LIVRE NEUVIÈME
oôAquérir la Éretagne qu'avec les troupes que cette province fournirait elle-inéino ; il fit choix du maréchal de Brissac pour y défendre ses intérêts ; mais , soit faute de moyens , soit défaut de capacité de la part du général , la campagne de i597 ne fut marquée par aucune opération décisive.
Le nouveau gouverneur détacha un corps de douze cents hommes d inikntene et de deux cents chevaux, qui était tout ce dont il pouvait disposer, pour aller au secours des malheureux habitants de la basse Bretagne , poursuivis comme de misérables animaux par la bande de Fontenelle, par les Espagnols , par les garnisons de tous les châteaux , après s'être vu arracher leurs bestiaux, leurs provisions, et réduits , faute de pouvoir cultiver leurs terres, à vivre d'herbes et de racines.
On ne saurait retracer toutes les barbaries du
genlilhouiiiie brigand , devenu la terreur de cette contrée. Il détroussait les passants, pillait, brûlait les villages et les châteaux , infestait les mers voisines par ses pirateries , enlevait des personnes riches, et proportionnait leur rançon aux tourments qu'il leur faisait souffrir. Dans une de ses courses sur la côte de Léon, il déroba une petite * fille bien née , la conduisit dans son repaire , et l'épousa publiquement, quoiqu'elle n'eut encore 3- ai
3aa HiSToiEB bb mvlmta^ve,
que neuf am. Touieft les feaunas des tillagos ▼ot'*
sins avaient été violées; cinq ou six mille paysans avaieut péri par le fer ou par feu : tous propriétûres étaient obligés d'acheter de» sauye«^ gardes, et souvent ces sauvegardes n'étaient qu*im piège. Un seigneur qui avait une belle femme , et qui passait pour riche , voit un jour son château investi ; ses portes sont brisées ;
Fonlenelle se présente; on garrotte le gentilhomme, OU ie conduit de i;hainbre «a chambiv^ pour qu'il livre tout ce qu'il a de précieux ; en^ suite le brigand Je. poignarde, et déshonore la femme sur le corps sanglant du mari. Ce n'était pas encore assez pour ce tigre altéré de san^ : cette dame avait une petite £lle ; il fiiit attacher
au cou de celte enfant un chat, qui, devenu furieux 9 la déchire et la tue^ tandis que ie . monstre s'enivre entre le père égorgé et la wjm expirante.
La petite ctdonne 4&nvoyée par le gouverneur vint assiéger Fontenelle dans Douarnenez ; mais elle ne put ïf fimer. Pendant ce ten^s-là, le duc
de Brissac, renfermé dans Rennes , et le duc âe Meroœur à Nantes, attendaient les événemenlis extérieurs qui devaient décider du sont de la Bne» t^gne. D'un cot4 le xoifuressait le siéf e d'Auneas; de l'autre^ une année navale de cent vingt voiles^ sortie des ports d'Es^pagne^et qui se dirigeait s^r
la poinle 4e Bre»t, pour y opérer un débarque^
ment, n*iiii.pirail pas laoins xl'iiiquiétude au duc de Mer/c<eur qu'auiL Bretoas. Le gouverneur jde Brest, averti par des barques qui avaient ren-» Go^é en pleine mer ce foraiidabte armement, rassembla tout ce qu'il put de soldats , de gentils* hommes^ de paysans, et vint les déployer sur la pjage du Cpnquet, d'où l'on voyait déjà touites CCS voiles au large. C'était le i^'^ novembre : les £^^^1^1$ a(^M!QCihaÂent; le .tocsin sonnait dans tou$ le$ villages. La nuiit déroba cette flotte à la vue y et les firetOeiis» qui étaient .en trop pelû HWibne pour espérer d'^mpecher le débarquei^ent, ^^ndaient le jour dans une cruelle 99iN^éAé; mais l'ofasourité durait encore , qu'on ç^^ndit la mer ^agiter avec ce Li ult louitain qui préciède les tempêtes : Tonragan se déclara; et, quand le soleil parut sur l'horizon, on vit tous ces vaisseaux, qui la veille mcuiaçaieat la Bretagne , airaohés d^ dessus leurs ancres, dispersés, ^ £ûsaiit les uns aux autres des signaux de jdétiiesse,,$'abandonnant dans toutes les direetiops k rimpétposité des vents, engloutis dans les flots, brisés contre les rochers, ou réduits à xshercher leur salut sur cette côte ennemie.
perte de ^tte flotte ne iaissait plus rien à CFiûndre de l'Espagne. La pri^e d'Amiens , dont on ay^it r^^çu la Jiiouv^Ue quelques joui s aupara«
SI r.
3a4' HISTOIRE DE BRBTàGn^E.
^ vant, annonçait que le roi allait paraître sur les frontières de la Bretagne avec iîne partie de ses forces. Il s'y fit précéder par des lettres qui prévenaient ses fidèles Bretons de sa prochaine arrivée. Lorsque ces letti^es furent lues à Thotel de ville de Rennes, en présence du parlement et des notables de la ville , tous s'écrièrent: «Que le roi demande ce qu'il voudra; nous avons exposé nos vies pour son service , nous pouvons bien employer nos biens pour notre délivrance.» Les états décrétèrent, outre les impôts destinés aux dépenses de la guerre, une somme de a5o,ooo écus, qui fut levée par forme d'emprunt au denier douze. Les habitants de Saint-Mâlo offrirent de la poudre, des boulets, des canons; ceux de Dinan conspirèrent contre la garnison qui occupait leur ville; et, aidés de quelques secours venus du dehors, ils chassèrent les ligueurs. Les esprits étaient arrivés à ce point où, après de longues divisions, fisitigués par le malheur, décidés par la fortune , Us abjurent les opinions pour lesquelles ils ont combattu, et se jettent avec impatience dans une situation nouvelle.
Le duc de Mercœur, sentant que la résistance
devenait impossible, renoua les négociations avec plus de bonne foi qu'il n y en avait mis jusqu'alors. Il envoya faire sa soumission ; et, pour prouver au