LIVRE ITBUVlàME. 33l
pour luy faire toutes sortes dé subniissions au nom dé son mary^ jtisqu^à liil offrir leur fiUè unique pour en disposer en faveur de tel prince qu'il luy plairoit d'ordonner, ayant bien cette oplmdii néântmoiris qtie, ne lé Touhtft pas dolf* ner à un de sa maison, il la réserveroit pour son fils GéSai*^ eotiime eek c!^ depuis arrivé ; et sdeti* rent si bien cajoler toutes ces femelles, que le roy condescendit à traiter avec M. de Mercœur, sans advancer davantage qu'Angers, où Bosny étant arrivé et allé fidre la révét'ence à Sa Majesté , le roi lui dît en Fembrassant : Mon dmy, ^us soyez le bien-venu; je suis très-aise de vous vcbir iéy. — Et tiioi , sire, tdut aii contrâire , répondit Rostiy, SUIS très-marry de vous trouver enoof<éfe en èeste tille , car vous aVez ët auriez bifen af£ure ailleurs. — Il y a si long-temps que hods lUras dôgndissoUS , i*epartit Id i^, qde nous nous entendons l'un l'autre àdemymot; c'est pourquoi je me doubte desja bien de ce qde yous nié Tdtlles dil^ : mai^ si v6us ëçËltié^ ce qui se passe, et comme j'ai desja bien avancé toutes choses j vous changeriez d'opinion, et ihe tiendriez un autre langage que celui que je voy bien que vous avez en Tesprit. — Je ne suis pas si ignorant que vous estimez, sire, lui dit Rosny; mais je sçais qu'on vous amuse sous des proposi" tions de nopces qui ne vous pourroient point
33a HISTO/EE DE BRETAGNE.
Êdllir quand vous voudriez: car, ayant réduit père et mére à votre discrétion, comme cela vous étoit facile, vous y auriez bien aussi la fille, et n'auriez nul besoin d'entrer en des traittés qui vous cousteront beaucoup. Il ÊiUoit aller droit à Nantes, et là traitteràcoups de canon. Mais je voy bien à vos discours que d'autres causes vous ont retenu, contre lesquelles je perdrois toujoiu^ la mienne (i).»
Une suite de œ traité qui fit moins d'hon»
neur à la fermeté du roi qu'à sa clémence , fat de recevoir en grâce tous les partisans du duc, jusqii à ce brigand qui avait dévasté une partie de la Bretagne , et de le laisser en possession du repaire dans lequel il s'était fortifié (2). Mais Fontenelle n'était pas capable de sentir le prix de cette indulgence ; quelques années après, il entra dans la conjuration du maréchal de Biron, et il expira sur la roue.
Le traité fait avec le duc de Mercœur fut envoyé au parlement et à la chambre des comptes de Bretagne. Ces deux compagnies ne le firent pas transcrire sur leurs registres sans , quelques
(i) Économies royales de Sully, 1. 1, p. 452.
(a) La commission qui nomma Foutcnelie gouverneur de Douarnenez est dans la Coliectioii des Actes de Bretagoe, t. ni, p. i656.
LIVKE ICEUviàHS. 333
observations; mais, dès que cette formalité eut
été remplie , le duc vint offrir ses soumissions et ses respects au roi, qui le fit recevoir dans Angers avec beaucoup d'honneur (i) : ensuite on
( i) Dès Tannée suivante, le dm: de Mcrcœur, plaidant devant ie parlement de Pans, y soutint ses prétentions à la qualité de prince^ avec une arrogance qaî prouTait qu'il n'était pas corrigé; et Henri IV mit dans cette affaire plus de douceur que de dignité.
Extrait bb la haeangub nu pbsmiek nisinsNT au Roi.
« A Tandience publique de Ut chambre de Tédit, m plaidant une cause entre le duc de Meroœur et la dame de Riberac,
les avocats des parties réitérant plusieurs fois le nom de prince en parlant de lui , M. Servin, votre avocat-geucrai , dit que. autres princes n'estoient recognos dans votre parlement que ceux qui avoient Hionneur de vous appartenir, que nous appelons princes du sang.
