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vouloir la marier de force, la suppliaient devenir dans leiir ville. Elle se rendit à leurs vœux, ne cessant de- protester qu'elle se ferait religieuse plutôt que de donner sa aiain au sire d'Albret.
Un nouveau secours de six mille Anglais aborda en Bretagne sur ces entrefaites , et dans le luême temps arrivèrent deux mille Espagnols, envoyés par le roi de Castille : on voit que le trâité de paix ne s'exécutait de part ni d'autre. Les Français, au lieu d^évacuer les places, en occupaient tous les jours de nouvelles : les Bretons , au lieu de congédier les étrangers, les appelaient. Mais ces auxiliaires anglais donnèrent bientôt à la duchesse de nouvelles alarmes. Les partisans d'Alain d'AIbret étaient parvenus à faire entendre au roi Henri VII qu'il était de son intérêt que la duchesse épousât ce seigneur, qui , devenu duc de Bretagne , reconnaîtrait la protection de l'Angleterre par une constante fidélité. Le chancelier de Montauban soupçonna les capitaines anglais de vouloir se rendre maîtres de la personne de la princesse, pour la livrer entre les mains du sire d'Albret et du seigneur de Rieux; il l'en avertit , et il fallut désormais niettrc toute sou ctude à ne jamais se trouver là aù les Anglais étaient les plus forts.
' Une révolte des habitants de la Comouaille vint encore compliquer les embarras dans lesquels se trouvait la duchesse. Les impôts en étaient
l58 HISTOiRE DE BEETAGKE.
le prétexte. Les paysans piiUuent ios cbaleaux, rançonnaient indistincteraent les rièhes de tons les partis, ci s'emparaient de Quimper; le gouveraement fiit obligé de Êûre marduer quelques troupes pour ks conteuir , et on iiy parvint qu'en les exterminant.
Cependant Tai rivée de ces Anglais et des Es-» pagnols en Bretagne avait ralenti ks progrès des Français. Le roi Charies VIII , alors occupé de la guerre eu 1^ laudres , prêta Toreilie à des pro»positions die paix« Ce fut le roi des Romains qui, en traitant pour son propre compte , se rendit le médiateur des différents existants entre la France et la Bretagne. Quoique le traité du Verger fût toujours censé subsistant , on en signa un a«tre à Francfort, par lequel il fut stipulé que le roi Charles retirerait ses troupes de la Bretagne ; que la duchesse congédierait les étrangers ; que les places de Saiut*Malo , Fougères et Uiuan seraient mises en séquestre , entre les mains du duc de Bourbon et du prince d'Orange, jusqu à ce que tous les différents fussent aplanis; et qu'on tien*drait un congrès à Tournai, pour y discuter les droits du roi et de la duchesse*
Tels sont les événements qui reuipliieut l'année 14899 1a pi*e0Ûère du règne de la duchesse A.nne. La paix conclue , le maréchal de Rieux nepouvait plus rester eu état d'hostilité contre s^
souveraine. Il ne Im Ait pas diflBdlé de rentrer en grâce, La duchesse avait un tel be&oin d'éteindre la guerre civile , qu'elle récompensa les soumissions de sori tuteur comme des services ( i ).
Le roi de& S.omaiii& visait de délivrer la Bretagne. Il y avait 9 pour cela, uue raison que les politiques français n'avaient pas encore pénétrée.
Les serviteurs de la duchesse^ la voyant si vivement pQursuivie par la comtesse de Laval et le marédial de Bieux , pour lui Ëdre épouser le sire d'Albret, considérant que le roi d'Angleterre lui-même avait été gagné par cette faction , cherchèrent à délivrer leur maîtresse de cette obsession, en la déterminant à époufteir le roi des Romains.
