LIVRE nmtikuE
étaienl exercées, en l'absence du prélat, par le ina« réchal de Gié, qui afvait employé sa vie à servir, soit dans la guerre, soit dans les conseils, les rois Louis XI , Charles VIII et Louis XII. Maréchal dé France depuis près de trente ans, lieutenant- général en Bretagne, chef du conseil, il avait justifié raccumulation de ces dignités, en sauvant deux fois la Picardie et en commandant les armées du roi en Italie ; mais , l'année précédente , il avait éprouvé pour la première fcûs pn revers sur la frontière des Pyrénées , par une suite de la mésintelligence qui existait entre lui et le sire d'AIbret. Cette mésintelligence avait pour principe le mariage du maréchal avec Fhéritière de la maismi d'Ârmagnac, sur laquelle Alain d' Albret avaitporté ses vues , après avoir été forcé de renoncer à ThéritièFe de Bretagne. Les &veurs du roi avaient attiré au maréchal bien d'autres ennemis. surintendance de ^éducation du comte d'Angpu* léme lui avait été confiée, avec Padministration des biens de ce prince, héritier présomptif de la couronne, tant qt^ le roi n'avi»t point d'enËufts mâles. Louise de Savoie, mère du jeune comte, avait vu ce choix avec dépit , prétendaait qvton avait porté atteinte à ses di oits de mère; et elle avait formé avec le sire d' Albret et d'autres eoiir> tisans, contre le gouverneur de son fils, une espèce de conjuration, qui n'attendait pour éclater
2à2à8 HISTOiRE DE BRETAGJNE.
qu'une occasion favorable. La uoble fidélité du maréchal ne tarda pas à la leur fournir.
Tx)rsqu il fut averti que la reine faisait embarquer ses richesses, sur la Loire, il ne put douter qu'elle n'eût le projet de se retirer en Bretagne, et prévit d'ua coup d'œil tout ce que cette retraite pouvait avoir de dangereux pour les intérêts de la France. Le roi était dans un tel état de faiblesse , qu'on ne pouvait prendre ses ordres ; il avait perda la parole. Les convenances , d'ailleurs , ne permettaient guère d'entretenir un mourant d'un pareil sujet. Le marécjial prit sur lui de servir l'état au risque de déplaire à la reine et d'être désavoué par le roi. Il envoya à Angers Tordre d'arrêter les bateaux.
La reine fut vivement offensée d'une action
qui était une censure de sa conduite. Quoique le roi, aussitôt qu'il fut entré en convalescence et qu on lui eut rendu compte de cet événement, eût approuvé les ordres donnés par le maréchal, elle éclata eu plaintes contre ce ministre, ne vou-^ lut voir qu'un outrage dans ce qui était un acte de fidélité, et en demanda vengeance à grands cris. Le maréchal, selon elle, était d'autant plus coupable, qu'il était né son sujet; et, dans l'emportement de sa passion, elle oubliait elle-même qu'elle était reine de France. Dès ce moment, tous les ennemis du maréclial de Gié joignn eut leurs