» Madame de Mercœur, présente à l'audience, releva cette parole 9 disant que M. son mari estoit recoguu partout pour prince y etc.
« M. de Meroceur alla vendredi au soir tîrouver votre avocat
en sa maison, duquel étant reçu avec te! respect qu'il pouvoit désirer, lui dit: « Je ne suis pas venu pour vous recommander « la justice de ma cause, mais pour me plaindre de ce que « vous avez dît en Taudience de la chambre de i'édit, que je « n estois point recognu pour prince : vous avez menti; vous « êtes un marault; je vous tuerai. » Et mettant la main sur son espée, réitéra , « Je vous tuerai » je vous couperai le col. » M. Servin lui remonstrant sa qualité et le lieu où il estoit f
334 HISTOIEB DB BEKX^^KC.
le contrat de mariage du jeuiibe CéNur; on ^ la cérémonie des fiançailles. Le roi donna à iSiOn fils jbe duché de Vendôme , et noauna cet eQÊmt de quatre ms gouveroeur de la Bretagne.
qui 9e ftennettxnt fçmt mi lel oatrage lui eatie lait, lui impliqua qu'il ayoit menti de ce qu'il avott dit, et Itii couperait
le col; et si Tiin des siens ne l'eut retenu, se mettant entre lui €|t led. sieur Servip, il est vraisei«blaJ;)ie que 1 evénemttit de cette piteuse tragédie eust été funeste et déplorable.
« Sortant de la salle, ajouta ces mots : « Puisque je ne Taî « point tué, je lui donnerai cent coups d'ctrivières ; » qui sont des menaces si injurieuses et si peu supportables, qu'elles Qttfaéroient ube vindicte publique.
« C'est pourquoi, vos gens ayant fait leur plainte k votre cour, fut ordonné que promptement il fust infonné; et encore qu'en telles occurences leurs plaintes soient assez ecoyabks, l'information fut faite par deux de vos comeilet, sur ia preuve de l'outrage et indignité telle que Je vous l'ai récité , est intervenu décret, toutes les chancres assemblées, nuii assez sévère ne convenable h l'atrocité du Grime ( il ne s'en pouvoit ensuivre de trop rigoureux ), mais seulement adjournement personnel, en la seule considéraûoo de vostre présence , ayant M. de Mercosur cet honneur d'astre près de vou$.
ff Nous ne vous avons point donné advis de ce décret devant qu^ liist exécuté, pour ne vops donner la peine de nous comniander de nous acquitter de nostre devoir en la justiee , etc. »
KiPONss DU Roi.
« J'ai été très- déplaisant de ce qui est advenu, et plusmany ^e ce que vous avez fait que de ce que vous avez-dit. 'Quand
F^tt de jours après, Henri arriva à Nantes; et, lorsqu^il eut parcouru eette belle YÎlle, admiré aa situation et son port, visité les fortifications al le cfaAteaa» ,U ne put s'empêcher de dire :
uo particulier fait une faute, elle est excusable , mais d'une grande ctmpdgniei comme est oetlé parlement, je ne la ptiis exeuser.
«t Vous avez bien fait d informer: mais, l'information faite, nei^ devÂ^s «e«ir à moi sçavo^r ce que je voulois être fait; * C9^ il me semble que vous me paépjniifiéb àp ^Tè$ que vous ayes décrété; il ne (alloît point faire, i| 6Jj|pit venir à moi.
« J*a(î parlé à M. de Mercœur en roi ; inais je voudrois que mon avocat n'enst point parlé de sa qualité. Ma soeur est année en Lopraftne, et moi, jefals un madage de mon fib de Tendôme avec sa fille.
« Je sçais assez combien le fait me touche; aussi , je veux que la justice s^it faite ; mais je suis le premier président d^s pairs; je veux assister au jugement avec ceux qui y doivent étie appelés; et cependant je ne veux point qu'il soit passé outre.
« Ji > a lies procès au pai li hk ut et à la chambre de Tédii; je nerveux pas. qu'iU lussent 4'avoir justice. )'
Il dit beaucoup davantage, mais c'est la substance de la réponse.