Le roi d'Angleterre voulait conserver une
grande influence en Bretagne; pour cela, il fallait que le pays eût besoin de sa protection : mais il voulait surtout que la Bretagne se trouvât en état de résister à l'invasion dont elle se voyait me» nàcée; et, pour cela, il était indispeiïsable de la fortifier par une alliance. iVIaximilien était appelé à devenir un prince puissant; déjà maître des Pays-Bas et veuf de l'héritière de la maison de Bourgogne , il était l'ennemi naturel de la France. On avait repris très - secrètement la négocia-
(i) Actes de Bretagne, t. m, p. 674.
l6o HISTOIRE DE BRCTAGIfB.
tiod. entamée du yivmt dii duc François II , et
au mépris du traité du Verger, on avait conclu le mariage du roi des Romains avec la jeune du* cliesse (i). Pour rendre cette union aussi indissoluble que les circonstances pouvaient le permettre , on se détermina à lui faire épouser Anne par procureur. « Ce qui se lit avec tant de mystère , que les domestiques mêmes de la princesse nen euient pour lors aucune connoissance, et que, jusqu'à ce jour, on n'a pu découvrir la date précise de ce mariage (a). » Ou sait seulement qu'il eut lieu en 14899 et postérieurement au mois de mars ; car ou a la procuration que Maximilien avait donnée à ses ambassadeurs pour traiter de ce mariage; elle porte la date du ao
(t) Copie tioti signée des articles du mariage entre Mazimitian, roi des Bomains, et Anne^ dudbesse de Bretagne.
( Archives de Nantes , armoire V, cassette C. )
(%) Art de vérifier les dates, t. n , p. 91S. n a pas jusqu'aux savauls auteurs de ce grand et solide ouvrage, qui ne disent que V inclination d'Anne était pour le duc Orléans ^ mais que son conseil^ par des raisons d'une fausse politique, ks décida pour MàximUien , comme s'il eût été possible de la donner au duc d'Orléans, déjà marié avec la sœur du roi , et alors prisonnier dans la tour de Bourges ; comme si la princesse , alors âgée de douze ans, eût été capable d'une inclination.
LIVmC HUITlilM£. l6[
mars (i). On fit, cependant, en présence de té-* moins, une singulière cérémonie. On mit b jeune nuiriée au lit , et l'ambassadeur autriciiien^ tenant à la main la procuration de son mattife, introduisit sa jambi; nue jusqa au genou daus U €x»uche nuptiaje.
Mais le secret d'un tel mariage ne pouvait de*meurer long*temps caché. Aussitôt que le roi de France en fot informé , les hostilités recommen»» cèrent en Bretagne. Si, dans ces circonstances , Maidmilien se fat empressé de se rendre auprès de sa nouvelle épouse, leur union était irrévocable; mais, de sa vie, ce prince ne sut suivre jusqu au bout une de ses entreprises: on le railla beaucoup sur sa tiédeur et sur oe mariage par piocureur (2). I^s théologiens de Charles VIII
(1) Açles de Bretagne , t. m , p. 66t.
Lettre de tonimission de Maximilien , roi des Romains, au comte de Nassau, au sieur de Poiilhain, son maréchai^ M. Jacques de Cïoadebault, son secrétaire, et à Louppian, son mutre-dliâtel, d'aller en Bretagne, traiter du mariage d'entre hil et la duchesse Anne, et la fiancer, et faire pix)messe solemieiie de I'é()ouscr et prendre à femme. Du aomai 1489. ( Archives de Nantes, armoire T» cassette IX )
(2) Quoad consummadonem iilam îudicram, tisu eum exci" pwhanty inqiàenies argumento esse quod Maximiliamis tddnus esset y et procus admodiun tepidus, fjtii spousi partes pcr deputatum prmstare eontentus fuerat, ( F. Bacon y Histoire de Henri VII. )
Diyuizca by GoOglc
l6a HISTOIRE D£ BBETAGXfE.
décidaient que la prise de possession était nulle; et en même temps ses ministres déclaraient que le roi ne pouvait reconnaître la validité d'un engagement contracté , sans sa permission , par sa pupille et sa vassale.
