LIVRE NEUVliMfi. SaS
roi combien elle était sincère, il lui offrit de re*
mettre entre ses mains sa fille unique , pour être mariée, ainsi que Sa Majesté jugerait à propos de l'ordonner. Cet engagement n'était pas de grande conséquence ; car, la jeune princesse n'ayant encoré que six ans , le roi ne pouvait pas en disposer de silot, du moins définitivement. Mais,
' pour se Ëdre auprès de lui une protectrice , le duc fit proposer secrètement à Gabnelle d'Estrées de marier cette en£uit avec le fils naturel qu'ellemême avait eu du roi, et qu'on appëlait alors César ou Monsieur. Il la suppliait en même temps d'obtenir, pour lui, duc de Mercœur, la conserva-
• tion du gouvernement de Bretagne et de toutes les places dont il était en possession.
Gabrielle , enchantée de procurer à son fils un si ricbe établissement, en le mariant à une princesse de Lorraine, à l'héritière de tous les biens de la maison de Penthievre, employa tout l'ascendant qu'elle avait sur l'esprit du roi, pour le disposer à accueillir les soumissions et les demandes du duc de Mercœur. Le projet d'accommodement fut désapprouvé par des conseillers plus désintéressés. Duplessis-Momai écrivit au roi pour le détourner d'accepterun pareil arrangement(T): il faisaitsentir que c'était sacrifier le présent à un avenir qui
. (i) Mémoires de Duplessis-Mornai, 1. 1.
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peut-être ne se réaliserait pas; que , le jeune Césàr n'âyantencoreque quatre aiïs, mille incîdentst|iotivalent empêcher raccomplissertient de ce mariage, et qu'en attendant ce serait une graïkde fiUite de laisser au duc le commandement d'une proTince sur la souveraineté de laquelle il avait élevé des prétèntians ; qu'il y entretiendrait le fefmébt de la ligue, et serait toujours Tallié secret del'Eàpar gde. Cès raisons étaient foH solides nssurément; mais Gabrielle d'Estrées obtint du roi qu'on accordât des passe-ports auit négociateurs. Le duc de Mayenne dit à un seie^neur qui |)ai tait pour la Bretagne : « Dites à M. de Merceeur qu'il fera beaucoup niietnt de traiter avec le roi dans les feubourgs de Paris que dans ceux de Nantes,
Ce conseil venait un peu tard. Le roi était parti de Paris^ le 18 février iSgS^ àvec ùHe armée; il
trouva sur sa route les coiinaissaires qui accouraient atl-devant de Itii pour lui Apporter la souitli^sibn des gouvernetirs de Vannes, d'Hehn^ bond, d'Ancenis, de Machecoul, de Beile-Isle. Ail Pônt-de-Gé, Ce fut la duche^ de Mercè^or qui fit demander audience , et vint implorer la clémënce du roi en faveur de soh niari. Heori la reçut d'abord assez froidement; mais Gabrielle était gagnée : la duchesse versa des larmes, la maîtresse intercéda, le roi se laissa fléchir, pro»
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mit (le recevoir le duc dans ses bonnes grâces, et, comme tous les bons cœurs, fit plus qu'il n'ai^t promis. Au lieu de pousser droit en Bretagne, on se rendit à Angers. La duciiesse de Meroeeur, à qui, quelques jours auparavant, on avait refusé les portes de cette ville, y fit une entrée presque triomphante dans la litière de Gabnelle d'Estrées. Ces deux dames faisaient déjà cause commune, depuis l'union projetée de leurs enfents.
Les commissaires nommés par le roi pour rédiger les aitieles de l'accommodement commencèrent par exiger que le» duc renonçât au gouvernement de la Bretagne , qu'il soràt de cette province, qu'il remît toutes ses places; et ils ne lui allouaient pour toute indemnité qu'une pension de 5o,ooo livres. Les commissaires du duc avaient écouté ces propositions les yeux baissés , sans oser se plaindre qu'on lui fit ache* ter si cher une amnistie. L'honneur d'être frère de la femme du dernier roi ne lui servit pas autant que la bienveillance de la favorite du roi ruinant. Dès que celle<*'Ci eut embrassé ses intérêts, la négociation changea de face; les envoyés du duc devinrent plus exigeants, et l'acte qui ne devait contenir que te pardon de sa révolte devint peu à peu un traité par lequel on achetait sa soumission.
3a8 HISTOtBS BB B&ETAaVE.
Cet accord fut signé le ao mars 1598(1). On
eut soin crexcuser dans le pi éaïubule la rébellioti du prince sur sou zèle pour la religion et pour le bien du royaume. On y énonçait qu'en occupant la Bretagne , il n'avait eu en vue que d'empécher le démembrement de la France et rinyasion des ennemis dans cette province, pendant que le roi était obligé de porter toutes ses forces sur la frontière du nord. En coribcqnence, le roi, ayant Ueu d'en être cotUent et saJdsJiaU^ et voulant récompenser sa bonne volonté^ le recon^ naissait pour son iidèle sujet, ainsi que tous ses adhérents, à la charge de prêter serment de fidélité et d'obéissance, les rétablissait dans tou$ leurs biens et honneurs, interdisait toutes re* cherches sur leurs actes, abolissait tous les jugements prononcés contre eux, ordonnait que tous les arrêts rendus par le parlement de Nantes recevraient leur exécution, si les parties y avaient plaidé Ubrement, rétablissait dans leurs charges lous les magistrats dissidents, maintenait la ville de Nantes dans ses privilèges, accordait au duc un délai d'un au pour payer ses dettes, et enfin promettait que l'exercice de la reUgion réformée ne serait point toléré dans la ville de Nantes, mais à trojs lieues de distance seulement
(i) Acte» de Bretagne^ t. m , p. 1667.