‹ Histoire de BretagneChapitre 45 sur 80 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

moignà son mécontentement dans le contât ( i ) ; car, elle ne dota sa fille que de <:ent mille .écus, au lim de lui assorer la Bretagne. On pouvaett dire que cette assuraijce n'était pas nécessaire, puisque la constitution du pays appelait la princesse Claude à recueillir cette succession. Mais Anne fit plus : elle se réserva la faculté de disposer de son duché à sa volonté , si elle avait un fils ; en quoi elle dérogeait expressément au principe qu'elle avait elle-même établi pour que la Bretagne eût un souverain à part : ce qui prouve qu'elle tenait moins à assurer Tindépen- (laiice de la Bretagne, qu'à exclure de cette souveraineté le mari de sa fille.

Son propre contrat de mariage promettait le duché au second de ses en^ts , prince ou princesse: ainsi, si elle laissait plusieurs fils, l'aîné devait être roi de France, et le puiné duc de Bretagne ; s'il y avait un fils et une ou plu-

alliance; elle youloît que le mariàgie cinlevant conclu avec

Charles d'Autriche passAt et fnt exécuté. Vous voulez donc!, lui dit Louis, faire luie alliance de» chats avec les souris. Malgré tout cela, elle demeura toujours si obstinée, que ce mariage avec le comte d'Angouléme ne fut consommé qu'après sa mort. » (Montfaucon , Monuments de la monarchie française, t. iv, p. 93.) Voyez aussi Mézerai, Histoire de France 9 1 11, p. ai 3.

(i) AcUBs de Bretagkie, t. m» p.

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sieurs filles, Tainée de celles-ci était appelée à la poss^sion du duché; s'il n'y avait qu'une iille, elle héritait de sa mère et non de son jpère ; en* iin , s il y avait plusieurs filles et point de mâles, il était impossible de trouver une ,raison pour exclure Tainée de la succession au duché, et de lui préférer la cadette. Ce fut cependant ce que la reine essaya, suivant quelques historiens; tant son animosité contre son gendre l'emportait sur les sentiments qu elle devait à sa fille.

Ces historiens ont même cherché , dans le contrat de mariage d'Ânne et de Louis XII, de quoi appuyer ce système. Elle avait voulu, dit d'Argentré, que le second enfant, mâle ou femelle , demeurât prince du pays. Gaillard, qui a adopté cette manière de voir, prête à la reine un raisonnement qu'il est assez difficile de com* prendre. Anne, selon lui, affecta d'étendre aux filles la clause de son contrat de mariage qui concernait le fils puîné ; et elle avait en effet pour elle, ajoute-rt-il, les termes du contrat L^aînée , disait-elle , va parvenir à la couronne de France, puisqu'elle épouse l'héritier présomptif ; le duché doit donc appartenir à la puînée. Comment cet historien ne s'est-il pas aperçu que devenir femme du roi de France, ce n'est pas la même chose qu'hériter de ce rojaumc? Comment ne s'est*il pas rappelé que le mariage de

LIVKE HUITljkMJi;.

madame Claude avec 4e duc d'Angouléme avait été fait sur la demande des états-géuérauiL, et même à la prière spéciale des- états de Bre» tagne ; que , lorsque les jeunes fiancés furent promis l'un à l'autre, le 2 1 mai 1 5o6, la princesse était encore fille unique; que madame Renée,, sa sœur, ne naquit que plus de quatre ans après, le a 5 octobre i5io; que, par conséquent, il ne pouvait être question, avant cette époque, des intérêts de cette seconde fille? Déshériter Fainée eut été , d'ailleurs, un acte d'autant plus injuste , qu*on ne pouvait pas considérer son mariage comme irrévocablement terminé; car elle avait à peine six ans, et son fiancé n'en avait que dou2e. Il y a plus : ils 11e furent pas mariés du vivant de la r^ne , et c'est à elle qu'on attribua le retard de cette cérémonie ( i ).

Lorsque la guerre éclata quelques années après, en i5fo, entre la France et le pape Jules II, la haute piété d Anne de Bretagne s'alarma de voir

(i) « La reine Anne avait empêché ce mariage tant qu elle «( vécut , par haine pour la mère du comte. » ( Art de vérifier les dates, art. de Louis XIL )

