LIVRE TROISIÈME
les seigneurs ? la force en décidait. Était-ce entre les Êiibles que s'élevaient les contestations? la volonté du seigneur était la loi ; il n'y en avait point d'autre, il n'en fallait point d'autre.
Le seigneur était censé avoir été originairement le maître , le propriétaire de la terre et de tout ce qui y vivait. De là dérivaient des droits sur les personnes et sur les choses : sur les personnes , en ce qu'il pouvait les obliger de le suivre à la guerre, de le servir dans ses manoirs, de tmvailler pour lui dans ses champs. Il était leur juge dans les affaires civiles et criminelles (i); leur maître , car il pouvait vendre les serfs avec le domaine , et le colon ne pouvait ni se marier, ni s'absenter, ni se faire moine , ni enfin disposer de lui-même , sans la permission de son seigneur. Les droits sur les choses s'étaient multipliés. suivant les besoins du seigneur, au gré de ses caprices , tellement qu'il n'y avait plus un service quelconque , pour lui , pour sa maison , pour ses
(i)Le baron pouvait seul, après le duc, prononcer la peine du feu. Les autres justiciers infligeaient les autres peines, et, comme dit Hévin, ils condamnaient le matin-, et faisaient exécuter Taprès-dînée Lorsque les seigneurs cessèrent de rendre la justice en personne , le pouvoir déjà oppressif qu'ils avaient en main, devint barbare entre celles de leurs substituts. >* ( Droit public de la province de Bretagne , chap. 4- )
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terres , pour ses chevaux , pour ses chiens , pour sa chasse , qu'il n'exigeât gratuitement.
Propriétaire primitif du sol y il l'était nécessairement de toutes les terres vagues, et c'est ce qui explique pourquoi en Bretagne on ne connaissait point les biens communaux (i).
Les principaux d'entre les seigneurs avaient sous leur dépendance plusieurs sortes de vassaux ou sujets, des nobles , des bourgeois et des paysans.
Les nobles étaient distingués par la qualification de vavasseurs ou arrière-vassaux, soit qu'ils tinssent leur fief d'un seigneur qui relevait d'un autre , soit qu'ils possédassent originairement une terre noble. Dans l'un et l'autre cas, ils étaient eux-mêmes les justiciables de leur seigneur immédiat. Us lui payaient un cens annuel , et ne pouvaient ni vendre ni engager leurs terres sans sa permission. Quand ils en acquéraient, ils lui devaient un droit de lods et ventes; quand ils mouraient , leurs terres nobles étaient sujettes au droit de rachat ; et dans beaucoup de districts , les domaines concédés à long terme, parle seigneur,
(i) Ce fait est consigné et fort bien éclairci dans les Recherches économiques et statistiques sur le département de la Loire-Inférieure, ouvrage important et fort bien rédigé de M. Huet, p. 90 et suiv.
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pouvaient être retirés quand bon lui semblait, en remboursant la valeur des constructions et des améliorations : c'était ce qu'on appelait do^ maine congéable , dont on pouvait donner congé ; mais en même temps c'était un véritable contrat, une espèce de bail qui reconnaissait des droits au colon , et qui dut contribuer à l'adoucissement de son sort , comme à l'amélioration de l'agriculture. On a soumis à plus d'une controverse l'origine de cette nature de biens qui crée deux sortes de propriétaires sur le même soi : l'un auquel se paie une rente , en argent ou en productions , représentative àxidroit foncier; l'autre qui possède , sous le titre de droits réparatoires ^ les édifices, les arbustes à fruit, les talus de clôture et les haies courantes des talus ensouchés, sans aucune prétention sur les arbres forestiers , sans même la faculté de charger le sol de constructions qui ne seraient pas autorisées. Cette nouvelle économie rurale s'étendit surtout dans les cinq évêchés de Quimper, Saint - Pol-de - Léop , Saint- Brieux, Tréguier et Vannes. La recherche des causes qui l'empêchèrent de se propager dans la haute Bretagne serait digne d'intérêt ; car il est probable que les motifs qui déterminèrent à cette concession furent communs aux deux parties de la province. Au nombre de ces motifs se placent d'eux-mêmes le besoin éprouvé par les seigneurs
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de fiefs de se procurer de l'argent pour leur équipement , pour la levée et pour la solde des hommes d'armes ; la crainte d' une interruption dans leurs revenus ^ alors qu'ils ne pouvaient plus surveiller, avec le même soin , la culture de terres confiées à des serfs ; et enfin , la difficulté de pourvoir à l'entretien de bâtiments ruraux, peu importants, il est vrai , mais multipliés, mais répandus sur une large surface de pays , où la petite culture était une conséquence rigoureuse de l'enfence des arts, comme de la disposition d'un terrain âpre et difficile.
Quoiqu'il en soit, la destinée humaine ne put qu'y gagner sensiblement. Le colon ne cessa pas d'être attaché à la glèbe , car il ne pouvait quitter son domaine sans la permission du seigneur dont il relevait, et auquel, à chaque transmission nouvelle d'héritage , indépendamment des rachats et des baillées ^ il fournissait des aveux. Mais au moins ( et ceci eut lieu dès le i3* siècle ), il avait un domicile à lui , il recueillait en partie le fruit de ses sueurs, il commençait à être maître de son temps et de sa personne. On ne saurait se dissimuler que ce mode de culture ne fût une continuation de la féodalité. Cette féodalité prenait au moins des formes plus douces. Elle a reçu successivement de nouvelles améliorations^, qui ont assimilé les domaines congéables aux autres pro-