On gagna quelques conseillers et des serviteurs de la jeune duchesse , afin de la disposer k rompre l'engagement qu*elle avait pris; on ne faisait plus un mystère de cet engagement , car, dans ses actes- publics , elle prenait le titre de reine des Romains. Mais il importait an succès de ces insinuations qu elles fussent faites trèssecirètement; Charles, en protestant hautement contre le mariage de la priiicesscî avec Maximi- Uen, évitait avec soin de laisser pénétrer qu'il eût aucunes vues pour lui-même. Il lui importait , surtout , de ne pas éveiller les soupçons du roi d'Angleterre. Ce fut dans cet espoir qu'il envoya à Henri VII des ambassadeurs chargés de lui proposer un traité d'alliance , de lui exposer les inquiétudes que devait lui donner le mariage de la duchesse avec Maximilien, le droit et les raisons que la France avait de disposer de la main de cette princesse.
L'orateur de l ambassade rappela l aiicienne amitié que son maître avait vouée au roi d'Angleterre, lorsqu'il avait eu le bonheur de l'accueiUir et de lui donner un asile dans ses. états. Il
Uiyiii^ed by Googlc
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ne témoigna stuciin ressentiment des secours que Henri avait fournis à la Bretagne j bien que , de la part de la France, cette guerre eût été inévitable , purement défensive , et que Charles se fût toujours montré prêt à reconnaître Henri pour arbitre de ses droits. « Il nous reste à vous confier, milords, ajouta l'orateur ( il parlait devant * le conseil du roi), un projet que vous apprendrez avec jcNie, car il est un des plus importants que Ton ait conçus pour la gloire de la république chrétienne. Le roi , notre maître , se propose de &ire valoir, par les armes, ses droits évidents sur le royaume de Naples , qu occupe je ne sais quel usurpateur, bâtard de la maison d'A« ragoii. Mais ces pensées» généreuses et vraiment chrétiennes ne sont pasdes seules qui l'animent Un autre dessein rendaumie. Il ne considère la conquête de Naplès que comme un pont jeté devant lui pour le coiuluire dans la Grèce; îl est résolu d'y prodiguer son sang et ses trésors,quand il devrait mettre sa couronne en gage et épuiser son royaume, pour renverser la tyrannie des Ottomans, et s'ouvrir par cette voie le royaume des deux. Il n ignore pas qu'il n y a que Dieu , dont c'estici la cause , qui inspire de telles résolutions et donne la puissance de les accomplir; mais elles sont dignes du roi Ïrès-Ghrétien , du Fils ainé de l'Église. Il y a été excité par l'exemple de Tiui de
|64 HISTOIRE DR BRBTAONE.
VOS plus illustres princes^ de Hi uri IV, qui, vers la fin de sa vie , méditait une expéditiod semblable dans la Ferre - Sainte. Il y a été affermi par la gflerre également pieuse ef honorable que le roi cVEspagne termine dans ce moment contre les Sarrasins, en les chassant de Grenade. Je sais que l^on pëut, à bon droit, s'étonner de voir un souverain entreprendre , a^ec ses seules forces, une expédition qui jadis a c6iité tant de sang et de travaux à tant de princes réunis ; mais une armée aguerrie, tonte nationale, conduite par un seul chef, peut quelquefois se promettre des succès que n'obtiennent point des troupes pitis nombreuses, n'ajant entre elles d'autre lien que celui d'une confédération, et dont les premiers avantages sOnt ordinailrement arrêtés par les jalousies et la mésintelligence: dans ce moment^ la discorde ellemême nous favorise , puisqu'elle a éclaté dans ta maison de l'empereur ottoman. Un frère qui lui dispute la couronne, et qui en est plus digne qué lui, s*est réfugié chez les clirétiens et implore leur secours. PLus vërsé dans TAlcoran et datia la philosopliie d'Averr*oës qu'habile au gouveruéttient d'uh peuple belliqueux, Bajazôt est moins un prince qu'un homme moitié moine et moitié sophiste. Telle est la guerre que le roi notre maître veut êntreprcndre, qu'il se propose d*» conduire en personne; et, pour embrasser cette cause sa-
