LIVRE TROISIÈME. SiS
aussi recours à la force pour soutenir des exactions qui excitaient les plaintes et même les murmures de leurs payons. Conan III paraît avoir été un prince ami de la justice. La protection déclarée qu il accordait aux vassaux lui attira l'inimitié des grands , et une guerre , dans laquelle , après bien des revers , il s'empara de la seigneurie de Vitré.
Nous ne pouvons pas entreprendre d'exposer ici le système des rapports qui existaient entre les seigneurs et les habitants de leurs terres. Il faudrait distinguer les époques , les localités ; car ce qui est vrai dans un temps, dans un canton , ne l'est plus pour un autre. Je vais seulement tâcher de donner une idée de l'existence des seigneurs , de la misère des sujets , et des changements apportés par le duc Conan III dans cet ordre de choses. Les principaux seigneurs du pays , à cette époque , étaient les barons de Fougères, ceux de Vitré, les vicomtes de Léon, qui avaient fondé la cour d'Êifen , devenue la ville de Lezneven ;les vicomtes de Poher, fondateurs de Josselin ; ceux de Porhoét et de Rohan , les seigneurs de Rieux , de Dol ^ de Dinan, d'Hennebond, de la Roche -Bernard et d'Ancenis. Dans un ordre inférieur, quant à la puissance, on comptait les familles d'Acigné, de Beaumanoir, de Chateaubriand , de Retz , de Pontchâteau , de Tinténiac , de Lohéac , de Malestroit ,
de Clisson. Je ne consigne ici que les principaux noms que l'on retrouve dans l'histoire.
On voit que le titre de comte était réservé, dans ce temps-là, aux princes de la famille régnante. En Bretagne , comme ailleurs, on ne prenait anciennement ni noms de famille ni noms de terre. Chacun ne portait que son nom de baptême, en y ajoutant quelquefois celui de son père , et plus souvent un sobriquet. C'est ce qui a produit une si grande confusion dans les généalogies.
L'esclavage proprement dit n'exista en Bretagne que jusqu'à la fin du lo® siècle; mais la condition de tous ceux qui ne naissaient pas seigneurs n'en demeura pas moins aggravée et flétrie par toutes les redevances de la servitude.
Un pays qui avait été ravagé et dominé tour-àtour par les Bretons insulaires , par les Francs, par les Normands, avait reçu de ses conquérants des usages divers. Les terres y avaient été partagées plus d'une fois. Chacun de ces possesseurs étrangers faisait dériver ses droits de coutumes dont il apportait la tradition. Lés grands propriétaires indigènes n'avaient ni moins d'orgueil ni moins d'avarice. La population était divisée en deux classes, les maîtres et les serfs. On a remarqué qu'une société de ce genre devait ressembler, à quelques égards , à l'état de nature. On n'y avait pas besoin de lois. Survenait-il des différents entre