LIVRE TROISIÈME. agS
dale ; mais ceux qui soutenaient les prétentions de son frère ne pouvaient pas, sans se constituer en état de révolte, prendre les armes contre leur suzerain.
Eudon fut la tige des comtes de Penthièvre; ainsi ces comtes commençaient à peine d'exister, que déjà éclataient entre la branche cadette et la branche aînée de Bretagne , ces discordes qui devaient troubler le pays pendant cinq cents ans.
La Ëimille des comtes de Nantes, depuis trois générations, ne s'était continuée que par des bâtards. Les dernières années du règne de Budic étaient troublées par une guerre qu'il avait à soutenir contre le mari de sa sœur, Alain Cagnard, comte de Cornouaille , lequel réclamait une partie du comté de Nantes au nom de sa femme.
Cette prétention était une nouveauté. Jusque-là les femmes ne s'étaient point portées pour héritières de la souveraineté lorsqu'il y ayait des mâles, et n'en avaient pas réclamé le partage. Cependant, pour apprécier ses droits, il faudrait savoir si sa naissance était légitime, ou si elle n'était qu'enfant naturel comme son frère. Les auteurs sont divisés sur ce point (i). Budic mourut
(i) La chronique de Nantes, Le Baud et Dom Lobiiieau, donnent Judith pour (ille légitime de Judicaël. Dom Morice dit qu'elle était fille naturelle.
en io37 , sans que ce difiGéreat eût été décidé par
les armes , laissant le comté de Nantes à son fils
Mathias, qui en jouit pendant plusieurs années.
^<^«^% Mais celui-ci étant mort sans postérité, le fils de
comte de , *■
cornouaiiie Ja comtesse de Cornouaille réunit Théritaffe de
et de Nantes. ^ *-'
son oncle maternel à celui de son p^e, c'est-àdire qu'il se trouva posséder à-la-fois la Cornouaille qu'Alain Ca^i^rd lui laissait , et le comté nantais du chef de sa mère.
C'est le second exemple , en Bretagne , d'une souveraineté transmise par les femmes. On en avait^déja vu un , cent ans auparavant , dans la personne d' Alain-Barbe-Torte , qui avait recueilli le comté de Vannes , comme petit-fik , par sa mère , d'Alain-le-Grand. Il faut maintenant revenir à ce qui se passait entre les ducs de Bretagne et de Normandie.
Les deux princes s'étaient réconciliés; et il fisdlait bien que le suzerain se crût assuré de la fidélité du vassal, car, partant pour la Terre -Sainte, où il allait e3q)ier une vie qui lui avait mérité le surnom de Robert -lé -Diable, il laissa l'administration de ses états et la tutelle de Guillaume , son fils naturel , âgé de huit ans , au duc de Bretagne ( i ).
[i) Ducatum vero suum Guillelmo FUI annoram puero, non rediturus reliquit; ipsumque Alano consanguineo suo JBrittonum comiti commendavit. ( Histoire ecclésiastique d'Odéiic