auiTiBMJË. i65
crée , il ne rougit pas de fioIUciter la paiic auprès des princes cbrétieii^. iNotus avons eueor^ k vous eiitreirail* d'une afibire dans laquelle nous ^0m prions fh ne voir qu'une commmuûiiUon amicale plutôt qu'une demande, lie Hû, peratone ne Ti-* ' gnore , est seigue^r su5&ei ain de la Bretagne. C'est à lui qu'il 9fpartient de disposer de la miàn de
l'héritière du duché , comme en ayant la tutelle
et k^rde noble; et en œlat il ne réelainef)a6 un
privilège qui dérive de la souveraineté, mais un droit privé, un droit commun qui i^partient à tous les tuteurs. Cependant le roi notre maiù^é, uni depuis si longrtemps de la plus sincère amitié avec le vètre, veiit fMurttger efn quelque sorte ses droits avec sa niaj.esté britannique , ou du moius ne les eKeroer que de son aveu; et il le iprie ide trouver bon qu il dispose de la main de i héritière de Braiagqe comme la pradence , l'intérêt dè l'état, le conseilleront, et quHl prenne les voies juridiques, pour Ëûre casser le mariage conclu entre Maximilien et œtte jeune princesse, ieqùel Buu*iage e^ nul de plein dix^it. »
La répome du gonvemenkent anglais ftBA iro* nique. Le chasbceiier dit aux ambassadeuiH: que aen maître ne s^opposait pbilit à ce que le lenr disposât de la main de l'héritièi^ de Bretagne , pourvu qae ce lut en présence de l'église; «C, non eu présence d'une armée; qu'il faisaii les
l66 HISTOIRE DE BKETA.GNE.
vœux les phis sincères pour le suceès de h glorieuse entreprise, conçue contre l'empire ot* toman; et que^ lorsque Henri apprendrait l'arrivée de Charles dans la Grèce, il solliciterait Fhonneurde Ty siiirre, aTecantant d^empressèment que ie roi de France en nieUait actuellement à solliciter la paix. Passant ensuite de l'ironie amèrc à la hautetir, le ministre ajouta : « Vous nous avez dit que votre «roi était déteruûoé à faire valoir ses droits sur le royaume de Naples;, qu'il y va de son honneur : c'est rappeler au nôtre ce qu'il se doit k lui-même. A Texemple du roi Charles, et par les, mêmes raisons, il réclame la Normandie, la Guienne, rAnjou, >et même tout le rojaumc de France. Si donc votre pnnce consent à prendre pour base du traité la reconnaissance des droits du nôtre, et à la constater au moins par un tribut , on pourra discuter vos demandes; sinon , il est inutile de prolongier davantage la négociation.»
Une telle réponse ne laissait guère d'espoir d'accommodement. Les ambassadeurs français repoussèrent avec indignation une proposition si arrogante, assucant que leur maitre connaissait ses droits, et saurait défendre son territoire et sa dignité; mais que, du reste, leur maudat ne les autorisait nullement à entrer en diseujssion suit un pareil sujet.
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Le^ nûmstres anglais changèrent de ton k Tin* »tant, et demandèrent si le roi de France consentirait à fie disposer de l'héritière de Bretagne que sous ta condition de ne pas Fépouser lui - même. C'était ramener la question à son véritable objet; c'était par là qu'ils auraient dû commencer. Les ambassadeurs éludèrent adroitement la réponse, en disant que leur maître était tellement éloigné de cette pensée , qu'elle n'avait pas été prévue dans letirs insU uctions (j).
On se sépara sans rien conclure, mais avec un mécontentement si peu dissimulé , que l'un des ambassadeurs, qui était un moine, prieur du couvent des Bons-Hommes de Paris , publia une pièce de vers latins contre le roi d'Angleterre , et que le roi ne dédaigna pas d'y £ûre répondre dans la même langue par une satire où l'on s'égayait aux dépens du prieur (2). C'étaient de singulières armes et de 1 idicules hostilités après de si vives menaces.
