LIVRE HUITIEME. J
Il fallait qu'Ajdne de Bretagner fut dans une situation bien critique, lorsqu'elle donna sa main à Charles VIII , pour n'avoir, pas fait stipuler les intérêts de ses enfants et le sort de son duché. On va voir qu'elle n'y manqua pas à. l'époque de son second mariage.
Cette omission si importante a fort irrité, les historiens bretons. Ils la reprochent vivement, non pas à Anne elle-même , qui alors n'avait pas accompli sa quinzième année, mais à ses conaril- 1ers , le chancelier de Montauban et le grandmaître de Coetquen (i).
(i) «Et ne s'en trouve anltres en la lettre dudit mariage , dit Bertrand (KArgentré , qui fait < loirc que ces hommes, qui avoient bonne part en la grâce du roy, pour être parvenu, par leuc moyen, audict mariage, soufimeùt ayséraent que la clause de donation contenue audict contrat faict par laditte dame mineure d*aage, fût consentie; par laquelle , en effect , elle donnoit réciproquement son duché et tous les droicts qu'elle y avoit en faveur du mariage,- le Toy survivant et n'ayant enfiemts, comme luy réciproquement les droicts qu'il y prétendoit, en même cas : chose impossible de droict ni de coustume, au préjudice des héritiers, et qu elle n'eût jamais passée si elle l'eût entendue : aussi n'en fallut 41 pas parler au second mariage du roy Louis , veuTe qu'elle fust en aagc de discrétion , il n*y eut onqiies si hardy de luy on tenir le propos. Mais, à ce qu'on voit, le conseil deile ne se donuoit pas graud
i^O UISTUIRK DE BRETAGNE.
Tout: cela confirme le résatuil du contrat de
mariage de Charles VIII, qui était la réunion iiréTooable de la Bretagne à la France.
On a reproché aux auteurs de cet acte k précaution qu'ils prirent d^exiger la cession des droits
du prince d'Orange et du sire d'Albret. Si la donation &ite par la duchesse Anne eut été valable, dit-on , les cessions de ses colLitéraux eussent été superflues; donc, puisqu'on demandât leur penoDdation , on reconnaissait Tinsuffisance de la donation. Cette manière de raisonner est par trop rigoureuse. Il arrive tous les jours, même dans les affaires des particuliers , qu'on hit re> connaître surabondamment , par un tiers , la validité, d un acte qui n'en serait pas moins valable sans cette reconnaissance.
Le mariage de la duchesse avilit été traité si militairement, qu'on n'y avait fait aucune mention des privilèges de la province. Les villes adressèrent au roi des représentations sur cette omission : le roi fit convoquer les états en son nom (i), et, par une déclaration du 7 juillet
peine des successeurs, s'il ne kmt point venu d'héritier d'elle, ce qui fust bien cogneu au second manage. » ( Hist de Bretagne, liv. xii. )
(x) Commission da roi Charles, à Ilf(pr. le prince d'Orange^ gouvenienry son lieutenant-général en Bretagne, et anxsei-
LiVH£ HUITIÈME. iC^i
149^ (1)1 ordonaai qne l'on ne pourrait appeler
ses sujets bretons, en jugeaient de première instance , ailleurs qiie devant les j uges de leur pays ; que le pailement de Bretagne administrerait la justice comme il lavait fiait jusqu'alors ^ et qu'on pourrait appeler de ses arrêts devant le parl^ ment de Paris , comme précédemment ; ce qui , selon les Bretons , signifiait que ces appels ne pouvaient avoir lieu que dans le cas de déni de justice on de ikiix jugement. Il accorda , en outre, que les impôts ne seraient levés en Bretagne que de la même manière qu'ils l'étaient par les ducs^ c'est-à-dire , avec le consenteniont des états, et que ceux qui avaitet pour objet Tentretien des places fortes, ponts et routes, ne poun aient être détournés de leur destinatim.
Cette uiiion de deux illustres personnes , qUe déjà Ton regardait comme mariées , chacune de leur côté, étcMina toute l'Europe. Laurent de Médicis s'écria ^ en apprenant cette nou*
gneurde Sens, chancelier aud. pays; Guillaume Guegnon, premier président des comptes; Jean François, général des finances, pour aller à Nantes, à rassemblée des états y convo* ques par led. duc au 8 novembre, pour traiter et communia ifovr des alfaires pabliques du pays. Datée du 10 oclobre t^^a. ( ÀJrchires de Nantes^ armoire S» cassette D. }
(1) Actes de Bretagne, t. m, p. 728 et 742.
192 HISTOIRE DS BRBTAGVE. ^
velle : «rOli ! quelle puissmte monarchie que k
France! »
Le roi des Romains éproùva autant de confii-
sioii que de ressentiment du doiibie affront que Charles VIII venait de lui Ëdre ; il éolata en plaintes et en menaces. Le roi d'Angleterre prépara un armement considérable, mais seulement pour avoir un prétexte de lever un nouveau sub-' side sur ses sujets : le seul effet de ces préparâr tifs de guerre fut de fournir au roi de France une occasion d'augmenter les impôts de la Bretagne. £n réalité, les dispositions étaient si peu hostiles, que la paix fut conclue cette même année 14921 r tant avec l'Angleterre qu/avec Nsachmilieu.
En devenant reine de France, Anne cessa d'exercer sa souveraineté comme duchesse de Bretagne. Elle avait, par son contrat de mariage, remis l'administration de ses états au roi son époux. Charles VIII gouverna donc la Bretagne pendant près de sept ans que dura leur union (i).
(i) L'abbé Irail , dans son Histoife de la réunion de la Bretagne à la France, dit qu'un troisième article du contrat de
mariage, mais qui ne fut pas rendu public, portait que h princesse conserverait toute son autorité dans la province : qu'en efiet elle Vy conserva toujoars, et que -le roi n'étaitqiie le mari de la duchesse.
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