Je répliquai que nous ne lui avioub point doniK' advis dti décret, craignant qu'H ne nous dist, que sçavious quelles esloieat nos 'Charges, etc. { Histoire généalogique et chronologique de lu I^^ÔSûB noyale 4e Erance, «des «pairs, etc., par le père^Jiselmc, X. ui^ p. 791 et 792. }
336 HISTOIBS DB HaSTAGNE.
a Ventre saint-grisl les ducsde Bretagne n'étaient pas de petits compagnons. »
Ce fut là qu'il signa, le 1 3 avril 1 698 , cet édit célèbre bonnu sous le nom d-édit de Nantes, qui
régla le sort et les droits des^rotestants dans le royaume.
11 était prêt à (Quitter cette province, qu'il venait de reconquérir et de pacifier : Sully lui représenta quMl ne pouTOit se dispenser de frire jouir de sa présence cette ville de Rennes, qui lui avait été si constamment fidèle. En traversant les landes qui séparent Nantes de cette capitale, et en voyant partout les ravages de la guerre, Henri s'écria: «Où ces pauvres Bretons pourront*ils trouver tout l'argent qu'ils m'ont promis?» Ce mot touchant, parti, comme tant d'autres, du cœur de cet excellent prince, ne fut point stérile. Après avoir joui des acclamations de ses iideles sujets, il fit, en partant, notifier aux états qu'il entendait qu'on fit cesser la levée des 4oyaoo écus par mois, destinés aux frais de la guerre; qu*on fît remise aux contribuables de tous les arrérages des impositions antérieures à 1597; que les impôts sur les boissons fussent réduits de moitié; et qu'à l'avenir des contribua, tions extraordinaires ne pussent être levées que sur la réquisition des états. Cependant il se voyait en même temps obligé de demander un
secours pour remplir ses engagements, qui auraient amené la pacification, et pom* récompenser ceux de ses sujets qui s'étaient distingués par leur dévouement à son service ; les états accordèrent 800,000 écus. Ils offrirent à Sully, en reconnaissance de son zèle et de son ciffecUon pour la province^ un présentée 6,000 écus, qu'il refusa, et demandèrènt, pour toute grâce, la démolition de plusieurs châteaux devenus les asiles de petits tyrans, pendant la paix, et des repaires de brigands pendant la guerre.
Ce Toyage, cette pacification de la Bretagne, qui venaient de prouver, d'une manière si éclatante, l'ascendant de Gabrieile d'Estrées, furent pour elle Toccasion d'une de ces mortifications auxquelles les maitresses .de rois sont forcées (le se soumettre. Henri vît à Rennes la femme d'un avocat nommé Desfossés, et fut frappé de ses charmes. L'avocat fut nommé sergent d*ar^ mes à Calais , et la belle Rennoise alla s'établir à la cour aussitôt après la mort de Gabrieile.
La paix de Yervius , qui fut conclue vers la même époque entre la France et l'Espagne , ^ sura le repos de la Bretagne, et consomma définitivement la réunion de cette province à la monarchie.
Ce serait une question oiseuse d'examiner si cette réunion fut juste : la discussion serait
ii& HISTOIEE DS BRfiTAGITE.
même interminiible; car, si , d'une piirt, on peut invoquer le droit iu^rescriptible des peiqpie&f qui est de n'appartenir à persomie, si on peut dire qu'il n'y a de puissance véritablement légitime, que celte qui exisile de leur aveu; d'un autre côté, on ne peut pas faire reiuouter ces théories à une époque où elles a'étaient pas m(îine connues, et juger le gouvernement féodal d'après les principes du gouvernement représentatif. L'ordre établi est d'ailleiu^ une autorité, quand il n'est pas eu opposition avec l'intérêt public : or, l'ordre de succes«ion établi en Bretagne u avait rien de déraisonnable; la souveraineté pouvait se tràjimieUre pair les fentmes. C'était par un mariage qu'elle avait été li ansmise aux Piautageûets; c'étiail par un ma^riage qu'elle avait passé dans la màison de Dreux ; ce Cut par trois mariages successifs qu'elle, se trouva appartenir à la maison de Valois. La maj^n de Bourbon recueillit cette possession à titre d'hérédité, et comme déjà réunie définitivement k la couronne de France.
