‹ Histoire de BretagneChapitre 31 sur 80 · LIVRE HUITIÈME. l^i · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. l^i

Ia reine, <emme soumise d'un prince qu'elle n'avait épousé qu'avec répugnance^ qui l'avait dépouillée de ses biens, et;& qui elle éHdt infini* ment supérieure par sa capacité, se renf^ma dans lés vertus de son sexe, tenant sa cour avec digiùlé, veillant avec attention, avec quelque sévérité même , sur la csonduile des dames dont elle s'entourait, et s'occupanl de soins domestiques et de l'étiquette, comme si elle n'eût pas été ca* pable des affaires du gouvernement. Cependant, Mézerai dit (i) que, dès son entrée en France, elle voulut avoir part aux aflfoires , ei donna du coudeÀ madame de Beaujeu ; mais ce ne fut que sous le règnç suivant que cette ambition se dé* veloppa.

Gomme il n'est guère possible de douter que le duc d'Orléans n'ait conçu de l'amour pour elle, c'est probablement à cette époque qu'il fisiut rapporter la naissance de cette passion. Nous

Cet auteur est un Tomancier cpiVm li'est nullement obligé de croire -sur parole. Or, il ne rapporte point cet article ; il ne dit pas même dans quelle copie il l'a vu : le fidt est qu'on

ne le trouve ni dans les actes originaux , ni dans les copies imprimées. Ces actes .disent précisément , le contraire, et il n'est pas moins constant que, durant tout son règne, Charles VUl gouverna la Bretagne, et la gouverna en son

propre nom.

(i) Histoire de France, t. u, p. S74*

iC^4 ilISTUlHE DK BRETAGNE.

aVons expliqué pourquoi on ne pouvait h bàré

remonter au temps des voyages que le prince avait fiiits en Bnelagné. Délivré d'uile longue et dure captivité, réconcilié avec la cour, il y voyait briller une rdine de qmnae ani, qui avait de k beauté^ de l'esprit, beaucoup d instruction , assez habile pour ne pas montrer tous ses talents , et épouse complaisante d'un mari peu digne d*dle, qui n'était pas même soigneux de lui plaire* Ije& stetiaient6 que tant de mérite pouvait ilispirer, devaient trouver un accès d'autant plus £ioile dans le co^ur du duc d'Orléans , que Ce prince était naturellement conduit à des réflexions pé- • nibles sur sa propue situation ^ Jeune ^ brillatit^ né avec des passions ardentes, il avait été contraint, au sortir de l'eniÈmoe, d^^iotisèr une fiUe de Louis XI, princesse respectable par ses vertus, tuais diâbrme et stérile.

Cés deux mariages mal assortis étàMi^saient, comme on voit^ une certaine conformité entre la destinée du duc et celle de la reine. Louis^qui avait vécu constamment dans la disgrâce sous Livuis XI et pend»it la régence de madame de Beaujeu , avait besoin d'un appui à la cour. Ses derniers malheurs lui étaient venus de son union avec le duc de Bretagne ; c'était en défendant les approches de la capitale de cette province i^'ii avait été lait prisonnier. Ces circonstances de-

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vaient inspirer de Tintérét à la duchesse; mais b passion qu'il sentait naître poor eUe devmt être d'autant plus vive, quelle était sans espoir, ou du moins qa'eUe ne pouvait être conromiée publiquement.

Le roi était jeune, k reine était féconde; il n'y avait pas d^apparence que Louis dût survivre à Cbaries VUI, et encore moins lui succéder. Ces obstacles irritèrent sa passion. II serait téméraire d'assurer qu Anne la partagea, mais on ne put douter qu'elle n'en fût instmite. Bfalgré sa jeunesse , elle avait déjà cet esprit de conduite qui Sait éviter les fiiutes et ménager les ressources pour jLin avenir éloigné. Déjà capable de dis^mubtkm^ eï^ se montrait soomise à un mari dont elle avait été la conquête ainsi que la Bretagne ; mais elle nourrissait au ibnd de son cœur une ambition qui en fut tonjonrs la passion ddmi* nante. La supériorité de son génie devait tôt ou tard lui donner de l'empire snr le rot. Venve et mère , eUe pouvait espérer de voir un de ses iils sur le trôné de France, et de recouvrer elle» même le gouvernement de ses propres états.

ver de l'ascendant sur le duc d'Orléans , héritier présomptif de la couronne. Pour ne pas com*

promettre cet ascendant, il fallait bien se garder de laisser entrevoir au prince Tespéranoe d'un

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succès facile. Ainsi, la politique de h. reine se trouvait d'accord avec sa vertu ; et cette conduite circonspecte acheva d'enflammer un prince qui, jusque-là, s était montré fort inconstauL

Dès la première année de son mariage, Anne donna à la France un dauphin. La naissance de cet enfiuit fut un événement pour k Bretagne. Les états manifestèrent l'allégresse des peuples en accordant une . contribution plus forte que celle des années précédentes. Le roi, en signe de bienveillance y accorda quelques privilèges aux villes de Nantes et de Rennes, et réunit celle de Saint-Malo au domaine de la couronne (i) , en Fexemptant de tous imp6ts. Trois ans après ( en 1495 ), il modifia l'existence de la cour suprême de justice, en y faisant siéger plusieurs Français (a) ; il défendit de vendre les charges de judicature; mais, dans la suite, le désordre des finances ramena le système de la vénalité , et fit multiplier les offices.

Les rois de France , en vertu de leur souveraineté, avaient toujours prétendu qu'on pouvait appeler à eux de tous les jugements rendus en Bretagne. lis évoquaient même quelquefois les a£Eûres de leur propre mouvement ; les ducs

(i) Actes de Bretagne, 1. 111, p. 737.

(a) JM,, p. 756 et 781.

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