C'est toujours une grande feute de hasarder, pour e£lrayer son adversaire, des propositions offensantes qu'on n'est pas déterminé à soutenir. Le gouvernement anglais en porta la peine. La
(t) Tous les détails de cette amiKis^e sont puisés danj» l'Histoire de HoBri Vil, |>ar F. Bacon.
(a) Histoire de Eenri VII, par F. Bacon.
j68 histoire de BRETA.GK£.
hint^iir qu'il ëwtàt affectée dm$ cette négociation
n'empêcha pas Cliarles YIII de poursuivre son cbnble projet: TacquiiMtion d'une lï^Ueprovinee, que ses rivaux auraient du lui disputer sérieuseinent^ et une eiqiédition lointaine, dosit SQ»4Dms seuls auraient dû le détourner.
Les hostiUtés reconuuencarent; mais ie roid'ÂuglefeiTe ne ftisait toutes ces ilémonstrationii belliquieuses que pour tirer des subsides de son parlement. C'était un prince, £tJ3aoon , qui Toolait £ure acheter la guerre à ses sujets et la paix à ses ennemis, comme un inarchand retors qui gagne «MT l'exportation et sur 1 uupurtation. Il envoya qadques secours en'Brebigne : its étaiekit ûasuffisauts, ils fuient inutiles. Beaucoup de places se trouvaient encore au pouvoir des Français; le sire d'Albret, piqué du refiis et du manque de parole qa'ii avait éprouvé, leur hvra la ville de filantes, i|a*il àvaît surprise. Dans le traité (i) qui oon-
(i) Actes de Bretagne, t. m, p. 766.
Deux, feuilles de papier contenant certains points et artjotes que d«nunda «u roi Charles dernier le sieur d'AUiret» lorsqu'il promit mettre la ville de Nantes è$ mains dudit roi Charles et du sieur de Bourbon, et autres choses; ensend)lc', promesse dudit roi et dudit de Bourbon, de tenir iesd. points ét articles. ( Archives de Nantes , armmre C , casaètle G. )
Cahier en papier, aux dix praniers femiléts duquel ëant transcrites trois lettres du roi Charles VUI, faisant mention
L1VA£ HUITIÈME. iGq
statait sa trahison et sa honte, il céda au roi tous ses droits sur la Bretagne pour vingt -cmq mille livres de rMte (i); et, toujours obstiné dans sefs
qu'il àvoit promis bailler à M. AUain, sire d'Albret, 6,000 liv. tournois de rente dans un an, sur villes, places et portion
de son doiiiaîne, on tous droits de seigneurif» rt justice, sans eu rien réserver lors les foi- hommage, ressort et souveraineté; et |M>ur ordoude quUi jouira du comté du OâVtreift ville de Florence, en la «énéolianisée de Toulmme, Mir les dons et traii^poit jiaicivant faits; et ce, en récom|>ense du service que Icd. d Albrct avoit lait d'avoir mis et réduit les ville et châtel de Nantes à Tobéissance du roi , et aussi pour le droit que led. d'Albret prétendoit au duché de Bretagne , an nom de ses enfants, comme héritier de feue dame Françoise de Bretagne, itjur mère, pour lesqucb le roi leur avôit, par précédent traité 9 âoiooMlé aS^oèo liv* toumois de retAe sur le duché de Bretagne, lesquels sont modérés auxd. 6,000 liv. Lrsd. lettres du mois d'août i4y4-
Après sont écrits aud. cahier les causes d opposition du procureur-général du roi en la chambre des comptes et des luaAMktft et habitants du Gavre et Ville de Florence, cOntre led. d'Albret et ses enfants, pour empêcher l'entérinement desd. lelLres, et pour montrer que led. d'Albretn avoit aucun droit I au duché de Bretagne , et par ainsi que l'assiette des 6,000 liv. de rente ne devoit lui être faite sur le domaine de la couronne de France , ni aussi la délivrance dnd. comté du ôavre et ville de Florence. ( Archives de Nantes, armoire T, cassette C )
(i) On voit, dans la note ci-dessus, qu'on le r^umt à 6,000, quand il lut question de le payer.
