‹ Histoire de BretagneChapitre 145 sur 192 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

du roi d'Angleterre Henri II (i). On les a accusés d'inconstance, de rébellion (a): cette détermination peut s'expliquer par d'autres causes.

Aucun motif d'affection ne portait les Nantais vers ce nouveau souverain , aucune qualité personnelle ne le recommandait à leurs yeux. Depuis long-temps les peuples étaient déshérités du droit de se choisir des maîtres ; et si leur suffrage fut compté pour quelque chose, ce fut grâces à la confusion qu'apportèrent dans la succession de la souveraineté les prétentions rivales de trois concurrents , et les intérêts opposés des seigneurs du pays et des puissances voisines.

La population de la Bretagne se composait de trois races, entre lesquelles on pouvait remar-

( i) MGXLYiii. Obiit Conanus duxBritanniœ cuiffoellus quen^ suum esse filium idem Conanus abnegaverat, f avare vulgi, terram occupans, obsistente et rebellante Eudone vice comité Porohetensiy qui sororem ejus Bertam uxorem habebat^ nomine tenus cornes suecessit ac ni/iil boni/ecit,

MCLVi. Hoelli cogente inertie, Nannetenses Gaufridum filium. comitis andegavensis, juvenem soiertem et strenuum fratrem Henrici régis Angliœ in comitem sibi recipiunt. (, Chronique de Bretagne , Recueil des Historiens de France , t. xii , p. 56o. )

(a) Dom Morice , liv. 3 , les accuse d être toujours prêts à obéir aux étrangers préférablement à leurs princes légitimes.

quer une cause permanente d'antipathie : les indigènes de race celtique, les Bretons d'origine insulaire , et' les Français. Deux idiomes très-différents se partageaient le pays : le dialecte national était relégué vers l'extrémité occidentale de la presqu'île : la langue française ou romane régnait dans la partie qui confinait au Maine, à l'Anjou et au Poitou. Nantes avait eu souvent ses souverains particuliers. Cet esprit de localité qui entretient la division entre les villes rivales , por-^ tait les Nantais à rejeter la domination d'un souverain résidant à Vannes ou à Rennes. A plusieurs reprises ils s'étaient trouvés sous fer protection et même sous le gouvernement immédiat de la France. Ils avaient naturellement plus de rapports avec les provinces riveraines de la Loire, qu'avec les pays incultes des parties montagneuses de la Bretagne. Favorisés par le voisinage d'un grand fleuve , enrichis et déjà un peu civilisés par le commerce , ils devaient éprouver peu de sympathie pour une population encore demi-sau^ vage, obstinée à conserver une langue peu répandue et des usages grossiers. Enfin il faut considérer que cette époque était celle des grandes prospérités de la maison de Plantegenet. Les comtes de cette maison possédaient l'Anjou, le Maine et la Touraine. Une princesse d'Angleterre leur avait apporté l'Angleterre et la Normandie :

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