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clameurs à celles de la reine. 11 était de la maison de Rohan, que cette princesse travaillait à abaisser. Il avait occupé de grandes places pendant trois règnes consécutif ; ou eu était jaloux comme s*il ne les eût pas méritées. Les courtisans trouvaient son attentat énorme , et le qualifiaient de crime de lèse*-majesté. Le cardinal d'Amboise, en affectant une grande douceur, n'avait garde de se comaiettre avec une femme altière et vindicative ^ pour soutenir un ministre dont le crédit approchait du sien.
Le roi , obsédé par les plaintes de la reine , maîtrisé par l'ascendant qu elle avait pris, fatigué des cris de toute la cour, eut la feiblesse de se laisser arracher l'ordre d'arrêter le maréchal et d'instruire son procès.
Aussitôt tout le monde ne s'occupa plus que de kii trouver des crimes. C'était faire sa cour que d'inventer uu chef d'accusation. Deux de ses protégés , Pierre et François de Pontbriant , gagnèrent de vitesse tous les autres courtisans et furent les premiers dénonciateurs. Le sire d'Albret, sans attendre qu'on lui demandât une déclaration , vint ofhrir aux commissaires chargés de Tinstruction tous les griefs dont il avait à témoigner ; il n'y eut pas jusqu'à la couitesse d'Angouiéme qui ne s'unit à son irréconoiliable ennemie, dans Fespoir d'acr
ft3o • }i iS rOIRE i)t liiiliT .VG ^ t.
câbler un aunîstre dont le tort était d'amir encouru le ressentiment de la reine pour assurer k coos^atioa de la Bretagne au nouveau roi^ au comte d'Aiigouléme.
Xanuûs la haine des featmes n'est plus ardente que lorsqu'elle succède à un autre sentiment. C'était le 4:as où se. trouvait iouise de âavoie. £julée de la ooiir, d^«stée par la reine, réduite à mm dans Ja diagraoe, veuve de vingt -deux ans, sans au^ appui que aen fils , qui pouvait mourir amt de parvenir à la couronne, qui pouvait en élre exclu par la naissuice d'un datiphm, elle avait eu liesoin plus d'une fois de recourir au crédit du maréchal. £lle n'avait pas négligé, pour se concilier son amitié, les moyens de la coquetterie; et, en voyant le zèle ardent avec lequel il s'était dévoué à son service, elle avait eu à s'applaudir de l'effet de ses charmes, €e seigneur était U^e dans ce temps-là; sa maison était illustre, ses bieas ^sonsidérâbies ; il s'enflamma pour la princesse, et chercha , dit-on, à l'épouser; mais il avmt le malheur d'être jaloux, et la jeune coquette, sans lui «en avoir peut-étro donné le droit , faii en fournissait souvent Foccasion. Il se permit de chasser d'auprès d'elle 4}uelques seigneurs dont il avaM. pris de Pombrage. £Ïle n'osa s'en.fdaindre, mais elle en conserva un profond refiseniimeiit Ir'ac-
ciisé femèesiumm de ra^e , lorsqu'il apprît que d'eiie*méiii0 Louise de Savoie s'était offerte pour déposer cantre Im.
La reine , qui voulait abâolumeui que le uiaré* chai f&t immolé à sa vengeance^ eoToya dewander jttsqu'eu Italie des consukatioiis sur la manière jàè qualifier et de souienir racousatioii qu'eUe
portait contre lui. Deux docteurs de Pavie pous-
crime de lése^-majesté dans Tarrestalion de quri- -quefs «effets appartenaQi à une priâ^^ ^ et Anne -de Biwiiigiie, rassuiée par eeM décision , ^ livln avec une pleine tranquiUîté de icon^eoice à iout^ Fimpétuosité ile ea liaine.