170 HJSTOlKl!: Ot liHKTAGNE.
projets de mariage, il fit stipuler que « le plaisir
du roi fut teuir la main au mariage de imdame Anne de Bretagne pour ledit sieur d'Albret ou son fils, et Iqs y favoriser et porter piir tous bons moyens à ce que ledit mariage pût se liiire (i). p Pendant que les affaires se compliquaient, la princesse Isabelle, sœur cadette de la duchesse , était morte en iJigo^ avant d'avoir accompli sa neuvième année; de sorte que ceux qui avaient de& prétentions éventuelles à la couronne, se trou** vèrent, dès ce moment, avoir contre eux une chance de moins.
Quelques diilicultés avec la cour de Rome vinrent compliquer les embarras du conseil de la jeune duchesse. Aux états de j 490 , un membre de rassemblée avait proposé d'admettre en Bretagne la pragmatique sanction; et, ([uoique cette proposition n'eut eu aucune suite , le pape fulmina une bulle (2), par laquelle il menaçait des plus sévères censures ceux qui tenteraient d'introduire en Bretagne une si téméraire innovation. Peu de temps après,révéché de Vannes étant venu à vaquer, le souverain pontife, sans se concerter avec le gouvernement du duché, y nomma un
( 1 ) Actes de Bretagne , 1. 111 , p. 686.
(2) Le 7 juin 1491-
LlVa£ HUITIÈME. I7X
cardinal italien, à qui le conseil ne permit pas de prendre possession de ce bénéfice.
La Bretagne était déchirée par des factions, inondée de troupes étrangères , gouvernée , défen* duc et ravagée par des étrangers. Le roi de France y était déjà tellement le maître, que les lettres (i) pour la convocation des états s'expédiaient erf' son nom. La duchesse se vit enfin assiégée dans Rennes; il Ëillut capituler.
On commença par des préliminaires qui furent signés le i5 novembre i^gi (2). Il y fut stipulé,
(1) Actes de Bretagne, t. m, p. 70$.
(2) ïbid,, t. III, p. 707. Collection des traités de Léonard,
Fidimus d'un maiidcnient du roi Charles huitième, contenant le traité fait entre lui et madame Anne de Bretagne» auparavant qn^ils fussent mariés ensemble. L'original daté du i5 novembre i49ïj et le vtdimUs du 24 desd. mois et an. ( Archives de Nantes, armoire C, cassette B. )
Lettre du roi Charles huitième, contenant les traités et pactions faites entre ledit seigneur roi et madame Anne de Bretai^ne , pour parvenir au l)ipn et paix de %nder les questions mues et à mouvoir pour raison et à cause du pays et duché de Bretagne; et que cependant, tous gens de guerre et autres étrangers étant en Bretagne et près la ville de Rennes, se retireront hors dudit pays. Du novembre 1491. ( Ibid,, armoire O, cassette D. }
Instrument en latin, par la cour dr l'orticialité de Kenues, nipportant comme M. Nicolas d'Allier, sénéchal de Rennes;
HISTOIEK i>l^ BE£TA(^J!C£.
comme dauns les deux traités précédents, que commissaires, uotmnés de (^rt et d'autre, pro* nonceraieiit sur le droit que le roi prétieiidait
avoir au duché ; encore le vainqueur demandaitril qu'Anne s'abstînt de prendre le titre de dudbesse de Bretague jusqu à ce que le jugement eût été )>rononcé ; et on prévoyait si bien quHl ne lui serait pab favorable, quou stipulait pour elle une injurieuse pension de quarante mille écus.
