LIVRE TROISIÈME. âgS
U y avait de la noblesse dans cette confiance , et il y en eut dans la manière dont elle fiât justifiée. Alain garda fidèlement le double dépôt qui lui
Vital, 1. 5; Recneil des Historiens <le FVanoe, t. xi, p. 245. ) « Le duc Robert manda Robert son oncle, arcevesque de Rouen, et les autres prélats de la duchié de Northmandie, et tous les barons et princes de ladicte duchié, et leur dist qu'il vouloit asler au sainct sepulchre d'oultre mer, en pèlerinage pour le salut de son ame. Sire, respondirenticeulx, ce ne ferez vous pas. Qui nous garderoit et nous gouvemeroit? Vous n'avez nul hoir de vostre char issu, si savez comme Alain le conte de Bretaigne et celui de Bourgogne , qui sont vos prochains de lignage , tiennent chacun d'eulx entre les plus prochains. Si vous merez, nous sommes perdus. Par foy, dist le duc, sans seigneur ne vous lairay-je pas. J'ay ung petit bastard qui croist. U sera prud'homme, si IMeu plaist, et je suis certain qu'il est mon filz. Si vous prie que le recevez en seigneur, car je le fais mon hoir, et vecy Alain, conte de Bretaigne, qui gouvernera et sera sénéchal de la duchié, tant que Guillaume mon fils sera en eage, et le roi de France le gardera. » ( Chronique manuscrite de Normandie; recueil des Historiens de France, t. xi, p. 3^6. ) Je rapporte ce passage pour faire voir avec quelle simplicité ces chroniques sont écrites. Les seigneurs vassaux du duc de Normandie étaient bien gens à dire. Qui nous garderait et nous gouvernerait ? et à recevoir comme un bienfait un petit bâtard de huit ans. Aussitôt que Robert fut mort, et quoique le petit Guillaume eut été déclaré son hoir, les Robert de Toisné, les Roger de Montgomméry, et d'autres , prétendirent à la couronne.
Quant à la protection du roi de France, il serait difficile de concevoir comment Robert pouvait y compter. Le roi
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avait été remis ; et lorsqu'on apprit la mort .de io35. Robert, qui périt dans ce voyage, il se porta en Normandie à la tête d'une armée , pour mettre son pupille en possession de l'héritage paternel , malgré le défaut de sa naissance et le grand nombre de ses compétiteurs.
Une telle conduite de la part de Robert, et de tels services de la part d'Alain , sembleraient prouver une parfaite intelligence , peu compatible avec les oppositions d'intérêts qui existent d'ordinaire entre le suzeraip et le vassal. Aussi y a-t-il des historiens qui accusent le duc de Normandie d'imprudence , et qui doutent de la fidélité du duc de . Bretagne. «On crut s'apercevoir, disent -ils (i), qu'Alain cherchait moins à pacifier les troubles qu'à s'emparer d'un état sur lequel il avait des prétentions. Il fut empoisonné , du moins une mort subite donna heu de le soupçonner. » Le fait est que le duc de Bretagne protégea le jeune Guillaume, et dispersa les seigneurs qui voulaient s'emparer de la couronne; que, vainqueur et investi de l'autorité, il ne fit aucun acte apparent pour s'approprier ce bel héritage. Et ce ne fut pas
Henri l**", chassé de Paris par sa mère, s'était réfugié à la cour du duc de Normandie , et on était obligé de lui fournir un corps de troupes pour Taider à rentrer dans ses états. (i) Veily, Histoire de France, règne de Henri V^.