‹ Histoire de BretagneChapitre 151 sur 192 · LIVRE TROISi:ÈM£. 36r · texte numérisé non relu

LIVRE TROISi:ÈM£. 36r

deux fils en otage , et va chercher de nouveaux ennemis aux Anglais.

Henri ayant parcouru la Bretagne , crut trop tôt avoir assuré sa conquête , et repassa en Angleterre sans autre précaution que d'emmener avec lui un grand nombre d'otages^ parmi lesquels était la fille d'Eudes, sa cousine germaine (i). A peine était-il parti que la guerre se ralluma. Irrité de cette résistance , qu'il appelait une trahison , il se vengea lâchement d'Eudes et des Bretons, en ravissant l'honneur à la princesse sa captive (a). Le désespoir du père, l'indignation

{i) Anno ab incamatione Domini mclxx, Henricus rex AngUœ tenait curiam suant apud Nannetim in Britannidy et Gaufridus filins suas cornes Britanniœ fuit ibi cum lUo, et tenuerunt ibi solemne festum. Quo peracto ipse et filius suus Gaufridus circuierunt castella Britanniœ, açcipientes fidelitatem et ligancias à comitibus et baronibus et liberis hominibus Britanniœ^ de quibus anteà non acceperant. Tune verd proffatus rex implacitavit comitem Eudonem et Jerè privant cum toto honore etpotestate quant priiis in Britanniâ habuit. Posteà rêver sus est rex in Normanniam, ( Vie de Hçnri H et de Richard , rois d* Angleterre , par Benoît de Petersborough. Recueil des Historiens de France, t. xiii, p. i4^-)

(a) Jean de Sarisbery, liv. a, ép. 3a.

. Eudo speciaUter déplorant quodfiliam ejus virginem, quam illi pacis obsidem dederat, imprasgnant ut proditor , ut adultewy ut incœstus, ( Recueil des Historiens de France, t. xvi, p. 591.)

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du peuple produisirent unre insurrection géÀérsite. Dans une conférence qu'il y eut a cette époque entre les rois de FraAce el d'Angleterre à k Ferté- Bemard , on vit paraître tcnnsà^-coup le malheureux Eudes publiant sa faonte, accasam: Henri, demandant vengeance.

Le moment paraissait asse^ £siVôrabIe. Les deux rois se séparaient sans s'être réconciliés; te Maine, le Poitou , l'Aquitaine étaient en arm^s , pour se soiistraire à la' domination des Normands; enfin , ce qui n'était pas sans influence dans ce tèmps^là, Merlin avait prédit qu*oh imposerait à V aigle un frein fabriqué dans le golfe armorique (i). Tous les vœux , toutes les espérances se tournaient vers le roi de France; mais Louis-leJeune avait pris le parti de demeurer spectateur de ces diflFérents, quoiqu'il y fut assurément très-intéressé. Il accueillit les plaintes des Bretons, reçut leurs otages, leur fit des promesses et ne leur envoya point de secours.

(i) Dabàur meuàllis ejus Jrenwn quod in Armorico sinu fabricabitar. On attachait tant d'importance à cette pré£ction, que Jean de Saiisbery, qui accompagnait le roi Henri dans cette expédition , en faisait le sujet d'une lettre qu'il écrivait à Tarchevêque deCanlorbery, Thomas Bequet, et commentait cette prophétie, qui fiit complètement démentie par les événements. (Recueil des Historiens de France, t. xvi, p. 534. )

MYRB TROISIÈME. 363

Tandis que Fancien duc, devenu comme étranger aux malheurs de sa patrie, caché sa honte dans le château de Guingamp , de nouveaux renforts privés d'Angleterre inondent le pays de Gornouaille, surprennent Vannes, dispersent, 1169. poursuivent les confédérés, et Henri fait couron- oeoffroi, ner son fils Geofh-oi , comme duc de Bretagne , BrJugne. dans l'église de Rennes, en 1 169.

On se demande comment le roi de France laissa consommer sous ses yeux une si violente usurpation ; comment il put soufîrir que la maison de Plantagenet, son ennemie naturelle, ajoutât une province aux vastes états qu'elle possédait déjà sur le continent. Ce n'était pas qu'il vit sans ombrage cet accroissement de puissance ; mais , plus jaloux qu'indigné des usurpations de Henri , il ne s'intéressait pas assez au sort des Bretons , pour tenter en leur faveur un généreux effort. La guerre que la France faisait depuis quelques années à l'Angleterre était sans résultat. Louis commençait à s'en lasser : il fit sa paix avec son rival , et les intérêts des peuples furent indignement sacrifiés dans cette réconciliation des deux rois. Une entrevue fut assignée à Montmirail , où l'on joua une de ces scènes par lesquelles les personnages politiques croient en imposer au monde.

C'était le jour de l'Epiphanie : le roi d'Angle- 1170. terre accompagné de ses fils, Henri au court

mantel , Richard et Geoffroi , se présenta devant Louis, ic Monseigneur et mon roi , lui dit-il , en ce jour où trois rois de la terre vinrent offrir leurs hommages au roi des rois , je mets à votre disposition moi, mes enfants, mes terres, mes forces , mes trésors , pour en user et abuser à votre volonté , les retenir ou les donner à qui et comme il vous plaira (i). » Louis lui répondit : « Puisque ce roi qui reçut les offrandes des trois mages vous a inspiré ainsi , que vos fils se présentent et qu'ils tiennent désormais de ma bénignité les terres qu'ils possèdent. » Alors Henri au court mantel s'avança et fit hommage au roi pour le comté d'Anjou , le Maine et la Bretagne ( il l'avait déjà fait précédemment pour la Normandie); après quoi il reçut à son tour l'hommage de son frère Geoffroi pour la Bretagne (2), qui lui était

(i) Se, liberoSy terras, vires, thesauros Omnibus ute-

retar, abuteretur pro voluntate, retineret, aufferret, daret quibus et quantum vellet pro libito, ( Épître de Jean de Sarisbery. Recueil des Historiens de France, t. xvt, p. 34o et

(2) In Epiphanid Domini ( ceci se rapporte à Tan 1170 )» concordati sunt rex Francorum et rex Anglorum, Henricu> Jllius régis Anglorum fecit homagiuni régi Francorum socero . suo de Andegavensi comitatu , et Cenomanensi, et de ducatif Britanniœ, qtiem rex concessit eidem genero suo; nam de Normannid ei fecerat ante komagium, Henricus rex Anglo-

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