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leur destruction exigeait de pareils efforts , et (ju'il y avait encore quelque courage à £adre cause cornmime avec- tant de rois pota les attaquer.
Us avaient en effet des partisans très-ardents, et il s'en trouva dans les états de Bretagne qui réclamèrent contre la suppression de cet institut. Le duc d'Aiguillon, sans se déclarer pour eux, voulut £|u moins tirer parti de leur ressentiment contre le procureur-général, qui vivait provoqué leur destruction. Il croyait avoir le droit de compter La Ghalotais parmi ses ennemis, et il le dénonça à la cour comme un magistrat infidèle à Tautorité royale. Le parlement, dans des remontrances où le patriotisme breton allait jusqu'à la rudesse, repoussait les édits bursaux, et accusait formellement le duc d'Aiguillon d'exactions et d'actes arbili aires. Il semblait que la province, en protestant de sa fidélité , y mit pour condition le rappel du gouverneur. Le gouverneur fit enregistrer ces édits à la faveur d'un appareil militaire. Tous les membres du parlement, à l'exception de douze, donnèrent leui' déaiission. La Ghalotais , son fils ^ trois conseillers , furent arrêtés, enfermés dans la tour de Saint-Malo, puis transférés à la Bastille. Des commissaires furent nommés pour instruire leur procès. Il n'y allait pas moins que de leur tète. Le duc d'Aiguillon , maintenu dans son gouvernement, triomphait de la
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haiiie publique, et, qii(?k[uo temps après, encourait le mépris en deveiiant le protégé d'une courtisane.
Un de» traits caractérjàtiques de cette époque est la mani^ dont la question de droit public qui s'agitait alors fut discutée. Le parlement de Bretagne s'était opposé k la perception des nouveaux impôts, et avait appuyé son refus sur les {adviléges de la province, siu* son antique indépendance, sur les maximes qui y étaient reçues: le ministre des iinances crut utile de faire de cette question , qui intéressait l'autorité royale, le sujet d'une discussion purement historique. Une polémique littéraire s^engagea entre le premier pré* sident du parlement et le contrôleur -général laverdy : tant ceux-là même qui avaient recours aux enregistrements forcés, aux lits de justice, sentaient que les coups d'autorité, pour être efficaces, avaient besoin d'être approuvés par la raison publique.
L'opinion, c'est-à-dire l'indignation générale, se manifesta si hautement coiilre les persécuteurs de La Ghalotais, qu'il fidlùt avouer ï'm* nocencc de ce magistrat citoyen , rappeler le parl^ent de Bretagne, et souffrir que le parlement de Paris informât contre le duc d'Aiguillon. Il y fut déclaré prévenu de faits contraires à Fholiilear ^ et suspendu des fonctions de la pairie.
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Mais telle était la mobilité de la cour, aussi im- .prudente que timide, qu'immédiatement après cet iurèt, tous les parlements furent cassés, et le pair âétri appelé au ministère.
Trois ans après, en 1774? Tautorité royale passa dans d'autres mains, qui, si elles n'étaient pas plus fermes, étaient au moins plus pures. Les parlements furent rétablis, aussi imprudemment peut-être qu'ils araient été supprimés, et le désordre des finances amena cette grande révolution . dont les troubles de la Bretagne furent l'un des premiers symptômes. Cette grande province y < perdit son existence politique, tous^ les privilèges, toutes les institutions qui la distinguaient; et, divisée en cinq départements, elle subit la loi générale de eette uniformité d'administration, plus favorable aux progrès du pouvoir qu'à la liberté des peuples.
On voit que, depuis long-temps, les franchises de la Bretagne étaient peu respectées. Jtes princes ou les ministres tf une puissante monarchie ne s'étaient pas crus obligés à de grands ménagements pour une pi^lrince dmt la résistance pouvait être punie comme une révolte.