Il serait encore plus difficile de^ décider ai cette réunion Ait profitable à b Bretagne. Comment comparer le connu à rkuxmniU? comment dire ce qui serait arrivé dans des cirebisstmees différentes? Cependant, à en juger du moins par l'histoire des temps antérieuns, il est assez
LfVRC OTEUVfitMlS. .'i^ig
probable que réternelle rivalité de la France et de TAngleterre n'aurait laissé à cette province ni paix ni sécurité. Envahie par Clovis^ par Charlemagne , par t^hilippe-Auguste , par Charles VIII « il est difficile de croire quelle eût échappé à l'ambitioa de Louis XIV.
En passant sous le sceptre des rois de France, les Bretons ont subi le sort de tous les peuples agglomérés dans cette monarchie. lis ont cessé de former une nation, pour faire partie d'une vaste puissance , dont on aurait peine k reoonnaitre l'élément primitif. Dès et moment, la Bretagne n'a plus son histoire particulière. I^s événements dont elle s'est trouvée le théâtre appartiennent à l'histoire de France , puisque ce n'est que par Thistoire de France qu'on peut les expliquer. Par exemple , sous le règne du fils de Henri IV, une conspiration, entre plusieurs autres, fut tramée, contre le ministre tout-puissant, par le jeune comte de Chalais, de la maison de Talleyrand. Il en coûta la vie à ce seigneur, qui fut jugé par une commission du parlement de Bretagne , et décapité à Nantes. Les soupçons de Richelieu s'étendirent jusque sur César de Yendôme : le cardinal Tobligea à démolir, à ses propres frais, Guingaaip , Lamballe, Moncontour, que sa femme lui avait apportés en dot; mais, pou r le dédommager de ce sacrifice, on lui fit payer,
34o HISTOIRE DE BRETAGNE.
par la province, une indemnité de 35o,ooo livres.
La fierté de Louis XIV eut à lutter contre Tes» prit d indépendance qui distingua toujours les Bretons. Ce prince suspendit les fonctions du parlement de Rennes; et, pendant deux ans, les sujets de cette province se virent obligés de venir plaider à Paris.
L'impôt du tabac et l'établissement du droit de timbre occasionèrent, en 1675, une sédition générale y dont les premières étincelles éclatèrent à Nantes. Le gouverneur, le duc'de Chaulnes, voulut la réprimer avec dureté: son orgueil fut humilié; sa sûreté même fut compromise dans des rixes saiiglantes. Alors on envoya des troupes qui écrasèrent la province, et des exécutions innombrables (i) amenèrent une soumis-
(x) Voici comment madame de Sévigné en parle : « Ifos pauvres bas Bretons s'attroupent quarante, cinquante par
les champs, et, dès qji'ils voient les soldats, ils se jettent à genoux, et disent meâ culpd: c'est le seul mot de François qu'ils sachent ; on ne laisse pas de les pendre. Ils demandent à boire et du tabac, et qu'on les dépêche ; et de Caron, pas un mot. » ( Lettre du 24 septembre 1675. )
» M. de Chaulnes amène quatre mille hommes à Rennes, pour en punir les habitants. L'émotion est ^grande dans la ville, et la haine incroyable dans toute la province contre le gouverneur..... Les pauvres exilés de la rivière de Loire ne savent point encore leurs « rimes. « ( Du 9 octobre. )
aion forcée. Les Bretons se rachetèrent par une amende de trois, millions^
a M. de Gbaulnes est à Rennes avec beaucoup èe troupes.
