‹ Histoire de BretagneChapitre 46 sur 80 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Troisième mariage de Louis XH, i5i4. ^ Sa mort, i5i5.

— La leiae CUude remet la jouissance de la BreUgue au roi François P', i5i5. — £lle lui en oèd^ la possesffloa à perpétuité, en cas qu'elle ne lui laisse point d*enfants, i5i5.

— Mort et testament de la reine 6Iaude, i5!i4. — François I" prononce la réunion de la Bretagne à la France, après en avoir fait faire la demande par les états, i53a.— I> dâuphitt François proclamé duc de Bretagne. Revenus de la Bretagne à cette époque. — Mort du dauphia François, i536. — Le dauphin litun proclamé duc de Bretagne, iSSy. — Henri II, roi de France, i547. — £xposé des droits de la France sur ce duché, et prétentions rivales. — Avènement de Henri IV au trône de Francei 1589. — Écrits pour et contre les droits de ce prince sur ce duché. — Guerre de la ligue en Bretagne. — Le duc de Mercœur veut se faire déclarer duc de Bretagne. — Pacification, 1S98. — Henri IV reconnu en cette qualité.— Notice des événements ultérieurs , jusqu'au règne ^ Louis XVL

Louise dk Sa^voie, mere du duc d'Angouléme, dit dans ses Mémoires qu'en mourant la reine Anne lui iaissa l'aduumstration de ses biens et le soin de ses filles; amesmeînent, ajoute-t«elIe, de

madame Claude, femme de mon tils, laquelle j ai boAorableiuent et amiablement conduite.» U est difificile de ne pfts croire qu'ici la princesse se vante im peu,, Ce& deux iemmes ne pouvaient pa& $e soHflHr : comment «dmettre un pa«al témoignage de coiiiiance de la part d'une reine dont la prm- ' dpale vertu n'était pas ToiihU des inimitiés, et qui, sous différents prétextes , fit retarder , tant ' ^'eUe vécut, le mariage de sa fiUe avec le duc ' d'Angoulême, de telle sorte qu'à 1 époque de sa mort ils étaient fiancés depuis huit ans (i)?

La reine Anne ne laissait que deux filles : le duc d'Angouléme devait épouser i'ainée ; la Bre^ tagne lui était assurée. Il était en même temps liéritier présomptif de la couronne de France ; le rei avait déjà cinquante * trois ans; mais tel est

(i) «Au mois de mai ensuivant i5i4, François, duc de « Valois et comte d'Angoutesme, apparent héritier de la cou- * « ronne de France , espousa à Saint-Germain-en-Laye roa- « dame Claude, fille aînée du roy, comtesse de Bretaigne, par « la succession de la royne Anne , sa mère; lequel mariage » nea^escoit soeii laii» du vivant deladide royiic Aimey parce « fpi'cUe a9piiv>it plutost au mariage de Charles d'Autriehe, « pour reste heure empereur, dont il avoit esté pouiparté n ioni^tempsaTanty qu'à celuy dudict due d'Angoulesme^ et < ^isoiUm, qjÊB roceaiîoii qui à ce la mouvoit, estoit pour la « haine qu'elle porloit à madame Lumyw de Savoye, mère « dudict duc d'Aiigoulesnie. » ( Mémoires de Martin d\\ Bellay.)

MISTOJK£ VE BRETikGNIÙ

rempressemeiit des courtisans à réveiller les passions dans le cœur de leurs maîtres, qu eu moiiis de trois mois ^ et avant de s*occuper des noSces de | madame Claude, on avait eu le temps de uégo- ! cier deux mariages pour le roi. Le jeune prince ! ne dissimula point qu'il en était fort alarmé. Pour calmer ses inquiétudes, le roi se décida à lui don* lier irrévocablemenl la iiiaiu de sa fille. Le mariage lut célébré le 18 mai i5i4* Louis remit en même temps à François l'administration du duché de Bretagne, à la prière des états (i), mais un peu contre son gré et sous la réserve des droits éventuels (le la princesse Renée, sœur cadette de la jeune duchesse d'Angouléme (a).

Immédiatement après , il se remaria lui-même pour la troisième fois* La princesse qu'il épousait, sœur du roi d'Angleterre, Henri VIII, jeune, belle, élevée avec une grande liberté et soupçon* née d'en avoir déjà usé, paraissait devoir être fatale à la fortune de Théritier actuel de la couronne. -

(1) Les auteurs de l'Art de vérifier les dates disent quV prés la mort de la reine Anne, Louis XII céda le docbé de Bretagne, le 17 octobre, à madame Claude. Cette expt^ssion est impropre : la Bretagne n'appartenait point à Louis XIL et méiue il ne pouvait en réclamer la jouissance viagère qu«* dans le cas où la'reine Taurait laissé veuf sans enfants.

(a) Actes de Bretagne, t. m, p. 9^5.

LITRE NBUVI^EME. 253

Elle amenait avec elle un duc de Siiffolk, espèce de parvenu dont le nom était Charles Brandon ^ et qui avait été gratifié d'un duché, dépouille des Lancastre. Il passait pour son amant, et non sans quelque rai^oa, car clans luiiuite li devint son mari.

