LIVRE TROISIÈME
feîre porter le nom d'Artur, en dépit du roî Henri , son grand-père , qui voulait lui donner le sien. Artur était un héros cher aux Bretons ; il avait été le compagnon de leur roi Hoel-le-Grand. Quoiqu'il fut mort depuis plus de six cents ans , on attendait toujours sa venue : Merlin l'avait prédite. La crédulité populaire attachait à ce nom des idées de gloire et de délivrance. Il était évident que ce choix était un symptôme de mécontentement de la domination des Plantagenets.
Philippe- Auguste ne manqua pas d'en profiter. Il se hâta de réclamer la garde du duché pendant la minorité de l'héritier , se fondant sur ce que le duc Geofiroi , sa femme et son pays avaient été mis par Henri lui-même sous la protection de là France (ij. C'était assurément une singulière prétention que de réclamer la garde d'un pays qui avait une souveraine, et d'un prince qui avait une mère régnante de son propre chef. Mais le roi d'Angleterre ne tarda pas à fournir au roi de France un meilleur prétexte pour s'immiscer dans
(i) Rex Angliœ dominatum Britanniœ sibi voluii repocare, • sed Philippus impediebat propositum. Est enim Britannia niinor de dominio régis Franciœ , quam rex Angliœ quodam modo resignai>erat : ciim prœfatum comitem Gaufridum suum '^idelicet fiUurn unà cum uxore sud et terrd régis Franciœ traderet ditioni. (Gervas. Doeobekh, ad annum 1186. )
les aflEdres de la Bretagne. Il y fit une irruption, pour châtier le ticomte de Léon , qui « depuis la mort de Geofjfroi , s'était remis eâ possession de Morlaix; et, maître de la jeune duchesse douaiin^rige^de ^ère, il la remaria, dans l'année même de s<» Constance, yeuvage, à Raoul, comte de Chester (i). C'était une Êitalité que ces seconds mariages des princesses de Bretagne ; mariages dont l'effet inévitable était de compromettre les droits des en&nts du premier lit et d'allumer la guerre civile* A peine veuve de Geoffroi , à peine mère d'ArtUr , Constance donna pour successeur au fils du roi d'Angleterre un simple seigneur anglais; i^arBaoul n'était que le fils d'un gentilhomme,, et par sa mère il était le petit-fils d'un bâtard du roi Henri I^'.
Constance fut la première à se repentir de Cette union avec un sujet du roi d'Angleterre. Ce mariage la plaçait sous la même dépendance, et rivait les chaînes de la Bretagne. Ce fut sous ces funestes auspices qu'elle commença son règne, contrainte de partager le gouvernement avec son
(i) Eodem anno comitissa Britanniœ^post obitum Gaufridi
fin régis AnglUc mariti sut, desponsata est Ranulpho juniori
comiii Cœstriœ, perdonationem régis HenricL (Vie de Henri H,
par Benoît de Petersborough. Recueil des Historiens de France,
t. XVII, p. 477)