Il a mandé qtie, si on en sortoit, ou si on faisoit le moindre bruit, il ôteroit pour dix ans le parlement de cette ville. Cette crainte fait tout soufTrir. » ( Du x3.octz)bre& )
« M. de Ghaulnes est à Rennes, avec le Forbin: et Le Vins et quatre mille hommes : on croit qU'ît y aura bien de la penderie. M. de Cliaulnes y a été reçu comme le roi ; mais, coimiie c est k crainte qui a fait changer leur langage, M. de Cbaulnes n'oublie pas toutes les injures qu'on lui a dites ^ dont la plus douce et la plus fomilièrê étoit gros cochon, sans compter les pierres dans sa maison et dans son jardin, et des menaces dont il paroissoit que Dieu seul eiapèchoit l'exécution; c'est cela qu'on va punir. » ( Du i6 octobre. )
« Il a transféré le parlement à Vannes,: c'est une* désolation terrible. La ruine de Rennes emporte celle de la pro^
vince On ne croit pas que nous ayons d'états, et, si on les
tient, ce sera encore pour racheter les édits que uous ache>« tâmes deuK millions. cinq cent mille livres il y a deux ans, et qu'on nous a redonnés; et on y ajoutera peut-être encore de mettre à prix le retour du parlement à Rennes. Me voilà bien bretonne, comme vous voyez; mais vous comprenez bien que cela tient à Tair quon respire, et aussi à quelque chose de plus. » ( Du ao octobre. ).
« Cette province a grand tort, mais elle est rudement
punie, et au point de ne s*en remettre jamais On a pris à
l'aventure vingt-cinq ou trente hommes, que l'on va pendre... Madame de Tarente nous a sauvés des contributions. » ( Du 27 octobre. }
« Vottlez^voussavoîr des nouvelles de Rennes? Il y a à pré-
34îi HISTOIRE lifi BRMTL&JiE,
' Ce lut encore pis lorsqjue Louis XIV, ajaiit révoqué les garanties de toiémnee que l'édit de
sent cinq mille hommes; car il en est vena enecyre de Ifintes.
On 9. fait une taxe de cent itiille éms sur lebonrgeois , et, si on ne trouve pas cette somme dans vingt-quatre heui'eS) elle sera doublée et exigible par les soldats. Oa a chassé et banni toute une grande me, et défendu de les ncueiltip, sur peine de la YÎe; de sorte qu'on voyoit tous ces misérables , femmes accouchées, \ieillar(ls, enfants, errer en pleurs au soriu Je cette ville, sans savoir oCi aller, sans avoir de nourriture, ni de quoi se oouohèr. Avant hier on voua un mlon qui a?oU oommenoé la danse et la pillerie du papier timbré. Il a été écartelé après' sa mort, et ses quatre quartiefs exposés aux
quatre coins de la ville On a pris soivaiitc bourgeois; on
commence demain à pendre. Cette province est ^ bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, et de ne point jeter de pieÂres' dans leur
jardin Vous pouvez compter qu'il n'y a plus de Bretagne,
et c'est dommage. » ( Iju io octobre. )
« M. et M*^. de Chaulnes ne sont plus à Rennes^ les rigueurs s'adoiuissent; à force d'avoir pendu, on ne pendra plus. » ( Du 3 novembre. )
« Il fut hier l oui' vi( un liornnic a iiriinrs c'est le dixième qui confessa d'avoir eu dcssem de tuer ce gouverneur; pour celui-là, il méritoit bien la mort..... On vouloit, en exilant le parlement, le faire consentiri pour se racheter, qu'on bâtit une citadelle à Rennes; mais cette noble compagnie voolat obéir lièrement, et partit plus vite qu'on ne vouloit. On aime mieux les maux que les remèdes. » ( Du 1 3 novembre. )
« Voici des nouvelles de notre province. M. de Harlai demanda trois millions, chose qui ne s'est jamais doonéé que
Mantes promettait aux calvinistes , voulut les convertir à ouin armée. Des soMiuts Sùrent en-
qumid le roi vint à Kantes : pour moi, j'aurois cru qaé ç'à'à-
roit été ponr lire. Ils promirent d'abord , comme des insensés, de les donner. M. de Chaulnes proposa de faire une députadon au roi y pour l'assurer delà fidélité de la province» et de Tobligation qu'elle lui a d'avoir bien voulu envoyer des troupes pour la remettre en paix, et que la noblesse n'a eu aiH'une part aux désordres qui sont arrivés..... Je crois que tout est réglé et joué, et qu'ils nous rapporteront quelque grâce. >» ( Du 17 novembre. )
m Voîis me pariée bien plaisamment de nos mimes. Nous ne sommes plus si roués; un en huit jours, seulement pour entretenir la justice. Il est vrai que la penderie me paroit maintenant im rafraîchissement. J'ai une tout autre idée de la justice, depuis que je ëuis en ce pays. Yôs galériens me paroissent une société d'honnêtes gens , qui se siont retiiiés du monde poni' mener une vie douce. Noii^ vous en avons i>ien envoyé par centaines : ceux qui sont demeurés sont plus malheureux que ceux-là. » ( Du 24 novembre. )
« Nos députés qui étoient courus si extravagamment porter la nouvelle du don , ont eu la satisfaction que notre présént a été reçu sans chagrin; et, contre l'es])* 1 ance de toute la provtnce, ils reviennent sans rapporter aucune grâce. » ( Du novembre. )
« Voilà huit cents cavaliers qui arrivent Ils vivent, ma foi,
comme dans un pays de conquête, nonobstant notre bon • mariage avec Charles VIII et Louis Xll. Les députés sont revenus de Paris. M. de St.-Malo, qui est une linotte mitrée , a * paru aux états, transporté et plein des bontés du roi. Il dit que S. M. est contenle dé la Bretagne et de son présebt ; qull
