‹ Histoire de BretagneChapitre 102 sur 192 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

usurpateur, il n'aurait été ni l'un ni l'autre : admis à Êùre hommage de sa souveraineté, ou plutôt de l'une de ses provinces , on ne pouvait plus le traiter de prince illégitime ; et dès-lors il devait jouir du titre que ses prédécesseurs avaient porté, titre reconnu formellement dans le traité conclu à Angers entre le roi de France actuel et le dernier roi de Bretagne. Ce soin d'omettre la véritable qualité de Salomon prouve déjà la partialité des annalistes (i).

En second lieu , ils a£Fectent d'ajouter que l'hommage et le cens furent acquittés par ce prince , comme ils l'aidaient été par ses prédécesseurs^ selon l'ancien usage. Ce sont là de ces formules que les liistoriens complaisants n'oublient jamais. La vérité est que la supériorité de la France , fondée uniquement sur la force , n'était pas dans le principe une suzeraineté féodale, ni même un droit; que peu à peu elle prit ce caractère , mais qu'elle fut vivement contestée et demeura long -temps incertaine. Il paraît bien qu'antérieurement à l'époque dontnousparlons,quelques-unsdes princes

(i) On ne reconnaît pas l'exactitude de Voltaire et la justesse de son esprit dans la manière dont il parle de Salomon. ( Essai sur les mœurs, chap. 214. ) « Un barbare qu'on nomme Salomon se fit bientôt après, dit-il, roi de la Bretagne , dont une partie était encore païenne. »

l34 HISTOIRE D£ BRETâGNE.

qui s'étaient partagé la Bretagne , avaient acheté la protection de la France par un tribut , par une redevance quelconque ; mais l'hommage ^t par Érispoé est le premier dont j'aie trouvé des traces dans l'histoire , et cet hommage ne parait devoir se rapporter qu'au comté de Nantes , dont le roi de France venait de donner l'investiture au roi des Bretons. Quant à Salomon III , il était naturel , il était dans la règle des ûek ^ qu'en prenant possession de l'objet donné, il renouvelât l'hommage fait par son prédécesseur, et il est même à présumer que cette nouvelle reconnaissance de la suprématie de la France fut précédée d^une négociation , car on Êdsait en même temps un traité de paix , et on voit le suzerain sceller sa réconciliation avec son vassal par le don du territoire d'Entrêmes et de l'abbaye de Saint'-Aubin , entre la Sarthe et la Maine (ï).

La confusion était telle dans cet empire déchiré par les descendants de Charlemagne , que l'on voit à chaque instant les ligues se former et se dissoudre, les princes, les généraux passer d'un parti à l'autre; des révolutions de fortune subites, inex-

(ï) Cui KaroluSy obfidelimtvs sum mentum, partem term qui» Intteraqtàas dicitar et abbatiam ^ancHAlbiniin benéjkium fiônat* ( Antiaks de mtit Bertin, ad ann 863 \ Kecu«il des Historiens de France , t. 7^ p. 80. )

Page 1