LIVRE TROISIÈME. 3oi
un armement formidable préparé dans les ports de la Bretagne.
Un historien contemporain (i) cherche à expliquer les menaces hautaines et la puissance de Conan par des détails qui font connaître les mœurs et l'esprit belliqueux des Bretons. «La confiance de ce prince jeune et audacieux était, dit-il, entretenue pai: le nombre incroyable de gens de guerre que son pays lui fournissait : car il faut savoir que dans ce pays^ d'ailleurs fort étendu , un seul guerrier en engendre cinquante ; parce qu'affranchis des lois de l'honnêteté et de la religion, ils ont chacun dix femmes, et même davantage. Uniquement adonnés aux armes et à l'éducation des chevaux , ils dédaignent la cultilre de la terre , ne mangent presque point de pain et vivent de laitage. Dans la paix^ ils s'exercent à la rapine et au meurtre : dès que la guerre est déclarée, ils y marchentavec joie , et la font avec fureur. Prompts à rompre les rangs des ennemis, difficiles euxmêmes à enfoncer, ardents et féroces dans le combat, ils dépouillent les morts après la victoire. »
Ce portrait est sans doute un peu chargé. L'auteur, Guillaume de Poitiers , était chapelain du duc de Normandie : on peut , sans injustice , le soup-
(i) Guillaume de Poitiers, recueil des Historiens de France, t. XI, p. 88.
3oa HISTOIRE DE BRETAGNE.
çonner de partialité. Il est difficile de croire que , parmi les Bretons , la disproportion des sexes fiit telle, que chaque homme , ou même chaque guerrier , pût avoir dix femmes. Il Ëdlait bien , cependant , qu'il y en eût des exemples , car plusieurs synodes défendaient la polygamie. Mais enfin il y. a, dans ce tableau de leurs mœurs ^ quelques traits auxquels on pourrait les reconnaître encore aujourd'hui. Leurs aliments , leur passion pour les chevaux , leurs inclinations guerrières , sont encore les mêmes. Pauvres chez eux , dit un autre historien du temps , ils étaient toujours prêts à prendre part, comme mercenaires, dans les querelles de leurs voisins (i).
Quant au désordre des mœurs , il ne serait pas besoin, pour l'expliquer, de supposer les Bretons encore enveloppés des ténèbres du paganisme : il n'y a qu'à voir quelles étaient les mœurs du clergé à cette époque. Dom Liobineau, qui n'est pas suspect, nous dit que les évêques de Cornouaille, de Rennes, de Nantes, — .*. Il ■ - ■■■■■ I .1 .1.1 ■
(i) Guillaume deMahnesbury en parie en ces termes , liv. 5 de son Histoire des rois d'Angleterre : Est enim Ulud genus hominum egens in patrid tdiàsque extemo œre lahoriosœ vitœ mercatur stipendia, Sidederis, nec civilia sine respecta juris et cognationis detrectum prœlia; sedpro quantitate nummorum ad quascumque tdoIcs partes obnoxittm, ( Recueil des Historiens de France, t. xm, p. i3. )