Après de longues investigations, il se Irouiva ^qiie les tàash d'accusatiQii étaient iqu'en f)ariant de la demicre maladie du roi, le maréchal avMt eM l'indiserétion de dîne qu'elle était ^mortelle; que, dès qu'il avait vu le danger du malade, jl airaitCait iloubler la garde dujûbàteau d'Am^Kkise , où étak le duc d'Angoidéme , et piresorit aa lûom* mandantxie se teuir prêt à conduire ce prince au prenuer ordre dans le ohâfceaa d'Angers ; qu'il s'était vanté de s opposer à la retraite de la reine d: de Tempécher d'étne reçue «a JBretagtte xK>mme souveraine^ qu'à cet effet, il avait pratiqué desintelUgenoes dam oolte province , où sa lÊu^dlle était puissante ; qu'il avait fait des dispositions pour se
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rendre mattre de la personne de madame Glande,
filie unique de Louis XII et de la reine , aussitôt après la mort du roi ; qu'enfin il avait désap* prouvé le mariage i>rojeté entre cette jeune princesse et le comte de Luxembonrg. |
Le premier de ces griefs n'était que ridicule; les autres pouvaient assurément n'être que des précautions très-légitimes dans un lionime d'état chargé spécialement de la personne et des inté' ! rèts de rhérîtier présomptif de la couroniie.
Ce ne fut pas tout : on lui chercha des torts dans son administration , et on en trouva un trèsgrave dans un conseil quil avait donné et que le roi n'avait pas suivi. Ce crime était d'avoir pro* posé de convoquer phis souvent le ban et l'arrièreban du royaume, et d'entretenir sur pied un coips d'infanterie de vingt mille hommes. On insistait sur ce lait, dans l'espoir d'exciter la haine du peuple contre lui , et on ajoutait qu'il n'avait couseilié ces levées que pour se rendre plus puissaBt. i
Enfin , on ne voulut pas terminer cette série de gnefs sans y joindre l'accusation de péculat et de concussion ; mais la seule découverte* à laquelle on put parvenir se réduisit à ceci : il avait employé à la garde de son château de Fronsac quinze mortes-paies qui étaient à la solde du roi.
Ln même temps qu'on cherchait des criiues à l'accusé, on lui choisissait des juges. Il fut ren-
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fermé dans une étroite prison. Le procureur du roi, qui le poursuivait devant le grand^couseil au nom du roi et de la reine, conclut à ce i|u'il eût la tête tranchée , à ce qu'il fût ensuite écartelé, et cpie tous ses biens fussent confisqués au profit du roi.
Si la raison se révolle contre de pareilles bon«*
cl usions, elle ne s'indigne pas moins du scandale de la procédure : on entendait des tém^ojais. de tous côtés ; mais les principaux s^étaient offerts d'euxmêmes et n'étaient que des denquciateurs. Plu* sieurs étaient récusables à cause de la haine déclarée qu aIs avaient vouée à l'accusée 11 était pri^é de toute communication v .de tout eonseil, et , on iui refusait le secours d'un avocat La fermeté.du maréchal ne se démentit point dans l'abandon où il se voyait. Il produisit des mémoires pleins de Ibrce et de raison; il soutint ses. interrogatoires avec une présence d'esprit qui plus d'une fois réduisit ses accusateurs au silence.
Dans, ses mémoires^ il disait que, pour être criminel de lèse-majesté, il £dlait avoir commis u^ attentat contre la chose publique; que ce n'en était point un de s'être, exagéré le danger du roi^ d'avoir pris des précautions pour la sûreté de l'héritier du trône, d'avoii' fail arrêter des meubles, d'avoir craint que le mariage de la fille, du roi avec le prince d'Autriche ne devint funeste à
aci4 HISTOiaS 1>£ BAETAGIîE.
k Awioe, mi aroir consdHé T'Mftretien d'une année permanente.
S^U amt paiié «te la tnalaéie da roi , çe n^awt été qu'avec douleur, en sujet ûdèie et reconnaismil; de tous les bienfidisdontâ àmiit été comblé par ce monarque.
Les ordres donsés pour doubler la f^arde du duc d'Angoulème et pour le feire transférer à Angers y si le roi "veoaità mourir, étut une pré^ caution dont sa charge de gouverneur du jeune prince lui faisait un devoir.