Pendant toutes^ ces résolutions de l'ordre politique, le caraclcrc grave de ce peuple a repoussé, peut-être ahrec trop d'opiniâtreté , toutes les innovations qui auraient pu augmenter son bien-être
et améliorer son état moral. Francs, braves, laborieux, économes, mais méfiants et obstinés dans leurs préjugés, les Bretons ont résisté au frottemeiil, et ne se sont point poiis par ie con-. tact des autres peuples. Les routes, les canaux, les établissements publics, sont encore cbez eux fort loin de l'état où on les voit dans les autres provinces du même empire, et il ne serait pas juste d'en rejeter entièrement la faute sur la négligence ou le machiavélisme de Tadministration. Il est possible sans doute qu'un ministre se soit cru un habile homme d'état parce qu'il laissait ce peuple dans l'ignorance ; mais il £aut convenir que les Bretons s'y prêtaient merveilleusement ' Peut-être faut-il aussi attribuer une part dans ces déplorables résultats à une autre cause qu'on n'a pas assez observée. Après avoir passé plusieurs siècles sous le régime leodal , plus dur chez eux que dans les provinces voisines, ces peuples étaient tombés sous le joug aristocratique. Les seigneurs avaient affaibli le pouvoir du souverain. Ils lui faisaient la guerre, ils dominaient dans les états; et, après la réunion, s'ils avaient perdu leur influence dans le gouvernement, ils avaient conservé de grands privilèges et la prépondérance dans l'administration. L'assiette des nupots, la tlistribution des deniers publics, toute l'économie intérieure était dans la main des nobles
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et des évéques : or, il n'est pas de la nature de Taristocratie de &voriser le développement de Fintelligence dans la classe inférieure.
L'agriculture est encore très - imparfaite en Bretagne; de vastes plaines, qui forment la moitié de la surface du pays, restent incultes. On ne tire pas dés mines le parti qu'un, peuple industrieux pourrait en tirer. La nourriture des habitants est grossière et parcimonieuse; l'espèce robuste, mais petite. Gomme tous les peuples ignorants, ils sont superstitieux. Dans les campagnes^, leurs demeures sont étroites, obscures et mal soignées; daiis quelques endroits, ils ont conservé pour vêtements les peaux de chèvres et de brebis (i): ils portent encore ces larges braies que les Romains avaient remarquées (a),
« et on reconnaît à leurs longs cheveux plats la Gallia comala de Pline. Les encouragements d'une administration éclairée, l'exemple d'une
• nation active et ingénieuse, n'ont eu qu'une faible influence sur leurs progrès. L'industrie manufacturière s'est bornée à produire quelques toiles grossières; l'industrie commerciale s'est ' développée dans quelques ports. Saint-Malo a
(1) ' PelUbus sont vestUL ( César. )
(2) Feteres bracchœ Bntonis pauperts, (Martial, liv. xi, épig. 22. )
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élé wn moment le point où venaient aboutir les richesses de la mer du Sud ; Lorient s'est éievé pour exercer te monopcde du.commerce de Ilnde; Nantes, grâce à son admirable situation, a reçu les marchaiidises des ADtiUes(i), pour les ré^ pandre dans toute la France, à la faveur du grand fleuve dont elle occupe Tembouchure.
Mais la sonrc© de tant de prospérités a été bientôt tarie 9 et les eltets que Tactivité du commerce et de la navigation devait produire à. la longue .sur le caractère des Bretons se trouvent arrêtés. Une administration active, l'accroissement du nombre des propriétaires , la suppression de Cous les privilèges, et le progrès des lumières, peuvent setilis lâire monter un peuple au rang qu'il est digne d'occuper parmi les nations éciairéesi Mais, pour recevoir de rinstrucfion , pour profiter des exemples, pour secouer le joug de la superstition et des préjugés, il y a on grand obstacle à vaincre : tant qu'une partie des Bretons s'obistinera à ne pas jpsorler la langue du peuple poli dont ils sont les concitoyens, tant qu'ils conserveront exclusivement un idiome que leurs voisins n'ont aucun i&térét à apprendre, ils resteront isolés dans T univers.
(i) Elle irecevoît à peu près te quart des produits de
St-Domingue.