LIVRE HUITIÈAIE. ' ijS
Charles ne savait pas même lire lorsqu^il était parvenu au troue.
Tous ces obstacles furent aplanis par la force
irrésistible de la nécessité. La cour de Bretagne oublia que la princesse avait été mariée à Maximiiien. La cour de France entretint la confiance de celui-ci par des £ètes données à la jeune archi* duchesse, fiancée de Charles YIII , et par un traité dans lequel on réglait que la duchesse Anne pourrait traverser la France pour aller dans les Pàys- Bas joindre son mari (i). Mais, au moment où il s'y attendait le moins, le roi des Romains vit le roi de France lui renvoyer sa Ulle et lui ravir en même temps sa femme. Anne surmonta sa répugnance et se soumit à son sort. Charles eut avec elle une courte entrevue à Rennes. Quand toutes les conditions de ce mariage eurent été réglées, il quitta la Bretagne , alla s'établir en Touraine dans le château de Langeais : quinze jours après , la duchesse s'y rendit accompagnée d'une . partie de sa cour , et le mariage fut célébré le 6 décembre i49J^-
(i) Mémrsims et articles baillés de la part de la duchesse Ânne aux. ambassadeurs du roi , touchant le voyage que la* dite dame avak entrepris faire par mer ou par terre, et paMer, par le royaume de France , allant épouser le rot des Romain».
( Archives de Nantes, armoire P, cassette F. )
Ij6 HISTOIRE DE BHKTAGINE.
Les eiïneœîs de la France publièrent que ce
mariage n'avait eu lieu que par violence, à la suite d'un enlèvement. Ces braits s'accréditèrent tellement, que le pape , en accordant la dispense un peu tardive qu'on ne lui demanda< qu'après le mariage , pour relever les deux époux de rcxcommunication qu'ils avaient encourue , à cause de leur parenté, énonça formellement qu'il ne con* iirmait cette union qu'autant qu'elle n'aurait pas été précédée de rapt ( i). Il fallut que la nouvelle renie déclarât juridiquement , devant une corn- • mission ecclésiastique , qu ellen'avait éprouvé aucune violence , et qu elle s'était rendue à Langeais librement , de son pldn gré, et pour y épouser le roi (a).
(1) Dummadà UhàUeeta in Christo JiliaAima, propterhoe
rapta non fueris. ( Actes de Bretagne, t. m, p. 719. )
(2) Dicta iUustrissima Domina Anna propriâ voce dUactdavit sponte et Uherè se y nuUatemtsque coactam aut seduetam, sed cum décore et honore magnifids iilustrissimisque reginis debitis jacens; proprio jui aincnto corpornlitcr prœstito, attestata fuit se pmpter prœdictum matrimonium^ utpromittitar et ut in dictis Utteris apostatis coniinètttr, eontrahendum, nttilatenàs raptam fiasse, verum cAdtatem Redonensem, in>d»catu Britanniœ sitam^ ipsumque ducatum libéré et sponte cxiisse , animo intcntionc(pic et proposito Ubcrè dictum matrimonmm. eonintAendi, ad dictant serenissùnum Dominum nostmm regem accessisscy etc. ( Actes de Bvetagoe, t