoient des gens de cheval françois , et mesmement da

« duc d'Orléans, lui et le prince d'Orange se mirent à pied « avec les Alletnaiids. » (Histoire de Louis, seigueur de ki Tremouilley par Jean. Boucbet.)

LIVEE SBPTliEll£. iSj

carnage devint général; et le duc d'Orléans, pour n'avoir pas voulu combattre à 'Cheval , se vit en^* touré d'eniieniis et réduit à se r endre.

Cette bataille de Saint^Aubin-du-Cklrmier, qui coûta six mille hommes à Tarmée bretonne, mit Fhinçois II , son duché , sa fitmille j à la discrétion du roi. Le prince d'Orange, Louis d'Orléans, et plusieurs des seigneurs français, étaient prisonniers. Le soir, après la bataille, les deux princes et les compagnons de leur infortune soupaient chez le général vainqueur : sur la fin du repas, on vit entrer deux moines; les convives pâlirent; La Tremouille dit aux princes que c'était au roi d ordonner de leur sort, et aux auti*es qu'ils n'avaient qu'un instant pour se préparer à la mort qu'ils méritaient (i). Le duc d'Orléans fut

(x) /àm ttliima ménsit adponebatur,^ cùm^ duos Francis-^ eanos eœnacuium w^redijahet TremoUius. Omnes timor in" vadit, et prœsentcm mortem opinati, illos ad se perductosy qui muè aeta delicta vitœ mtdiant, arbitrantur. Conikuére omnes, mou mafis quàm madesHd, Câm extemplo TremoUius assurgens, ita eoneionatur: De vobis, prineyjes, neque mihi potesîas est, ner/uc, si csset, illam in vos siim exercitnrus. Ad re^cm à mejudicium dejero. Vos autem , milites, qui huic beilQ matenom quantum in vobis fuit, rapté fide, tmcto sacrosanetœ mi* UUœ saeramento, prœbuistis, hodiè lœsi imperii erimen capiut luetis; et si cjiiid est (/aod conscientiain remo/deatj habcic Jraires nos, ( Histoire de Louis XII. }

Digiîi/ca by C ji.jv.Kii^

l38 HISXaiAK os BmCTiACNE.

envoyé clans la tour de Bourges» où ii resta renlermé près de trois- ans. D'Ârgcntré fiiétend ( i ) qu au milieu de ces txoubles domestiques, de ces bataiUès perdues^ de ces déâestxe^^ qm^tendaîent

à détrôner le duc François II, et à priver Anne,

SSL fille, de SOU héritage, celte princesse , pour fixer le seuvenir de ces grands événeménts en*tpeprit d'ett &ire une narration qu'elle envoya^à raidûdaC'Màadhnifi€D.'X*aul^ de la réunion de la Bretagne à la France: n'hésite point à ajouter ^«6 ces mémoires , qui sont perdus pour la postérité, « étoient un morceau d'histoire ||ae' ft'eussent point dés^iroué les metUeureà pkî> mes, et dans lequel on nîtrouvail toute Télévaticm de rame d'Anne .de Bretagne et toute la beauté de son génie. » Celui qui fedt un si bel éloge de ces mémoires ne les avait pas vus plus que nous ('i). Il n*est pas impossible absolument que cette princesse eût écrit un récit des événements qui avaient troublé la fin du règne de son père; mais je me vois toujours dans la nécessité de rappeler qu'à

(i) Histoire de Bretagne, liv. XII.

(a) Les méàiies éloges sont répétés dans un écrit iutitiilé : Anne de Bretagne, reine de France, publié, dans ces derniers temps , par M. Trebnchet. On y lit qu'elle avait composé , sur

la bataille de Saint-Aubin et sur divers événements de sa vie, des mémoires d un grand intérêt, et que les meilleurs écrivains n'eussent pas désavoués.

tilVRS' SBPTli»E. * l39

liépoifiiQ^le la bataille deSainl^Aubm -elle n'avait

«ncore que onze ans. Si Anne envoya cet ouvrage à/iiaaxiiiiilien, ilfsdiait qu'elle l'eut composé dans lilu» extrénue jeunesse ; ear < elle n'aivâit que ' qush torze ans lorsque son mariage avec le roi des Romaîil» fut' rompt! : «aiais les historiens^ se' sont doui^é le mot pour laire cette princesse extrémément piséooee: ^ * ' '> " - >• f>

, iLa T^edaomlle, profitant de sa victoire, envoya aomiaier la ^Ue de- Rennes de se rendre, doit^

peine de punition telle quil en serait mémoire et

exernple^ i^tte i»q[Mtale avait >été confiée au courage <lese8 habitants. Les bourgeois s'assemblèrent^ ' et leur réponse énergique mérite d'être reowgilKefpar llmtom. Le cbanoine Jeab LeV^jre^, PlesAîS' Balisson et Jacques Rouc^ard, gr^er du {iarltoieiit^'fui«etit députés pottr-k fMMrter': « Ne pensez pas, dit ce dernier (i), que vou^ soyez desja s^ig&eàrs de Rretasgitey et que vous ayez aussi Êcilement le surplus. Vous devez tout premièreiaeiit oonsidérep'qoeiè roy^ n'a aiicunidrciict en Geste <luché. Vous savez comment il en print au roy PhiUppe-de- Valois à Grecy, en i346', quand luy, qui accompagné estoit de cent mil hommes^ fust dé^ct pai* dix mil Anglois, et aussi

(i) D'Argentré, iiv. xui» chap. 46. Lobûieau/ 1 1, p« 787.

j4o UISTOIEE OE BMTAGITE.

du roy Jehan , près PoicUei's, où les François > par leur fierté, perdirent leur roy. Vous autres François ferez assés d'entrepriBses de guerre et de . bataille tant qu'il vous plaira ; mais celui qui sans fin règne là sus donne les victoires. Ne vous en attribuez pas la gloire; c'est à lui qu'elle appartient. Le roy ne demandoit, pour obtenir la paix, que la ville de Fougères; or avez-vous maintenant Fougères, et demandez encore Rennes. Seigneurs, je vous Êds assavoir que en cette bonne ville de Rennes il y a quarante' mil hommes, dont les vingt mil sont de telle résistance, que, moyennant la grâce de Dieu, si le seigneur de La Tremouille et son armée viennent l'assiéger, autant y gagneront-ils que devant Nantes. Nous ne craignons ne le roy ne toute sa puissance. Partant, retournez au seigneur de La Tremouille, et lui faictes part de la joyeuse réponse que nous avons iaicte, car de nous n'aurez autre chose pour le présent. »

Cette patriotique résolution eut sa récompense: Rennes ne fut point assiégée; mais Dinan^ mais Saint^^Malo, furent obligés de se rendre. Ce lut à cette époque qu'arrivèrent en Bretagne les secours si tardifs de l'Angleterre. On vit enfin débaixjuer un corps de huit mille hommes, envoyé par le roi Henri. Il n'était plus temps: rarmée du duc n'existait plus, le découragement était extrême;

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