LIVRE TROISIÈME
résigné à son malheur, se dépouilla lui-même si complètement, que ses ennemis n'auraient pu le réduire plus bas. Le dernier gage de cette amitié, également honteuse et fatale, fut Constance, sa fiUe unique , alors âgée de cinq ans , ^u'il fiança avec Geofïroi , troisième fils de Henri II. Ce mariage consommait l'envahissement de la Bretagne, puisqu'il en garantissait la possession au fils du roi d'Angleterre.
Le roi de France , qui pouvait à bon droit en être inquiet et jaloux , ne s'y opposa que d'une manière peu digne de lui. Il sollicita le pape d'interposer son autorité pour empêcher cette union , sous le prétexte de quelques rapports de parenté qui existaient entre les futurs époux; mais le pape ne jugea point à propos de se compromettre avec le roi d'Angleterre pour tranquilliser un roi de France dont la politique se résignait à emprunter de pareilles armes ( i ) .
Le roi d'Angleterre était trop impatient de se li Bretagne
-, -, •. abandonnée
mettre en possession de cette superbe dot pour au roi d'Anattendre la mort du duc. De nouvelles obsessions ^ *^^^^'
(i) Regem Franciœ ineum ( Alexandrum III) graviter commotum quod matrimonium inter fiUum Angliœ regù etfiliam cornais Britanntœ, licet in tertio gradu consanguineos, auctoritate sud conjirmaverit, (Recueil des Historiens de France,
t. XVÏ, p. 28'2. )
3^S HISTOIRE D£ BRETi^GlTE.
déterminèrent Gonan à abandonner sa souveraineté, et à faire passer ce qui lui restait de sujets sous le joiig de l'Angleterre , ne se réservant à luimême qu'une indigne rétraite dans le comté de Guitngam^
L'histoire ne peut imprimer trop profondément la flétrissure sur le front àe& princes assez .lâches pour livrer à l'étranger les périples que la Providence leur a commis ; mais aussi elle ne saurait rappeler trop souvent aux grands les funestes effets de. leur ambition et de leurs discordes (i). L'orgueil (les seigneurs bretons ruina leur pays et en facilita la conquête. Leur lâcheté les conduisit aux pieds dti vainqueur. Ils s'empressèrent d'aller le retx)nnaître , et de lui J)Orter leur hommage. Les prêtres saluèrent, du nom d'envoyé de Tiien , le très - pieut: roi Henri , et bénissaient le
(i) Erant autem in Britanniâ quidam nobiles tantarum opum et virium ut nullius unquam dignarentur suhjacere dominio. His multis annis rétro y dominandi libidine atque impatientid seruiendi, hostUiter contendentibus, prœclara olimprovincia ita dilacerata atque attenuata erat, ut in eâ ex agris opulentissimis vastœ solitudines viderentur. Cùmque à potentioribus inferiores premerentur, régis Anglorum aaxUium petentes, qui et magnitudine virium et vix accessibilium nàturâ locorum eatenùs inexpugnabiles credebantur, subegit, (Guillaume de Neubrige, Histoire d^Angleterre , liv. ii, recueil des Historiens de France , t. xiii, p. 1 1 1. )
jour àù: lé Seigneiàp,^ dans ^ Mi^rie0fdb, sfVâit enfin visité là Breta^e désolée (i).
Pavmi œs homâ^s^^ in^âfiiès^ dé ïénf tkikf^, il ,»é.istance
o *-' du baron de
en e^ un dur moin^ qui e^ia^ «fiés torts pair ^n Fougère*. Goârage et par sâf haÉrie patrhi^tivjitë o^ià^tt^è les AhgËds;
Rsflrâ} ^ secoi!^ dunc^ , ba^oti dé^^^^ entré dans ta cottfédérsAio)! dtôs séignteurs; Gette baronie de Fougères avait été dcmtiée ëfÉ apanage à un fils pntné de Ëèrenger y eotnte de Rennes. Raoul était le descendant difeet et le skième successëio' de ce prince apanage, il s'intitulait baron de Fougères par la gracé de Dieu (si). Cette ambitionr de l'indépendance l'entraîna tour -à- tour dâitô lé parti d'Eudes et danfs œlui de Gonan. Trompé dans ses espérances, et voyant Forage prêt à fondi^e sur son pays , il se fortifia d'abord dans sa résidence. La ville de Fougères fut la première que les Anglais, débarqués en Bretagne, s'empressèrent d'assiéger. Après Patvoir défendue ,,66. avec un courage opiniâtre , Raoul se voit obligé
(ï) Quant tandem misericors Dominas temporibus Henrici pussimi régis yéngiorumper ejus auxilium et consiiium pariterflue elominium visitàvit, [YiecnéX des Historiens de France, t. xiiii p. 56o. )
(a) Ch^nologie historique des barons de Fougères, par M. de Pommereuîl , Art de vérifier lès dafles, t. a, p. 397.
36o HfSTOiRE DE BRETAGNE.
d'abandonner la placç , qui est pillée et rasée par les vainqueurs. Loin de se laisser abattre , il rassemble quelques gentilshommes , les conduit devant les châteaux de Saint-James et du Tilleul , occupés par les ennemis , s'en empare , y met le feu , rentre dans Fougères , dont il relevé aussitôt les murailles, et fait creuser dans la foret voisine un vaste souterrain pour servir de retraite à la population inutile (i).
Les malheureux qui s'y réfugiaient sont surpris en chemin par l'ennemi. Raoul sort de la ville, marche à leur secours , et met les Anglais en fuite. De là il se dirige sur Dol , qu'ils sont obligés de lui rendre; sur Combourg, qu'il emporte d'assaut; et enfin le baron de Fougères présente la bataille à l'armée du roi d'Angleterre. Mais les forces étaient trop inégales. Après un combat , dans lequel presque tous les siens périssent, il lui reste à peine le temps de se jeter, avec quarante chevaliers , dans la tour de Dol. Aussitôt il y est investi. Il faut se rendre; le roi accourt pour saisir luimême sa proie ; Raoul, réduit à. capituler, hvre ses
(i) Ces souterrains se voient encore dans la forêt de Four- Igères. Us sont connus sous le nom de celliers de Landéan ; mais s'il n'y en avait pas d'autres, et si , dans leur état actuel, ils sont tels qu'ils étaient alors, on ne saurait comprendre comment la population d'un village seulement aurait pu y tenir. M. Rallier en a donné une description.