544 HiSTOiJL£ DE B&EXAG£(£.
voyés, pour seconder Téloquence et le zele apostolique de Fléchier, qui , non «loore revêtu de répiscopat , avait été choisi pour aller prêcher à Nantes cette pénible mission.
Les guerres niaritimes de ce règne attirèrent plusieurs fois sur la Bretagne les efforts des ennemis de la France. En 1693, les Anglais , jaloux de la prospérité de SaAUt-lVIalo, essayeront de détruire cette ville, au moyen d'un bâtiment chargé de poudre, qui heureusement fit explosion avant d'être arrivé dans le port.
L'année suivante, la flotte combinée d'Angleterre et de Hollande débarqua, dans le voisinage de Brest, une troupe qui espérait surprendre cette place. Les habitants, accom^us sur le rivage, ne se contentèrent pas de la repousser, ils l'environnèrent; et, une tempête ayant écarté les vaisseaux , il n'y eut plus de moyen de retraite : toutes les troupes mises à terre furent massacrées, ou réduites à se rendre.
Les armateurs de Brest et de Saint^Malo se vengèrent des Anglais en allant détruire les établissements de cette nation à Gambie, sur la côte d'Afrique, et dans l'île de Terre-Neuve. Le
a oublié le passé, et que c'est par confiance qu*il envoie ici huit mille hommes, comme on envoie un équipage chez soi» qoaad on n'eu a que £ftire. » ( Ou S décembre. )
LIVKS ITBUVliM E. 345
brave Cassart, qui s'illustra par son courage, mais qui ne sut pas corriger la rudesse de son caitictcre, trouva dans une prison d'état la récompense de ses services. Duguay-lVouin surtout s'immortalisa par la prise de plus de trois cents navires marchands, de vingt bâtiments de guerre^ et enfin de la ville de Rio4aneiro.
Mais ces succès lointains n empêchèrent pas les calamités de la guerre de peser sur la France , de la mettre en danger, et d'exiger des peuples de nouveaux sacrifices. Un impôt, qui se per* cevait par téte, sous le titre de capitation, fut établi en 1695. Pour exprimer que personne n'en serait exempt, on avait placé le dauphin à la téte des contribuables. La Bretagne fut taxée à 1,700,000 francs, dont 100,000. sur la noblesse, et i, 600,000 sur le reste de la population. Dans Fespoir d'éviter l'accroissement de cet impôt, et surtout pour échapper à l'inconvénient des taxes arbitraires, la province offrit de le payer par abonnement. Cet arrangement fut accepté.
Le roi s engagea à supprimer cette contribution aussitôt après la paix signée. £n effet, elle cessa d'être perçue en 1698 , après le traité de lliswick ; mais on la rétablit én 1701, à l'occasion de la guerre de la Succession , et le prix de l'abonnement de la Bretagne fut doublé.
Sous Fadministration qui succéda au règne de
346 ai6TOJA£ DM B&ETACN£.