La comtesse d'Angouléme, douairière qui avait trop d'expérience pour ne pas être clairvoyante , et trop d'ambition pour ne pas veiller aux intérêts de son fils, la Êdsait observer jour et nuit : mais le jeune prince , qui était uu grand étourdi, faillit à rendre inutiles tous les soins de sa mère. Il se prit de belle passion pour la nouvelle reine; et, ayant cru s'apercevoir qu'il ne lui déplaisait pas, il allait risquer de se donner un maître, lorsqu'un de ses confidents lui en fit faire la réflexion. Malgré toutes ces précautions , l'espoir de succéder à la couronne n'en devenait pas moins tort incertain pour lui; le roi pouvait avoir un fils. Il n'en fut point ainsi : la santé de Louis XII se trouva tellement altérée après deux mois de cohabitation avec sa trop jeune épouse, qu'il mourut le i ' janvier i5i5. Le duc d'Angouléme devint Fran- iSis, cois I^*", et Qiadame Claude se trouva reine de France.

Dans leur contrat de mariage il n'y avait pas une seule clause qui tendit à assurer au mari la possession ni même la jouissance du duché de

Bretagne; mais trois mois après leur avènement,

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le 22 avril) la reine , a en considération de lagrant amour et dilection du roi son mari , et de la promesse par lui laite de se charger du mariage de madame Renée (seconde fille du roi Louis Xil et d*Anne de Bretagne), céda et remit le duché audit roi 9 pour en jouir sa vie durant et être réputé vrai duc de Bretagne ( j ). »

Le 28 juin de la même année, « considérant que, par cette donation à vie, elle n'a point satisfait à son vouloir, qui est de céder cette possession an roi à perpétuité, au cas qu'il lui survive; oonsi* dérant toutes les dépenses que le roi a faites et tous les travaux auxquels il s'est livré pour conquérir le duché de Milan, dont elle, reine Claude ) est la légitime héritière (comme fille de Louis Xn); consid^nt que, si le duché de Bre» tague venait^à tomber aux mains de quelque prince étranger, il pourrait en résulter des gnerrei> elle donne , cède et transporte ces [>ossessioBs au roi, pour en jouir à perpétuité, s'il survit à la donatrice sans eniauts issus de leur mariage, ou si ces en&nts meurent avant lui (2). »

Cette nouvelle cession n'assurait pas encore d'une manière irrévocable l'union des deux pays.

Les choses restèrent en cet état j usqu^en 1 S249

(i) Actes de Bretagne, t. m, p. 939.

(a) Ibûi.

qui fut r&Dnée de la mort de la reine. Par son

testament , elle transmet la Bretagne au dauphin, * en en laissant Tusufruit au roi (i). Ni cette prin«cesse ni les Bretons ne se rappelèrent ou ne voulurent invoquer la clause du second contrat de mariage de la reine Aâne, diaprés laquelle c'était le puîné, et non Taîné des eniants , qui était appelé à hériter du duché. Cette époque était celle des maiiieurs de nos armes en Italie. L amiral Bonnivet venait d'en être chassé ; les Impériaux mettaient le siège devant Marseille : François I^'^ passa encore les monts, et alla perdre sa liberté avec la bataillé de Pavie.

Lorsqu'il fut question de payer la rançon de ses is^g, fils, qu'il avait laissés en otage à Màdrid, il de* manda un subside à la Bretagne. Les états votèrent une somme; les viUes omirent un don gratuit; les geatiishommes déclarèrent (2) que, bien qu'ils ne dussent au roi que la foi et le vice à la guerre , ils paieraient chacun, dans cette occasion , le vingtième du produit de leurs terres nobles; mais sans se soumettre à aucun contrôle, uaxxn énoncer même la somme, qu'ils verseraient dans un coffre, qui devait demeurer scellé et rester

(i) Actes de Bretagne, p. 96a. Voyez l'acte de serment des Bretoas.

(9) Ihid., t. m , p. 987.

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dans la province jusqu'au moment où il s'agirait de payer la rançon des augustes prisonnier^. On ne dit pas ce que cette contribuUou produisit. Quant au clergé, il évita de contribuer pour sa part à cette charge, en alléguant qu il ne pouvait le faire sans la permission du pape, qu'il n'eut garde de solliciter.

Après quelapaixeutétédéfinitivementassuite par le traité de Cambrai , François I*' s'occupa de consolider une conquête plus facile à-la-£ois et plus profitable que celle du Milanais. Le chancelier Duprat avait rédigé des mémoires sur les moyens de consommer la réunion de la Bretagne à la France. D'Argentré raconte que ce fut un magistrat breton , nommé le président des Déserts, qui proposa au chancelier de foire demander la réunion par les états eux-mêmes, et qui lui en fit entrevoir la possibilité, en gagnant un petit nombre de membres dans les trois ordres.

H s'agissait d'appliquer à ce duché les principes qui règlent la transmission de la souveraineté pour les anciennes provinces du royaume. Il y avait bien encore quelques maisons issues des anciens ducs , par les femmes , qui pouvaient avoir quelques droits éventuels sur cette principauté; mais elles voyaient le roi entouré de cinq enfants» qui les excluaient pour long-temps de la succès-

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