LIVRE HUITIÈME. ^Sj
dent du grand-conseil , eut le courage de déclarer
qu'une procédure conduite avec une telle partialîté était illégale; qu'il Êdiait donner à Taccusé le temps et les moyens de se défendre, entendre tous les témoins à décfaarge qu'il aurait à produire , et le remettre provisoirement en liberté. L'autorité de ce juge vénérable fit prévaloir cet avis ; le prisonnier fut élargi , et cliercha à gagner du temps, en £ûsant traîner la procédure en longueur. Elle dura en effet plus de deux ans. Il se flattait que dans un si long délai le ressentiment de la reine pourrait se calmer. Il se trompait. Cette femme vindicative ne ralentit pomt ses poursuites : elle y sacrifia trente-deux mille livres de son épargne (i), somme consAciérabic a cette époque. £nfin elle obtint que l'accusation serait jugée par le parlement de Toulouse, qui, disent les historiens, mérita cette préférence par la réputation dont il jouissait d'ime grande sévérité. On prit cependant la précaution de le renforcer de treize magistrats choisis.
(i) Acquits des frais faits pour l'instruction du procès contre le maréchal de Gié.
Copie du compte des frais et dépens iaiu à la suite, instruction et jugement dud. procès, montant à ia somme de 3iy9oS liv. S sols lo deniers tournois , en date du 21 juin i5o5. ( Archives de liantes, armoire cassette C. }
Enfin rarrét fut prononcé le g février î 5o6 ( i ), et sa rédactîoii réTèle rembarras extrême où &e troïkvmentces juges servilea pow condamner niomme vénéraUe qu'on leur avait livré, et porte que, <c pour aucun» excès et fiicites desquels i) a appara à la cour, par le procès, le défendeur être chargé, €fC pour eertaines grandes causes et considérations à ce la mouvant,» ladite cour Fa privé et prive du gcmvemement et garde du comte d'Angocdéme, (les gouvernements d'Amboise, Angers et autres qu'il tient du roi, le suspend pour dnq ans, de FofBce de maréchal, lui ordonne de se tenir éloigné de la cour, pendant le même temps, à k disCance de dix Keiies au moins, et le condamné à restituer la solde de quinze mortes-paies qu'il a employées à la garde de son château de Fronsae. Ainsi on évita d'énoncer aucun chef d'accusation, et tout ce qm, résultait de Farrét, c'était qu'an maréchal de France avait employé à son service particulier quinze hommes soudoyés par le roi.
La reine , en apprenant ce jugement, affectai dire que la mort aurait été une peine légère , parce que le coupable n'aurait pas eu à supporter le poids de sa disgrâce ; dernier rafiinement de vengeance de la part d'une kmme implacable (a).
(1) Actes de Bretagne, t. m , p. 875.
(2) « Cette ame vindicative ( c etoit le seul défaut qu'on re-