‹ Histoire de BretagneChapitre 101 sur 192 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

monition, pour leur rappeler que ceux qui avaient été installés dans leurs sièges, sans le concours de l'archevêque de Tours , leur métropolitain légitime, n'exerçaient pas une autorité légale et canonique. Après avoir jeté cette semence.de division , les pères ajoutaient : « Le concile vous exhorte à représenter à Salomoii , qui gouverne le pays des Bretons, combien il importe à son salut de permettre à tous les évêques de Bretagne de rendre à leur métropolitain l'obéissance qu'ils lui doivent. Qu'il ne s'immisce point , s'il veut que Dieu lui soit propice , dans le gouverner ment ecclésiastique , et qu'il ne permette point à d'autres de s'y immiscer. Qu'il considère que c'est au grand péril de son ame qu'il a envahi la domination sur la Bretagne , après avoir juré fidélité au roi Charles , notre seigneur. Qu'il se rappelle que la nation des Bretons a été , dès l'origine , sujette de la France , et qu'il se sépare des excommuniés , s'il ne veut pas être , comme eux , rejeté du sein de l'Église , et privé par la puissance divine de sa souveraineté usurpée (i). »

(i) Cet acte est rapporté dans le Traité de rancien état de la Petite-Bretagne par Vignier, p. 249. Il le donne pour une copie transcrîte sur l'original, qui était, dit-il, en la possession d'un personnage célèbre et de grande tioctrùie. On peut voir dans ce livre, et dans l'Histoire de Bretagne par d'A.rgentré, la controverse à laquelle cette pièce a donné lieu. Au

a3o HISTOIRE DE BRETAGNE.

L'auteur de la grande histoire de Bretagne Êtit remarquer, au sujet de cette pièce , que les pères du concile de Savonières n'étaient pas fort instruits de l'histoire de leur nation ni de celle de leurs voisins (t), et que l'événement fit voir que leur menace prophétique n'avait pas été dictée par l'esprit de vérité (a). -

A cette admonition les pères ajoutèrent une lettre directement adressée aux seigneurs bretons. «Frères, leur disaient -ils, écoutez nos avertissements charitables , de peur d'avoir à entendre les reproches et le jugement de Dieu, quand il ne sera plus temps de foire pénitence. D'abord, vous êtes en discorde , ce qui est un grand mal , même de l'aveu des sages du monde. La France en est un exemple ; nous l'avons vue puissante tandis qu'elle était en paix; les discordes l'ont presque anéantie. Ghers frères , vous scandalisez une grande multitude , vous inquiétez , vous opprimez ; mais savezvous le péril que vous encourez? Point de repos dans cette vie, et la damnation inévitable dans

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reste, elle a été insérée dans la collection des conciles des Gaules par Sirmond , t. 3 ; dans le Recueil des Historiens de France, publié par André Duchesne, t. 2, p. 439; et dans les Actes de Bretagne , autrement dits les Preuves que Dom Morice a ajoutées à son histoire, t. 1, p. 309.

(i) Actes de Bretagne, t. i, p. 309.

(a) Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. 1, p. 4 5.

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raatre. £t quelle damnation? Le feu éternel. Vous vous livrez à la rapine. La plupart d'entre vous violent sans crainte les temples du Seigneur^ en enlèvent les vases et les trésors , envahissent les possessions de l'Église. Mais le ^igneur a dit ! Si je me suis tu ^ je ne me tairai pas toujours. Votre cupidité vous précipite dans Tenfer. Les fornica* tions 9 les adultères , vous souillent presque tous. Vous commettez l'homicide, vous allumez des incendies» Tremblei& d'être de ceux à qui le 8ei« gneur lui'-méme a dit : Vous êtes des fils du diable (i). » •

Ni les ëvéques de Bretagne , ni le roi , ne se montrèrent e£frayés des menaces du concile ; mais les lieux communs de la lettre qu'on vient de lire émurent vivement les seigneurs qui avalent em* brassé la cause de Salomon et du prince rebelle. Français et Bretons s^empressèrent de rentrer en grâce auprès de Charles. Robert-le-Fort, l'un des plus considérables entre ces seigneurs , alla faire ses soumissions au roi , qui lui confia la conduite de la guerre contre les Bretons. Louis lui-même demanda pardon à son père. Salomon , abandonné d'un grand nombre de ses partisans , se vit réduit à acheter l'appui des Normands. Le secours qu'ils lui fournirent mérite d'être remarqué^; ils lui ven-

( i) Actes de Bretagne , 1. 1 , p, 3 1 1 .

232 HISTOIRE DE BRETACITE.

dirent douze barques pour opérer une diversion sur les rives de la Loire. Rien ne prouve mieux l'état misérable où était tombé le commerce d'un royaume qui avait une si grande étendue de cotes. «63. Bientôt après , les troupes françaises parurent

Paix enire sur les froutières dc la Bcetaffne et y remportèrent

SalomonlII i , . ,

et Charles- Quelciues avautafi^es. Charles s avança jusqnaa Mans, et Saiomon se rendit auprès de lui, pour négocier la paix. Les chroniques françaises racontent qu'il fit sa soumission , et insistent sur ce qu'il paya un cens de cinquante livres d'argent (i). Je ne pense pas qu'on pui^e révoquer en doute le fait dé l'hommage : seulement le récit de ces auteurs me paraît susceptible de quelques observations. D'abord ils ne qualifient point Saiomon de roi , mais de duc des Bretons (2). Considéré comme

(i) Karolus rex Cenomannis adit, atque usque ad monasteriurriy quod Interamnis dicitur^ procedit; ubi Saiomon dux Brittonurriy cum primorihus suœgentis, illi obviant venit, seque illi commendat ac fideUtatem jurât y omnesque primores Brltanniœ jwrare facit, et censtun illius terras y secundum antiquam consuetudinem y illi exsolpit, ( Annales de saint Berlin , ad annum 863. ) .

Karolus Kalendas junii in loco qui dicitur Pistis générale placitum habety in quo annua dona sed et censum de Britannid à Salomone Brittonum duce sibi directum more prœdecessorum suorum quinquaginta scilicet libras argenti recipit. ( Ibid,^ ad annum 864. )

(2) Excepté l'annaliste de Metz, qui lui donne le titre de roi.

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