Si la reine mèro eût vécu , jamais le roi François ne l'auroît épousée; car elle prévoyoit bien ies mauvais traitements qu'elle en devoit recevoir. ( Brantôme, {>iscours sur madame Claude de France. )

le Sis idné de l'Église tirer ïépée coutre le pève

conmiuii des chrétiens, £lle coj^ijurait le roi avec des larmes de pa» evilr^rendre une

guerre impie; et ses scrupules ne laissèrent pas de donner des embarras au cabineL Louis poyusM la défâreiiee jusqu'à se laisser accuser de faiblesse, tandis que les procédés du fope le difipensaieut même de la modération. Ce fut par condeacendauce poui' k reine , autant que par politique, que Louis Xli convoqua le clergé de: Franee^ peur résoudre des questions telles que celles-ci : Quand le pape attaque les éifeats et ia personne d'im prince, est-il permis au prince attaqué de recourir aux armes pour se déiendjire ? Un prince chré% tien peulHil prendre la défense d'un autre priece chrétien , son allié, injustement opprimé pape ? Si le pape , en état de guerre et sans fowMh lité, excommunie le prince qui se défend, cette excommunicatiefi esl^dUe xat^d^e ? Les évéqucis, assemblés à Tours, résolurent toutes ces questions presque comme des hommes d'état. La reine fut très^^armée de cette hardiesse; et, à son instigation , tes députés du clergé de iketagne, qui assistaient au concite, protestërent contre ces décisions (i) , déclarant (ju ils ne voul^ent prendre aucune part aux actes de cette as-

( i) Actes de Bretagne» t. m , p. 696.

tIVK£ UUlTi£M£.

semblée , qui tendaimt à nudotemr fc» libertés de

l'Église gallicane. '

Mézeraî rapporte (i) que Louis XII &e tira d'autre vengeance de cette opposition y égalemenl impoUtique et obstinée, que d'avertir la reine 9 par un apologue, qu'elle pourrait perdre de son influence, si elle TOttiatt en abuser. «Autrefois, lui dit-il, les biches étaient armées de oornes comme ks cerfs ; elles furent tentées de s'en préTalcdr pour dominer : le ciel les en piimt,^' en les privant de leurs armes. Pensez -vous, ajQutait-*il , être plus savante que tôute» les uni* versités qui sont d'accord avec le concile? Et vo» Mufiesseura ne vous ont'^ils pas appris que les femmes n'ont point voix dans l'Église?»

£n dépit des scrupules de la reine, la guerre n'en- eut pas moins lieu ; et, si eelte princesse n'eut pas la consolation de voir la France réconciliée arec le saint^siége , ce nie fut pas sa &ute ; car, séparant elle-même sa cause de celle du roi , son mari, elle Élisait solliciter à Rome une absolution pour elle (a). Anne montra plus de dignité

(1) Histoire de France, t. ii , p. 37$.

(2) Scripsit Eeu. D. cardumUs de Lucemhurg, ad sanctissimmi Ihittinmii nostrwu multum depncatorias, rogans et ob- 9€cnm$ rwonçflÙÊÊmna» régis Framimm cum Sanetitaie md, rejiciens omnem calpam prmterUosrum m coneiUum; «# mtdtis

'i4S UJSTOlKi!; DE BRETAGNE.

dans une guerre maritime qui éclata, en iSii, entre la France et l'Angleterre. Les Anglais insultaient souvent les côtes de la Bretagne. Elle fit armer, dans le port de Brest, une flotte dont le principal vaisseau portait, dit-on, cent canons et douze cents hommes ; ce qui donne une idée de l'état où l'art des constructions navales était parvenu- à cette époque. Primauquet, capitaine breton, commandait ce vaisseau, qui portait le nom de la Cordelière, Avec une vingtaine de bâtiments , il se jeta au milieu de la flotte anglaise, forte de quarante, et en avait déjà coulé bas plusieurs, lorsque le feu prit au sien. Désespérant de le sauver, il accrocha l'amiral ennemi, et Fun et l'autre sautèrent à*la-fois. Dans cette guerre , la Bretagne avait bien mérité de la !:< rance ; la reine en profita pour obtenir la restitution du comté d'Etampes, confisqué autrefois sur son père. £Ue l'avait demandé sous prétexte d'en

pcrsuadet ui régi petenti veniam pareat; si non 'vuit régi, delphino saltem successori et reginœ ^ quœ fiens prccatur veniam, ( Dépêche de Jacques de Bounissis, à Marguerite d'Autriche. Recueil des lettres de Louis XXI et d'autres personnages de son temps, t. nr, p. 5i. ) On ne voit pas de quel dauphin Jacques de Bonnissis veut parler. La reine n'avait eu que deux enfants mâles , qui étaient morts au berceau, et, sous ce règne, il n'y eut aucun dauphin qui parvint à l'âge de recevoir l'absolution^

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doter sa seconde fille , dont un négociait, à cette époque , le mariage avec Ferdinand de Castiile* Des lettres patentes, énonciatives de cette restitution , turent adressées au parlement de Paris, en i5ï3: elles n'y furent enregistrées que soLAS la condition que ce comté ne sortirait pas delà descendance du roi et de la reine, et serait recueilli par Fainé de leurs enfants ; mais cette restriction fut annulée par un ordre formel du roi.

Ce fut le dernier événement de la vie d'Anne de Bretagne. Depuis quelque temps , cette princesse ressentait de violentes attaques de gravelle. Elle Y succomba le 9 janvier 1 514? à l'âge de trentesept ans.

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