‹ Histoire de BretagneChapitre 106 sur 192 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Rennes , Gourangui , en était l'ame. Ce prélat , créa-^ ture de Nomenoé , était un intriis ; sap coippétjtteur vivait encore. Il sentit qu'il y allait de son existence si la révolution projetée par le roi s'opérait. H commença par exciter l'ambition du comte Gurvand, qui avait épousé la fille unique du roi Érispoé y promise sept ans auparavant au fils de Charles-le-Chauve. Cette princesse était l'héritière légitime du trône ; Salomon n'y était parvenu que par un crime. Le devoir du gendre était de ven-^ ger son feeau-père et de faire valoir les droits de sa femme. Que voulait Salômon ? Transmettre la couronne à son fils , c'eat * à - dire perpétuer s^n usurpation ; reconnaître le métropolitaindeTpurs , c'est-à'dire replacer l'église de Bretagne sous Tau^ torîté d'un étranger : c'était pour la nation une honte de le souffrir. Toutes ces raisons pouvaient être puissantes aux yeux du gendre d'Érispoé; mais elles ne devaient pas le paraître au comte Pasquiten , gendre du roi régnant > à moinç que ce ne fut parce que Salomon avait majesté le projet de se démettre de la couronne en feiveur 'de §on fils. Quoi qu'il en soit , ce seigneur entra dans la conjuration. Elle se grossit bientôt d'un grand nombre de personnages considérables. Ils levèrent l'étendard de la révolte. Salomon , se voyant aban- " «* donné, prit la fuite avec son fils : on le poursuivit; une église , dans laquelle il s'était réfugié , fiit in-

assassiné.

vestie. On feignit de vouloir traiter avec lui. Il se fit donner Teucharistie et se livra entre les mains de ses ennemis , qui lui crevèrent les yeux et massacrèrent son fils. Le père en mourut le lendemain, perdant ainsi la couronne par un crime, comme il l'avait acquise (i).

Les légendaires en ont £sdt saint Salomon martyr. Les auteurs de FArt de vérifier les dates n'hésitent pas à dire (a) que s'il y eut un Salomon roi de Bretagne qu'on doive placer au nombre des saints, ce ne peut être assurément Salomon III, qui fut un meurtrier et un usurpateur. Le Père Lobineau , quoique appartenant à la même congrégation, ne partage pas ce sentiment; mais un peu embarrassé pour expliquer comment Salomon a pu être canonisé, il s'en tire en disant (3): « Il y a tout lieu de croire que comme il n'a été tué que parce qu'il voulait obéir à l'Église , c'est Dieu même qui l'a canonisé par la voix du peuple. » Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il avait Êdt de grandes libéralités aux églises ; aussi en a-t-on élevé une en son honneur, irouveau Nous veuons de voir successivement sur le

paroig^e de

la Bretagne.

(i) Annales de saint Bertin. Recueil des Historiens de France, t. 7, p. ii8.

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