Cette espèce d'arbitrage était une menace ; les
Olivier Ferré, ÀllaÎD-le-Forestier et antres députés, par la reine Anne, pour aller à Tournai, afin de juger et connoître avec douze autres qui dévoient être députes de la pari du roi, des droits que led. seigneur roi prétend au duché et pays de Bretagne, et des autres différends qui avoient été cause des guerres , partirent ensemble de la ville de Rennes , et allèrent jusqu'aux faubourgs de Tournai, en laquelle les officiers du roi, suivant le traité et paix fait à Francfort et Uim, euti-c le roi des Romains et led. roi Charles » ne les voulurent souffnr ni laisser entrer, disant qu'ils n'avoîent pas été avertis de la part du roi de la venue desd. députés, m de rassemblée qui se devoit faire en lad. villes et pour ce, les envoyés de la duchesse furent contraints de se retirer à Valencienpes et à Cambrai , où , après avoir séjourné six jours, et attendu ceux qui dévoient être envoyés pai \e roi, ils s'en retournèrent à Paris, et de là eu BreUgue. JLedit instrument daté du mars i49if jour du départ des commissaires, et à la (in du i^' mai i^i, jour de leur retour à Rennes. ( IM, ar^ moii'c T, cassette B. )
LIVKK HUiïl£ME. 1^3
btce^ n^étsAmt pas assez égales pour qu'on* pùt
espérer des commissaires une parÊute impartiar Mtk II était trop évident que, si leur sentenne ne convenait pas au roi, il ne s'y tiendrait pas; et que, 8Î elle lui était fiivcMcable, la Bretagne n'était, plus qu'une province du royaume. Dans cette p^Iexité , les ministres bretons se prêtèrent à un' projet proposé par la cour de France, préparé par le prince d'Orange et le comte de Danois, appuyé enfin par le maréchal de Rieux et le chancelier de Montauban , car tous avaient été gagnés ; projet qui conciliait en^ apparence tous les intérêts, parce qu'il opérait, disait -on, la confusion des droits des deux parties belligérantes. Cet expédient était le mariage du roi Charles avec la princesse Anne. Mais l'exécution de ce projet présentait plusieurs sortes de difficultés.
D'abord, comme on Fa vu, la duchesse avait été épousée pai pi ocureur au nom de Maximilien, et déjà elle avait pris dans quelques actes le titre de reine des Romains. D'un autre côté, le roi de l^rance avait pris avec ce même Maximilien l'en» gaiement d'épouser sa fille. La jeune archiduchesse, non encore nui)iie, avait été envoyée en France, et il avait été convenu qu'elle apporterait en dot la Bourgogne, l'Arjtois et le Charolais. Ainsi, les deux personnes qu'il s'agissait d'unir étaient liées Tune et Tautre, non , à due vrai, par
un mariage oonfiommé, mais par des traités. Ce
n'était pai> tout : Anne avait avance en âge; elle touchait à sa qumzième année : son discamement |
naturel, développé par réducatiou très -soignée ! qu'elle avait reçue, ne permettait pas de penser | qu'elle fût indifférente sur le choix d'un époux. Celui qu on voulait lui donner ^ présentait à ses yeux comme l'oppresseur de son pays , le spoliateur de sa famille : c était i épée à la main quilla demandait, et il ne se montrait pas vainqueur généreux. Tout cela devait inspirer de l'horreur a une princesse fière , hautaine même, ferme dans ses desseins jusqu a i opiniâtreté , et qui ne voulait pas plus se donner un maître à elle-même qu'à la Bretagne. Les avantages personnels du mari qu ou lui proposait ne compensaient pas les torts qu elle avait à lui reprocher. Les âges étaient assortis; mais c'était à cela que se réduisaient les convenances réciproques. Du reste, il était fecile de s'expliquer la répugnance d'une princesse jeune et belle, sachant le grec et le latin (i) , pour un prince à téte difforme et d'un esprit incuite; car
(i) Cette éducation tionnée à la princesse Anne prouw qu'on était bien revenu, du moms à la cour, du préjugé gcnéralement répandu en Bretagne contre les filles qui savaient le latin. On en faisait autrefois des contes effroyables r él\e&
produisaient des monstres, des serpents à trois têtes.