LIVRE SECOND
province , Charles4e-Simple ne l'avait: pas cédée. D'abord il serait assez indifférent que cette cession eût été faite primitivement par l'un ou par l'autre , un peu plus tôt ou un peu plus tard ; mais c'esf: mal raisonner que de soutenir l'incompatibilité des deux faits. Il faut considérer que Raoul avait usurpé le trône de Charles; que , dès le commencement de son règne, il eut des démêlés avec le duc de Normandie. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'en Êûsant la paix , il eût confirmé une cession £ûte par son prédécesseur. Cela est d'autant plus admis^ sible qu'on voit la même confirmation renouvelée plusieurs fois.
Louis - d'Outre-mer , fils de Charles-le<-Simple , étant remonté sur le trône de son père, après treiise ans d'exil , Guillaume, duc de Normandie , vint lui rendre hommage à Amiens , et Louis lui donna la terre que son père avait concédée aux Normands (i).
Deux siècles plus tard , Louis - le - Gros donna encore la Bretagne au duc de Normandie , qui était alors Henri I®^, roi d'Angleterre (a) ; et c'est de cette
(i) Rex Ludouicus abutoboiam ff^ilelmo principi Normannorum, qui venu ad eum in pago ambianensi et se illo commisii, et iUe dédit ei terram quant pater ejiis Normannis concesserat. ( Chronique de Frodoard. )
(a) Tune Ludovicus Uenrico totam concessit Britanniam ;
époque seulement que quelques historiens font dater la cession complète de cette province ( i ) .
On ne peut assez s'étonner de la logique des historiens bretons , qui , de ce que la donation a été confirmée trois fois , se croient autorisés à conclure qu'elle n'a jamais eu lieu (2).
Les autorités et les faits que nous venons de rapporter, paraissent établir suffisamment que Charles -le -Simple céda aux Normands au moins une partie de la Bretagne , et qu'ils étendirent pro^ gressivement leur autorité sur cette province. , îî®* Mais enfin , ce prince ne pouvait transmettre
droits que ' r r
^^^e' ^^^ *^^ droits qu'il avait lui - même , ou tout au avait sur pj^g ccux Quc SCS prédéccsscurs avaient exercés.
la Bretagne. .
On n'a jamais bien défini les rapports qui liaient
la Bretagne à la France au commencement du
Fergannus enim princeps Brittonum homo régis AngUœjam factus fuerau
(i) Le P. Anselme , dans son Histoire généalogique et chronologique de la maison de France et des pairs, dit , t. 3, p. 5o : « Ce fut en iii3 que la mouvance de toute la Bretagne fut cédée en entier par le roi Louis-le-Gros au duc de Normandie , qui , jusque-là y n'avait eu la mouvance que d'une partie. C'est dans le traité de paix fait entre les deux rois à Gisors, sur la fin de mars 1 1 1'3, que cette cession se passa, au rapport d'Odéric Vital. » ( P. 841. )
(2) Parmi les notes de l'histoire de Bretagne de Dom Morice, il y en a une sur les donations de cette province, faites par les rois de France aux Normands, t. i, p. 969.