LIVRE SEGOBTJ
Cette paix fit cesser l'exil de l'évêque de Nantes , qui avait été chassé de son siège par Nomenoé. Le prélat, protégé par le roi de France, vint reprendre possession de son église , et son successeur se retira à Guérande, qui jouit, pendant quelque temps , des privilèges d'un siège épiscopal. On ne s'occupa point, dans le traité, de la contestation existante entre les archevêques de Dol et de Tours; elle demeura encore indécise pendant plus de trois cents ans. ^
Des discussions qui s'élevèrent dans la famille Pfétwitiom
^ élevées par
régnante en Bretagne, fournirent à Charles Foc- saiomon, casion de faire un acte d'autorité. Nomenoé, Nomenoé. comme nous l'avons dit, était le cadet de sa famille. Pendant qu'il avait occupé le trône , son frère aîné , qui se nommait Rivallon , n'avait eu garde de le lui disputer ; mais le fils de ce frère prétendit qii'à la mort de Nomenoé , la couronne devait revenir à la branche aînée , dont il était le représentant. Érispoé , qui ne voyait dans la cou-
l'aveu d'une certaine dépendance. Le contrôleur-général Laverdy, dans un ouvrage qu'il a composé sur la mouvance de la Bretagne, intitulé : Preuves de la souveraineté du roi sur la province de Bretagne, dénature entièrement ce fait. « Erispoé, dit-il, succéda à son père Nomenoé, malgré Charles-le- Chauve, qui voulut remettre cette province sur l'ancien pied, mais qui ne put conserver que le simple hommage. Ainsi on vit un roi de Bretagne devenir vassal du roi de France. »
aati HISTOiaE DE BKETA,GRE.
ronne qu'un héritage paternel, repoussait les prétentions de son cousin Salomon. Celui-ci s'a- . dressa au roi de France ; et Clïarle»^le-Cbauve , à qui sans doute ces divisions ne déplaisaient pas, accueillit la réclamation avec quelque intérêt 8S"- Affectant le caractère d'un conciliateur, en même u^^ temps que l'autorité d'un juge, il adjugea au rélui ■djn» clamant le tiers de la principauté (i). C'était ime deRcDQo. violation évidente du traité d'Angers. Érispoé refusa hautement de se soumettre à cette décision. On en appela aux armes , et une nouvelle guerre s'ensuivit , dans laquelle l'avantage ne demeura point au roi des Bretons. Il se vit forcé de laisser le comté de Rennes à son cousin , sauf la réserve des droits régaliens {%). Ainsi l'influence de la France sur la Bretagne allait croissant, puisque Érispoé temùt de Charle^le-Chauve le comté de Nantes, et Salomon le comté de Bennes. Troisième A pcine pacifîée , la Bretagne se vit envaliie HoTiDuidi. une troisième fois par les Normands, ses nouveaux voisins. Ils la pillèrent pendant deux ans, étendant leurs dévastations jusqu'à Vannes et jusqu'à la Loire , tantôt arrivant par terre du côté dunord, tantôt pénétrantavec leurs vaisseaux par
(i) Salomon Brita Caroh ^delis effoUur, terti^ae Sritanniœ parte doitatar. { Annales de saint Beitio, ad «aaam 85a. ) (3] Dom Horice, Histwre de Bretagne, t. 1, p. 43.
LIVHE SECOND. 22'J
Tembouchure des rivières. Érispoé saisit le moment de leur retraite, en 855, pour tomber sur 855. leur colonne , et en Êûre un grand carnage.
Cette guerre faisait sentir au roi de France Projet l'utilité de FalUance des Bretons , car les excur- entre le fUt sions des Normands se dirigeaient encore plus i«.cbaaT« fréquemment sur les deux rives de la Seine , que àknnpj. sur les côtes de la Bretagne. Charles-le-Chauve , daps la vue de resserrer cette .union par des liens de famille , proposa le mariage de son fils Louis, avec la fille unique d'Érispoé. Cette proposition iait assez, connaître que le souverain de la Bretagne tenait un rang considérable parmi les princes. Si elle avait reçu son exécution j la réunion de la Bretagne à la France était avancée de six cents ans. La destinée en avait ordonné autrement; ce projet de mariage, conçu sous de sinistres auspices , fut Êital à la Bretagne , à la France , aux deux rois. Cette illustre alliance , qui devait assurer le repos d'Érispoé , fut précisément ce qui le perdit.
I^ comte de Rennes, Salomon , sentit que si le Énspoé
- • '^ 1 191 f •.* 1 assassiné.
roi , son cousm , prenait pour gendre, 1 héritier de la couronne de France , ce gendre maintiendrait son beau-père siur le trône, et que lorsque ce trône deviendrait vacant, il voudrait ou s'en emparer pour lui-même ^ ou au moins y faire monter sa femme , comme unique héritière d'Érispoé. £n
2a8 HISTOIRE DC BRETAGNE.
conséquence , pour prévenir ce mariage , il conspira contre le roi, l'attaqua à l'improviste , le poursuivit jusque dans une église , et le tua au pied de l'autel.
^7- Ce règne commencé , en 867, par un crime , fut
saiomoniii, eucorc uu règne assez brillant. Une conspirades Bretons, tiou , qui vcuait d'éclater aussi contre Charles-le- Chauve , ne lui permit pas de songer à venger la mort d'un roi son allié , précipité du trône par un attentat, ni à rétablir dans ses droits la princesse qu'il voulait adopter pour fille. Menacé lui-même de perdre sa couronne , il voyait à la tête de ses . ennemis domestiques son propre fils ; et ce prince, à qui l'héritière de Bretagne avait été promise, loin d'accomplir ce mariage et de revendiquer ce royaume, faisait une alliance avec le meurtrier d'Érispoé.
Salomon appuya ce fils rebelle, l'accueillit à sa cour , et envoya ses troupes faire des courses dans les provinces voisines.
Admonitions Lc roi de Fraucc employa contre son vassal les à Salomon mêmcs armcs dont il avait déjà éprouvé l'inutiles é^nes Hté daus SCS différents avec Nomenoé. Après Si^vonières.* dcux aus d'iusultcs trop patiemment supportées, 859. il convoqua , en 869 , une assemblée d'évêques finançais à Savonières , près de Toul. Les évêques de Bretagne y furent appelés , mais ne s'y rendirent point. Cette assemblée leur adressa une ad-