‹ Histoire de BretagneChapitre 149 sur 192 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

que je roi d'Angleterre dépouillât Conan , en feignant de le protéger.

Toute la Bretagne était en feu. Les seigneurs profitaient de cette confusion pour envahir les terres de leurs voisins. Le vicomte Dufou attira dans une embuscade Hervé , vicomte de Léon , avec son fils , et les retint prisonniers dans Chàteaulin. Hàmon , évéque de Saint -Pol, autre fils du vicomte de Léon , arma les amis et les vassaux de son père poui* le venger. Le duc Conan , dont il réclama le secours , se joignit à eux. Chàteaulin fut Investi ; les seigneurs de Léon se virent délivrés ; et le vicomte Dufou , prisonnier à son tour , fiit jeté avec son fils et son frère dans lexhâteau de Daoùlàs, où on les laissa mourir de faim.

Tandis que Conan exerçait cet acte de cruelle justice, qui ressemblait si fort à une vengeance, il avait à se défendre contre les seigneurs de la fac- ,,64. tion d'Eudes, parmi lesquels on remarquait le vicomte de Léon , dont il était devenu le gendre; le vicomte de Thouars , Olivier et Rolland de Dinan , Geoffiroi de Montfort et le baron de Fougères , qui changea plus d'une fois de parti. Mais ni le courage ni les talents de Conan nftaient égaux à ses dangers. Fatigué d'une lutte si longue et si infi'uctueuse, consumé de chagrins, poursuivi par son compétiteur, dominé par la cour d' Angleterre , il succomba à sa faiblesse. Son cœur né lui disait pas

qu'il en est de la souveraineté comme de l'honneur, qu'il &ut savoir la défendre soi-même. Il ne sut que regagner l'Angleterre, se jeter dans les bras de Henri II, et laisser son pays à la merci de son ambitieux allié. Dix ans de guerre, l'expulsion définitive d'Eudes, les châteaux démolis, le pays ravagé , les évéques assassinés , les villes de Josselin et de Fougères détruites, le tiers de la population emporté par la £unine (i), enfin un changement de dynastie , tels furent les résultats de Tinconduite de Mathilde , du second mariage de Berthe , des divisions entre les seigneurs, de la faiblesse de Conan et de la protection des Anglais.

Tous les ans on les voyait reparaître , sous prétexte de venir au secours du duc. Ce prince, trop

(i) MCLXii. Famés fait tanta in Britanniâ qaodjerè tertia

pan fuit famé suhlata^ ( Chronique ms. de l'Église de

Nantes. )

Tarn valida fuit famés quodhomines terrd vescebantur, et qubd etiam proprios eviscerasse fiUos -et coctos comedisse asseront, et qubd maxima corpora mortuorum per vicos etplateas et vias jacebant, quia vix erat qui sepeUret, ( Chronique de rÉglise de Rhuîs ^.recueil des Historiens de France , t xii, p. 564. ) ^

Pendant cette famine, le setier d'avoine s^éleva au prix de 5o sols, c'est-à-dire à trois marcs et six onces d'argent; car, à cette époque, i3 sols 4 deniers représentaient un marc d'argent. Voyez Dom Lobinean, Histoire de Bretagne, t. i, p. i54.

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