Consme ministre , il avait^ "«^ler i la cotiser* vation des intérêts de Tétat, et c'était dans cet intérêt qu'il aurait tu avee regret le départ de k reine; mais il n'avait jamais annoncé l'intention ét «y opposer-: il n'a!v«it &ttt orréler <]ue 4es bur teaux (i).
Gomme homme d'étaft, il sMât bien pu wmt
une opinion sur le mariage de la fille du roi «t sur l'organisation de l'armée, sans qu'on put lui en fiiire un crime, quand même ee serait une er> reur, ce qu'il était loin d'accorder. Quant au premier objet 9 rérénement ne le justifiait q»e Irop ; <( quant au second, ajoutait-il, vingt mille hommes d'in&nlerie finançaise ne coûtent guère pkts que deux cents hommes d'armes et sont d'une tout
(i) Actes de Bretagne, t. m, p. 873.
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^ autre utilité, quand <» ne serait que pour ne pli» se trouver à la discrétioa des Suis^ses, nation vénale, qui devient fière et eaôgeante, eiMsitot qu'on a jUeëoin d'elle, et dont la solde ^uise le trésor du roi. Le seul moyen d'aiNMÛr une bonne araiéa, c'est d avoir une armée nationale et permanente, w Dans les confrontations (i)» il répcmdil; nette»» ment à Pierre de Pontbriant « qu'il avait mauvaisèment jEUi^ti , qu'il n'était qu'un franc hypocrite, un -difieur de -patenôtres^ <pû en disait plus qu'tta eorddier, et qui await voulu lui donner un tour de WTdom » Ehsi présence de la oomtesse d'Asgouleme, il fut mesuré et respectueux Lorsqu'on leur demanda, selon Fusage, s'ils n'avaisM; |Mts quelque motif de haine l'un contre l'autre, la princesse dissimulée se hâtad'assarer qu'eUe avaàt
(i) H existe à la Bibliothèque} du Koi un msc. in-f^^ de 70B feuillets 9 intitulé : Procès criminel de Pierre de Rohan» maréchal de Gié en i5o49 S357. J*y ai puisé les traits principaux que j*ai rapportés dans l'analyse de cette procôdnre.
Les archives tle Nantes contiennent un ^rand nombre àlmttB relatif à cette ^procédure. { Armoire B, cassette A., S et C( «rmeîjr^ C, 4sawette3 et C. }
(a) Deux cahiers en papier des interrogations faites à madame Louise de Savoie, comtesse d'Anj^ouleme, et Jean Du Grand, natif du Languedoc, par les commissaires députés pour faire le procès au seigneur de Gié, maréchal de France. Dn octobre et novembre i5o4. ( Archives de Nantes, a)v moire V, caiàctte A. )
tooîoars été Vtm\e da marédhal; et lui , pour éluder la réponse, se couteuta de dire : « Si j'avais toujours servi Dieu comme j'ai servi madame, je n'aurais pas grand compte à rendre à ma mort» Quand elle lui soutint qu'il avait dit plusieurs fois qu'il savait bien que la reine ne pouvait le souffrir, mais qu'il ne s'en mettait pas en peine, il répondit qu'il ae se rappelait pas de pareilles expressions , et qu'il ne voudrait pas s'en être servi en parlant de la moindre gentille femme du n^aume* £nfin, poussé à bout, il fut obligé de récuser le témoignage de la comtesse, en déclarant une partie des iails qui lui avaient attiré sa haine.
Il récusa de même le sire d'Albret, qui, soit pour évitw la honte de comparaître , soit pour occasioner à l'accusé une mortillcalion de plus, feignit une maladie; de sorte qu'il ÊiUut que la confrontation eût lieu chez lui , dans un de ses châteaux. On y poussa jusqu'à l'indécence 1 oubli du respect dû au malheur. L'accusé était sur an petit siège, le témoin, étendu sur son Ut, jouait avec un singe , qui de tèmps en temps s'échappait pour aller tirer la barbe blanche du maréchal, aux grands éclats de rire de tous les spectateurs.
Contre tant d'enuemis le maréchal ne trouva de protection que dans la vertu du chancelier Guy de Rochefort. Ce magistrat, comme prési-