LIVRE SECOND. aSy
Il faut convenir que pour un suzerain , ce Charles-le-Chauve se montrait étrangement libéral envers ses vassaux. Lorsque après avoir été battu par Érispoé, il traite de la paix avec lui, il lui donne le comté de Nantes. Reçoit - il Fhommage de Salomon ? il l'en récompense par l'abbaye de Saint-Aubin. Réclame-t-il son secours contre les Normands? c'est par de nouvelles concessions qu'il l'achète.
Tout cela montre assez qu'un prince qui aliénait ainsi ses états , ne savait pas les défendre. Aussi les Normands y exercèrent-ils impunément leurs . . ravages. Charles n'envoya à son allié , pour concourir à la défense commune, qu'un corps de cavalerie , sous la conduite du diacre Carloman , son fils. Cette cavalerie se débanda pour piller, et n'attaqua d autres ennemis que ceux qui avaient du bien. Il fallut la rappeler; de sorte que tout le poids de la guerre retomba sur les Bretons. Ils défendirent les bords de la Loire jusqu'en 869 ; 86g. mais enfin Salomon se détermina à conclure séparément sa paix avec les Normands; Elle lui coûta , dit-on, cinq cents vaches.
Les barbares restèrent maîtres d'Angers. Ils en siége firent leur place de dépôt , l'asile de leur flotte ; c'é- ^^^ tait un voisinage fort incommode pour la France. Aussi trois ans après , Charles prépara-t-il secrète- 873. ment une expédition pour les surprendre. Mais
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il le$ trouva sur leurs gardes, et il appda encore une fois le roi 4es Bretons , pour venir Taîder à assiéger les Normands dans leur place d'armes.
Salomon arrive devant Angers , en complète Finvestissement, interdit aux ennemis toute retraite par terre, et, pour leur ôter aussi la ressource de s'échapper avec leurs vaisseaux, il conçoit le dessein de mettre à sec le lit de la Maine, en détournant cette rivière. U semblait qu il eût lu les oom« mentaires de César, qui autrefois avait illustré ses armes en Espagne par une opération semblable. Les travaux du nouveau canal qui devait recevoir la Maine avançaient; les Normands allaient être réduits à se r^^idre. Ils négocient avec Charles, qui, vaincu par leurs présents, abandonne à son tour son allié, leur ouvre passage pendant la nuit et les laisse échapper ( i ) , en leur permettant même d'hiverner dans les îles de la Loire.
On dit que ce fut pour réparer la honte de cette défection et pour se réconcilier avec le prince breton , que Charles lui permit de porter les insignes de la royauté (a) , et de frapper des monnaies d'or
(i) Annales de Metz, et Chronique nantaise. ( Recueil des Historiens de France, t. 7, p. aoi et asi. ),Les conditions de cette espèce de capitiiIatîoD des Normands sont un peu mîaix compliquées dans le» annales de saint Dmods, ibid. , p. 139^
{%) Chronique nantaise, recueil des Historiens de France,
mais on oublie que SsUonion était déjà en possession du titre de roi , qu'il le prenait à l'exemple de ses prédécesseurs , et que le roi de France ne le lui avait pas refusé (i).
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t. 7, p. a^i. fauteur anonyme de la yie de «aint Gonvoion, dans la oolleotion des anciens écrivains par Martenne, impartie , dit : Salomon rex appellatur, non quod re verd essef, scd quia circulo aureo et purpura, concessione Caroli AugusH, utebatur,
(i)Denx historiens bretons vont jusqu'à conclure de ce que Charles-|e-rChauve reconnut à Salomon le titre de roi , qu'il abandonna en sa faveur toutes les prétentions de suzeraineté que la France pouvait avoir sur la Bretagne.
« £1 selon Baldric , es Chroniques annaux de l'église de Dol, pour la cause que le roy Salomon fut à celuy siège d'Angers aveccpies le roy Charles de France contre les Norwegiens , et luy aida à les expeller de la cité, ledit Charles luy quitta, pour iuy et ses successeurs roys de Bretagne , la calumpne de ses prédécesseurs empereurs et roys de France , lui permettant porter couronne royale, poulpre, et avoir siège archiépiscopal, faire forger monnoye d'or et d'argent, et généralement toutes autres choses convenables à roy, que lesdits empereurs et roys de Franoe, et mesmes ledit Charles s'estoieot efforcés empédier aux prédécesseurs dudit Salomon et à luy. » ( Le Baud , Histoire de Bretagne, chap. i6. )
« Baldric, archevêque de Dol, qui estoit de ce temps-là à peu près, adjouste, disant oultre les autres, que le roy ChaSrlea-le-Chauve , en récompense de ce bienfaict , et du recouvrement de ceste ville, luy quitta toutes les prétentions de souveraineté et d'hommage, et luy accorda la couronne d'or et le titre de roy, et les querelles du siège archiépiscopal de
Tentatives Sôii royaume et sa conscience n'étaient pas saiomon iii excuipts de troubles. Quoique sa conduite n'an-
r^nciUer nouçât pas uu homme capable de* scrupules , il avec epape. ^^^^ f^^^ ^ cœuT de se réconcilier avec la cour de
Rome, dont Nomeiioé, et par conséquent la Bretagne , avaient encouru la dfafpBjice , depuis la violence faite aux évéques ^ Térection du siège de Dol en métropole. Fondations de monastères, libéralités aux églises , rappel de deux des évéques déposés , tout fut employé par Saiomon , pour se concilier le souverain pontife. Il lui écrivit une lettre pleine de déférence , lui adressa des ambassades, lui envoya de grands présents, et entre autres, dit-on, quoique cela paraisse peu croyable , une statue d'or de grandeur naturelle (i). Mais il
Dol , et le droict de forger monnoye d'or et d'argent. Cfestuy le pouvoit bien sçayoir , aussi Ta il escrit en la chronique de Téglise de saint Samson de Dol, dont il fut archevêque. Les François en parlent autrement. » ( D'Argentré , Histoire de Bretagne, liv. 3, chap. 27. )
On voit que ces deux historiens renvoient à la chronique de Baldric , et qu'ils donnent une grande extension aux concessions faites par Charles-le-Chauve.
(i) Voici les présents annoncés dans la lettre : « Je supplie votre dignité d'agréer avec bonté cette bagatelle que j'ofire aux saints apôtres ; c'est une statue d'or de votre grandeur, tant en hauteur qu'en largeur, ornée de pierreries ; un mulet sellé et bridé ; le tout valant deux cents sols ; une couronne d'or ornée de pierres précieuses, valant bien quatre- viugts