LIVRE HUITIÈME
litHiis Xli rejeta la requête que le imurédial
avait pré^utée pour appeler de cette coqcUuuus^ tion ; et ce ideux guerrier , dépouillé de ses honneurs, mais touj ours envi roiiiié de la cousidération pubUque » qui veage de Vingratiti^ des cours el des injustices des vois , se retira dans son château du Verger^ où il vécut en sage> m^risant les outrages que qudk|Cies misérables eneouragés par ses ennemis ne manquèrent.pas de lui adresser. «U se joua une &rce sur ce sujet dans un collège de Paris (i),oii ils disoient qu un maréchal^ ayant voulu ferrer un en; avoit reçu un si grand coup de pied ^ qu il eu avoit été jeté par-dessus la muraiUe de la cour jusque dans le Verger^ » Pendant qu on faisait sur son compte ces pitoyables et atroces plaisanteries, il se félicitait de pouvoir passer les dernières années de sa vie dans la jouissance des biens que la fortune lui avait laissés. Il exprima ce sentiment par le choix d'un emblème qui consistait en un chapeau à grands bords rabattus, avec cette devise : A la bonne heure nous prU la pluie.
« marquoit en la reine ) aima mieux le voir bannir de la eour n dans un état humilié, que de lui procurer la mort, qui an-
« roit mis, di^^oit-elle, trop tôt lin à ses peines. Moatfaucûu y Monum. de la Mon. JFr., t. iv y p. 90.
(i) Méxeraiy Histoire de Ftance, t. n, p. 377.
HISTOIRE DE BEtiAGiJiE.
Anne de Bretagne, pour constater le droit
qu'elle avait dans son duché , ne manqua pas dy £ûre un voyage aussitôt après la mise en accusation du maréchal. Il ne lui fut pas dx£hcile d'en obtenir la permission du roi; mais FarriTée en France de Farchiduc, père du jeune comte de Luxembourg, la rappela à Blois , où Ton fit encore un troisième traité pour l'union de ce prince avec madame Claude , toujours en stipulantqu elle apporterait en dot le duché de Bretagne et plu-' sieurs autres provinces, si le roi ne laissait point d'en&nts mâles de la reine* Anne. Plusieurs his* toriens, notamment Mézerai (i), attribuent à la politique de la reine ce projet de mariage si souvent renouvelé et dont la i éalisatiou aurait été si funeste à la France (2) ; mais des. cessions de cette
(i) Histoire de France, 1. 11, p. 875 et 376.
(a) « Ce ne peut être qu'à la sollicitation et par i'impor- « tunité de la reine Ânne quil ( Louis XII ) avoit consenti R dans ce traité au mariage de sa fille Claude avec Charles, « fils de Philippe, archiduc d'Autrirhe. Il connoissoit mieux « que personae combieu une telle alliance auroit été perni- « ciease au royaume. La reine Anne étoit une princesse fort « vertueuse, mais elle vouloit toujours dominer, et prenait « souvent un aii de liiaitrossc. Louis avoit beaucoup decom- « plaisance pour elle, et disoit à ses plus iaoïiUcrs, qu'un mari « passe bien des choses à sa femme quand elle a soin de « garder la foi conjugale. Il prenoit quelquefois le haut ton»
LITRE HUITIAmE. Sl4i
importance devaient alarmer tout ce qui avait quelque sentiment de l'intérêt national. Ces deux enfants sortaient du berceau : une multitude de chances pouvaient les rendre orphelins l'un et l'autre avant qu'ils fussent en état de régner; une régence autrichienne se serait emparée du gouvernement de la Bretagne , du Maçonnais et du comté de filois; la France se trouvait démembrée.
Les états-généraux se chargèrent de justifier le maréchal de Gié sur un des chefs de Taccusa-
« en gardant ])(>urtaiit tics mesures pour ne pouil la choquer. « Brantôme donne à entendre que ce .n était point rintention « de la reine Anne que, par ce mariage, la Bretagne passât « à la maison d'Autriche» mais qu'elle espérait encore d'a- « voir quelque enfant mAte. Il y a apparence que Louis Tes- « pérait aussi, quand il const iitit, au commencement, auma- <i riage de sa fiile avec Charles d'Autriche; mais quand il vit « qu'il n'y avait plus guère d'espérance, il se roidit contre la <t volonté de sa femm^. » (Montfaucon, Monum. de la Mon. française, 1. 1^ , p. 91. )
Le témoignage de Martm du Bellay s'accorde avec celm de Mézerai et de.Montfaucon. «Le mariage du duc d'Angou- « lesme, dit-il, liv. i de ses Mémoires , ne s'estoit sceu faire du « vivant de la royne Anne, parce qu'elle aspiroit plutost au " mariage de Charles d'Autriche , dont elle avoit pourparle « long-temps avant, qu a celui dudict duc d'Angoulesme ; et « disoit-on que l'occasion qui à cela la mouvoit estoit pour <t la haine qu'elle portoit à madame Louyse de Savoye, mère « dudict duc. »
a4^ HISTOIRE DE BRETAGRE.
tioa portée contre lui. Ils demandèrent qu'oft renonçât enfin à ce mariage, et que la princesse fiit unie au jeune duc d'Angouléme , qui était le plus proche parent du roi (i). Ijes députés de Bretagne aux états - généraux présentèrent une requête au roi, au nom de leur province, pour le supplier de ne la point exposer à passer sous la domination d'un prince étranger. On tint, pour la forme, un conseil où les principaux seî* gneurs de la Bretagne furent appelés, et dans lequel on décida la rupture des traités £aits avec l'Autriche, et l'union de la fille du roi avec ce prince , en faveur duquel les vœux de la France entière s'étaient élevés. Les fiançailles de ces deux eniants eurent lieu quelques jours après, le ai mai i5o6.
Ce fut encore un sujet de dépit pour la reine, qui ne pouvait souffrir ni le prince ni sa liière. Elle fit tout ce qu'elle put pour empêcher ce mariage (2); et,. quand il fut arrêté^ elle en té*
(t) Récit de ce qui s'est passé lors de U remontrance faite au roi Louis XII, parles états du royaume, pour l'engager à consentir au mariage de madame Claude de Franee avec
Mgr. François, duc de Valois. ( Recueil des lettres de Louii» XU et autres princes de son temps, 1. 1, p. 4^* )
(ft) « La reine Anne s'y opposa ( au mariage ) vivement Lt haine qu'elle portoit à Louise de Savoie, mère de François»
étoit si grande, qu'elle ne put jamais consentir à une idfe