Louis XIV, des calamités d'un autre genre vinrent atfliger celle province. Un inoradie , dont Tivresse d'im artisan fat la cause, ravagea la ville de Bjeunes pendant huit jours, en 17210, et y consuma huit cent cinquante maisons. On «ut du moins proiiter de ce malheur pour élever sur ces ruines un beau quartier digne d'une oâpitale.
Dans le même temps , le cardinal Albéroni , premier ministre d'Espagne, formait le vaste dessein de conquérir la Sardaigne et la Sidlé, de faire marcher les Turcs contre l'empereur, de rétablir les Stuarts sur le trône d^Angleterre, et d'arracher la régence de France au duc d'Orléans, pour la taire passer dans les mains de Philippe V. Ce vaste plan n'avait en France que le caractère d'une conjuration, et même d'une in^ trigue. Tandis qu'il corrompait la duchesse du Maine et quelques courtisans, le ministre espagnol établissait des intelligences en Bretagne, y Élisait hier des soldats sous divers déguisements, et traitait avec un grand nombre de nobles bretons. Mais cette conspiration fut découverte; vingt de ces gentilshommes furent condamnés à mort : heureusement pour eux, le régent, satis- Êdt d'avoir prévenu l'explosion des complots d'Albéroni , se contenta de faire tomber quatre têtes.
Cette clémence aurait pu ramener vers le gou-
LIVBB NSUVI^ME. 347
vernement des esprits opiniâtres , si des mesiires fiscales n'éuâen t venues blesser à la fois lesamouiv propres et les intérêts.
La cause qui contribua le plus à répandre dans la province les divisions et la révolte contre Taulorilé du roi, fut le gouvernement du duc d^Ai« guillon. Ce seigneur , appelé au comtnandement
la Bretagne eu 1 753 , y apporta des vues, qn on ne peut pas blâmer, mais dont il né sut pas Cadre sentir l'utilité aux habitants. Pour assurer la défense des côtes, il fit élever des forts et organisa des milices. Pour faciliter les commuiiicatioiis, U entreprit de percer des routes dans Un pays qui n'en avait qu'une. Dans tous ces projets, on ne vit que les corvées, les dépenses, Fesprit de do* minadon , les abus de pouvoir : on éclata en murmures. Cependant les Anglais se cliargèrent de justifier les précautions du gouverneur, lorsqu'ils firent, en 1758, une descente sur la côte de Saint- Cast, près de Saint-Malo. Les milices bretonnes accoururent et les forcèrent à se reihbarquer, après leur avoir fait essuyer une perte considérable. Tout cela n^empécha pas que ce succès, qu'on devait peut-être, au moins en partie, à la prévoyance du duc d'Aiguillon, ne fournit contre lui un nouveau sujet d'accusation. On publia qu'il s'était mal montré devant les ennemis. De part et d'autre les esprits s'aigrirent : le gouverneur se
vengea par des actes de hauteur; bcs ennemis l altaquèrent par des satires. U était odieux, et il commençait à être méprisé.
Sur ces entrefaites , de nouvelles circonstances vinrent augmenter TirritatioD de cette populaition indocile. Les commissaires du roi furent chargés de demander aux états un nouvel impôt, désigné sous le nom de sol pour lii^re ; c'était une augmentation d'un vingtième pour certaines contributions. Les états gardèrent obstinément le silence pendant quatorze jours, et finirent par un refus formel.
Mais, dans ce temps-là, un autre intérêt agitait la Bretagne et la Franice, Le procureur-général du parlement de Rennes , Caradeuc de Chalotais, dénonçait à cette cour les constitutions des jésuites, comme incompatibles avec Tordre social. Les mêmes poursuites se faisaient devant les autres parlements; et enfin, après plusieurs arrêts qui condamnaient les maximes de ces religieux, un édit confisqua leurs biens, et leur société fiit abolie par les rois de Portugal, de France, d'Espagne, de Naples, et par le pape lui-même. De toutes parts on frappait le colossè; on finit par le terrasser. C'était déjà un singulier spectacle qu un ordre de moines aux prises avec toutes les puissances de la terre. Il fallait bien qu ils fussent entrés fort avant dans les intérêts mondains,puisque